La trajectoire de Joseph-Marie de Saget (1725-1782) : « avocat au parlement et ingénieur de la province », d’après les actes notariés

Par Pierre Marty
Publication en ligne le 08 mars 2022

Résumé

This article aims to shed light on the life and work of the engineer Joseph-Marie de Saget (1725-1782) on the basis of notarial acts. Combined with other documents (judicial and administrative sources, etc.), we gain insight on various aspects of this individual's life, his social mobility, his financial situation, his movements, and the social networks in which he evolved. This information allows us to question Saget's professional activity, as well as his involvement in the realisation of two plans for Toulouse.

Cet article se propose d’éclairer la vie et l’œuvre de l’ingénieur Joseph-Marie de Saget (1725-1782) à partir d’actes notariés. Confrontés à d’autres documents (sources judiciaires, administratives, etc.), ils apportent des renseignements sur différents aspects du parcours de cet individu, sa mobilité sociale, sa situation financière, ses circulations, ou encore des réseaux de sociabilités dans lesquels il évoluait. Ces informations permettent d’interroger l’activité professionnelle de Saget, comme son implication dans la réalisation de deux plans de Toulouse.

Mots-Clés

Texte intégral

1Les documents notariés sont une source traditionnelle pour l’historien moderniste. Comme le notent Jean-Yves Sarazin1 ou Jean-Luc Laffont2, elles marquent le fondement d’études aux cadres et objectifs variés3. Dans le champ qui nous intéresse, l’histoire de l’ingénierie, plus particulièrement celle du XVIIIe siècle, Anne Blanchard, dans son ouvrage devenu classique sur les ingénieurs militaires, a noté leur portée « sociologique », s’en servant pour « humaniser » les portraits des personnages étudiés, et surtout, in fine, « dessiner [un] portrait de groupe »4.

2Systématiquement convoquées dans le cadre de monographies portant sur des ingénieurs de premier plan comme Perronnet5, Gauthey6 ou plus récemment Pitot7, les archives notariées ne sont en revanche utilisées que très occasionnellement lorsqu’il s’agit d’évoquer des figures de moindre renommée. D’autres approches ont été privilégiées, afin d’appréhender tout un groupe social dans un cadre administratif, ou de comprendre la mise au point et la progression d’un chantier. C’est ce qui ressort, jusqu’à présent des travaux ayant porté sur Joseph-Marie de Saget (1725-1782), ingénieur actif en haut-Languedoc que nous nous proposons d’étudier dans la présente contribution. Titulaire du poste de directeur des travaux publics de la province du Languedoc pour la généralité de Toulouse de 1752 à 1782, c’est principalement pour son implication dans les embellissements de Toulouse8, ou pour la réalisation d’équipements9, à l’instar du pont de Lavaur10, qu’il a été remarqué11. Et s’il a fait l’objet d’une monographie, par Paul Mesplé, en 194612, la documentation n’éclairait que ses activités professionnelles, et les sources notariées n’étaient interrogées que très superficiellement13. Par la diversité des types d’actes (accords, contrats, constitutions de rentes, émancipations, baux de toutes sortes, déclarations, procurations, testaments, inventaires, etc), et la variété des informations qu’on y trouve, ces sources permettent de restituer, même partiellement, le parcours d’un individu, de sa mobilité sociale, de l’évolution de sa situation financière ou matérielle, de ses circulations, ou encore des réseaux de sociabilités dans lesquels il s’insère.

3En ce qui concerne Saget, notre démarche a eu pour point de départ un constat qui n’avait, jusqu’à présent, pas retenu l’attention. Joseph-Marie était noble, car petit-fils de capitoul, et fils d’un avocat général au parlement de Toulouse, charge élevée dans la hiérarchie parlementaire. Sa famille devait donc faire partie d’une élite, ce qui prédisposait davantage le jeune homme à évoluer à haut niveau dans le milieu judiciaire qu’à devenir ingénieur. Les archives notariales, dans lesquelles on pourrait en apprendre plus sur Saget et sa famille devraient permettre de mieux comprendre le parcours de ce personnage influent.

Origines et première formation

4Suivant Jules Villain, la famille Saget était originaire de Picardie, et se serait installée à Toulouse au milieu du XVIIe siècle14. Le grand-père de Joseph-Marie, Thomas de Saget, avait été capitoul en 170115, ce qui permettait à la famille d’acquérir la noblesse au premier degré, et le titre d’écuyer16. En 1719, lors du mariage de son fils Jacques, Thomas était dit « chevalier, conseiller du Roy, et trézorier général de France en la généralité de Toulouze »17, si l’on n’a pas vérifié si le titre de chevalier était synonyme du second degré de noblesse, de celui d’un ordre ou d’un titre, l’acquisition de la charge de trésorier de France18, suppose que sa famille et lui avaient alors prospéré. C’est d’ailleurs ce que montre ce mariage, où le fils de Thomas, Jacques, épousait Marianne de Cambolas, fille de Marie de Pouzergues et d’un conseiller en Grande chambre du parlement de Toulouse, François de Cambolas, issu d’une ancienne et réputée famille de parlementaires19. Au moment de la passation du contrat de mariage, Jacques, âgé de 19 ans, était dit « chevalier, conseiller du Roy et Conseiller au parlement dudit Toulouse »20, office auquel il avait été nommé le 17 juin 171921. Parmi les témoins se trouvaient, entre autres, deux figures qui témoignent bien des sphères où évoluait ce notable : le florissant entrepreneur en drap Jean de Marcassus22, et le procureur général du Parlement, Joseph-Marie Le Mazuyer. Au moment du baptême, Jacques était alors dit « avocat général au parlement », ce qui suppose une importante et rapide prise de grade au sein de la hiérarchie parlementaire. L’avocat général était un personnage important du monde judiciaire d’Ancien Régime. Membre du parquet, ses fonctions l’amenaient à bénéficier d’une importante exposition : c’est par son entremise que le parlement s’exprimait lors des discours d’entrée, des audiences disciplinaires, des procès, ou de l’enregistrement des lois23. Signe de reconnaissance et d’intégration à une élite cultivée, en 1726, il devenait mainteneur de l’Académie des Jeux Floraux24, et en 1729, membre de la Société des sciences, deux académies où les élites parlementaires étaient bien représentées ; en 1745, il devenait premier maître de la loge Saint-Jean fille de Clermont25. À travers Jacques de Saget, sa famille connaissait donc jusque-là une progression sociale certaine.

5La charge d’avocat général était une des plus importantes, l’une des plus recherchées et donc des plus onéreuses du parlement. À la fin du XVIIe siècle, elle était estimée à Toulouse à 100 000 livres26, et pouvait se transmettre à la génération suivante27. Celui qui devait hériter de la charge de Jacques de Saget était son fils aîné. La fratrie était composée de six enfants vivants, par ordre de naissance, Marie-Françoise, Jeanne-Marie, Joseph-Marie, Jean-Joseph Pascal-Antoine, Charles-François et Jeanne-Marie Renée28. C’est donc à Joseph-Marie que devait échoir cette charge, et pour favoriser la reproduction sociale, il y fut préparé.

6Né le 19 mars 1725, on donnait pour parrain au nouveau-né un banquier parisien, Joseph Girard29. Après avoir appris à lire et écrire chez un précepteur ou au sein de la cellule familiale, la trajectoire de Saget passa par une solide formation dans un collège local, peut-être celui des Jésuites. Si l’on n’en a pas de preuve directe, au détour d’une correspondance, l’ingénieur évoque un certain abbé Raynal, qu’il avait connu dans sa jeunesse30, et que l’on peut identifier comme l’homme de lettres Guillaume-Thomas Raynal (1713-1796). Auteur de la célèbre Histoire des deux Indes, Raynal se trouvait à Toulouse dès 173131, mais surtout de 1740 à 1743, où il donnait des cours au collège des jésuites local32. C’est sans doute là que Saget le rencontra. Au collège, il eut l’occasion de se familiariser avec les auteurs antiques, la littérature, le théâtre33, mais aussi les mathématiques pour lesquelles l’enseignement des jésuites était très réputé34. Pourtant, ce n’est pas vers une carrière scientifique qu’il s’orienta, puisqu’il intégra l’université de droit de Toulouse. Il y obtint son baccalauréat en droit en 1744, puis une licence en 174535, qui lui permettait de devenir immédiatement avocat au parlement de Toulouse36. Ces débuts laissaient présager qu’il souhaiter marcher dans les pas de son père, progresser dans la hiérarchie parlementaire, avant de lui succéder au poste d’avocat général.

Saget et sa famille entre 1747 et 1756 : un déclassement social ?

7Cependant, pour une raison inconnue, Jacques de Saget connaissait de sérieux déboires financiers. Vraisemblablement amorcés dès 173837, ils connurent un épilogue désastreux en 1746. L’ensemble des biens meubles et immeubles de l’avocat, parmi lesquels l’hôtel familial toulousain, situé dans la rue des Paradoux, fut saisi le 12 mars 174638. Quant à la charge d’avocat général, saisi le 20 mars suivant39, il fut adjugé par décret du Parlement, le 14 août 1747, à un président à mortier, Étienne-Hippolyte Julien de Peguerolles (1721-1794) qui entra dans ses nouvelles fonctions le 3 septembre 174840.

8Les archives notariales permettent de comprendre les suites de cette affaire, le rôle central joué par Joseph-Marie, et les conséquences sur sa carrière. En 1747, Jacques « ancien avocat général au parlement de Toulouse » émancipa son fils qui, à l’âge de 22 ans, était porté à la tête de la famille Saget, « pour qu’il puisse exercer à son profit l’action en rabatement de décret41 que la loi lui donne de la charge d’avocat général42». C’était donc à lui que revenait la délicate responsabilité de se pourvoir en justice pour contester la saisie de la charge, et de l’ensemble des biens de son père, dont dépendaient son avenir et celui de sa famille43.

9La documentation, judiciaire comme notariée, montre que Joseph-Marie s’investit pleinement pour récupérer la charge d’avocat général44. Sa dernière tentative visant à faire invalider la saisie pour vice de forme n’aboutit pas. L’arrêt du parlement de Toulouse du 3 mars 1749 fit jurisprudence, en déboutant le jeune homme, comme le relatait encore un ouvrage de droit paru en 178845.

10En très peu de temps, la famille avait connu un déclassement important. Les propriétés foncières, comme les charges qui avaient marqué la progression de la famille sur l’échelle sociale étaient confisquées. Marianne de Cambolas, qui mourut en 1755, s’était auparavant « séparée de Jacques de Saget46 », et retirée dans un couvent. Jean-Joseph Antoine-Pascal était parti courir fortune dans les îles47, Jeanne-Marie s’était quant à elle faite religieuse, Charles-François était pour sa part à Paris48. Pour mieux comprendre ce qui mena Saget à cette activité, il convient d’avoir recours à d’autres sources, en l’occurrence un mémoire, envoyé à l’intendant du Languedoc, Guignard de Saint-Priest, vraisemblablement peu après sa prise de poste49. Ce document fait état des activités de Joseph-Marie de Saget autour de 1750.

Réorientation de carrière et reclassement social ?

11Ce mémoire a été vraisemblablement écrit collectivement par Joseph-Marie de Saget, et Jean-Antoine Dufourc, avec l’assentiment de leur patron, l’ingénieur François Garipuy (1713-1782) qui, depuis 1740, était directeur des Travaux publics de la province du Languedoc pour la généralité de Toulouse. On y apprend qu’à partir de 1749 au moins, Saget faisait partie du bureau de Garipuy. Ce dernier était lui-même avocat de formation50, et comme le père de Saget il fréquentait assidument l’Académie des sciences où il jouait un rôle important51. Il était franc-maçon, membre de l’académie de peinture de Toulouse, mais sa prédilection allait aux sciences, tout particulièrement à l’astronomie52. Après une licence de droit, il n’aurait pas exercé et, encouragé par l’ingénieur et astronome Clapiès, il aurait rapidement fait le choix d’orienter sa carrière vers les sciences et l’ingénierie53. Garipuy n’apparaît pas parmi les témoins des nombreux actes notariés où figure Saget, mais les sociabilités paternelles au sein de l’Académie des sciences, comme la fréquentation des milieux parlementaires, favorisaient leur rencontre. Contrairement à Saget, il n’était pas issu d’une opulente famille, puisqu’il était le fils d’un huissier au parlement. Par son mariage, en 1743, avec une jeune femme issue de la bourgeoisie, Thérèse Boé, il était devenu le beau-frère de deux avocats de formation, Antoine de Charlary, syndic du diocèse appelé à devenir syndic de la ville de Toulouse, et Louis de Mondran. Ce dernier était investi dans les projets d’urbanisme depuis le début des années 1740. Aux côtés de son ami le peintre Guillaume Cammas, il était aussi sur le point de devenir l’une des personnalités les plus influentes des milieux artistiques toulousains, à travers l’Académie de peinture54.

12Dès 1748, l’intendant du Languedoc, Jean Lenain d’Asfeld, avait demandé à Garipuy de lui fournir des solutions pour améliorer l’aménagement urbain de la capitale du haut-Languedoc. Les échanges entre l’intendant et son ingénieur avaient abouti au constat qu’un plan de la ville était nécessaire. Il permettrait de mieux appréhender l’espace urbain et les aménagements à y apporter. En effet, les seuls plans alors à disposition n’étaient pas à jour et ne rendaient donc pas pleinement compte de l’espace urbain :

« Le peu d’exactitude qui se trouvoit dans [le seul plan de Toulouse alors disponible] n’ayant pu permettre à Monsieur Garipuy de fixer certaines choses essentielles, et pour lesquelles il étoit nécessaire d’une plus grande précision, il le marqua à Monsieur l’intendant qui lui fit sentir dans un autre voyage qu’il fit à Montpellier qu’il en faudroit lever un nouveau.55 »

13Garipuy devait concevoir un plan susceptible de permettre de conception et la présentation de potentiels embellissements. Le jeune Saget avait pu intégrer l’agence Garipuy à cette période ou peu avant, ce qui correspondrait à la temporalité des évènements familiaux et à la saisie de la charge d’avocat général.

14L’enseignement reçu au collège offrait les connaissances nécessaires à Joseph-Marie pour intégrer l’équipe de l’ingénieur, ce qu’il fit tout d’abord en qualité de « géomètre56 », soit « l’arpenteur qui procède au levé des plans »57. L’exécution du projet était coordonnée par Garipuy, le rôle de Saget était celui d’un subalterne. Cette besogne, effectuée en binôme avec Jean-Antoine Dufourc consistait à parcourir l’espace de la ville afin d’effectuer toutes les mesures nécessaires pour lever la carte, par triangulation. L’arpentage exigeait pour compétences techniques le recours à des notions de trigonométrie, et un équipement restreint (équerre, planchette, corde ou chaîne)58, et surtout rigueur et méticulosité59. Dans un deuxième temps, ils devaient copier le plan, ce qui fut fait en collaboration avec « plusieurs aides60 ». L’entreprise se révélait collective : l’équipe restreinte du bureau de l’ingénieur Garipuy, composée de Saget et Dufourc, était ponctuellement renforcée d’assistants dont l’identité n’est pas connue61. La mise en œuvre de ce projet s’intégrait à la mise au point d’un appareil de gestion de l’espace urbain. Dès 1732, la municipalité avait créé un poste d’ingénieur et directeur des travaux publics de la ville62. Ce recrutement, associée à l’organisation d’une politique de voierie et de travaux publics était le signe d’une volonté de planification63. Le titulaire du poste d’ingénieur de la Ville, Jean-Anneton Lebrun, mettait alors au point un outil de règlementation de la construction, et plus largement, de l’espace urbain : les Us et coutumes de Toulouse64. Publié en 1753, ce manuel était dédié à l’intendant, qui devait donc en avoir financé l’édition, et facilitait par là même la démarche des capitouls. La mise au point du plan de Garipuy et son équipe, trois ans plus tôt, participait d’une même volonté ; c’était un enjeu majeur de la politique de rénovation urbaine, qui faisait écho à celle lancée dès 1676 à Paris avec le plan de Blondel et Bullet65. Cependant, comme l’indique le mémoire adressé à l’intendant, et malgré plusieurs tentatives, en 1753, le plan proposé par un agent de la province, Garipuy, pour différents prétextes, ne fut pas adopté par l’Hôtel de Ville66, témoignant des luttes d’influence entre la province et le parlement au sein de l’administration municipale67.

15Or, ce plan, heureusement conservé, n’a jusqu’à présent été que très peu étudié, et n’est du reste que rarement mentionné, au profit d’un autre plan de 1777 connu par la gravure, sur lequel nous reviendrons68. Conservé aux archives municipales de Toulouse69, il s’avère d’une manipulation délicate, en raison de ses dimensions (431, 5 x 300 cm70), de son support (du papier)71 et de son état de conservation. Nous n’analyserons pas en détail cet extraordinaire document qui, nous l’espérons, sera rapidement numérisé. Cependant, un rapide examen permet d’apporter d’intéressantes considérations quant aux acteurs impliqués à la réalisation de cet objet, qui se présente comme suit : c’est un plan rectangulaire, composé de cinquante-cinq feuilles assemblées, mesurant environ 54 x 38 cm. Sur chacun des côtés ont été ajoutées des bandes de papier irrégulières72. Le plan a été lavé, et les huit capitoulats sont indiqués par des inscriptions, ainsi que les noms des rues. Les plans des édifices religieux sont figurés, semble-t-il assez précisément73. Une légende inscrite dans un cartouche dans le coin supérieur droit fournit des indications de niveau : les hauteurs des places sont reportées par l’entremise de lettres, ce qui suppose donc un travail de relevé plus long que pour un simple arpentage, le recours à des techniques de nivellage plus complexes, et donc des compétences plus importantes développées par Saget et Dufourc74. Le tracé des rues est par endroits émaillé de corrections, qui correspondent certainement aux « vérifications pour corriger les erreurs qui auroint pu se glicer dans un ouvrage d’une aussi longue halaine »75. Surtout, il présente deux imposants cartouches, dans les coins supérieurs gauche et droit. Tous deux montrent l’intervention d’un dernier acteur, extérieur au bureau de l’ingénieur, qui, par son action, transformait l’instrument de travail en instrument de présentation. En effet, la qualité des dessins, rehaussés de craie, induisent le recours à un peintre professionnel. Ce dernier permettait de mettre la touche finale au plan avec deux cartouches aux formes rocaille ; L’un, dans le coin supérieur gauche, surplombé d’instruments de géométrie, rappelle tout à la fois la forme d’un œil dont la pupille est un blason aux armes du Royaume de France76. Celui du côté opposé est doté d’un blason aux armes de Toulouse, orné de deux imposants oiseaux, dont le plumage est réhaussé à la craie. Si nous n’avons pas identifié avec certitude l’auteur de ces cartouches77, sa présence suppose des liens avec l’Académie de peinture, dont tous les bons peintres de la ville étaient membres. Garipuy en était membre depuis 1747, et dès 1748, l’institution était présidée par son beau-frère, Louis de Mondran78.

Un plan rapidement utilisé, et un technicien au cœur de l’action

16En effet, au printemps 1750, Louis de Mondran travaillait à récupérer des lettres patentes pour la Société des arts. Mondran devait obtenir la protection du Roi le 25 décembre suivant : il souhaitait faire de l’Académie un outil permettant d’améliorer la situation économique de la ville, en faisant des chantiers d’urbanisme et de la production manufacturée les principaux enjeux de son projet79. Il se mit immédiatement au travail et proposa un projet de promenade, couplé à celui d’une extension de la ville, qui ne vit que partiellement le jour : la promenade du Boulingrin80. Cependant, si Mondran eut lui-même l’idée de la forme de la promenade, ses compétences limitées en matière de dessin technique nécessitaient l’intervention de professionnels, à commencer par Saget et Dufourc81.

17Mondran n’alla cependant pas directement consulter le plan, mais au contraire, il en demanda une copie partielle, précise et commode à utiliser : elle devait lui permettre de mettre au point son projet82. Il eut ensuite recours à deux architectes, Hyacinthe Labat de Savignac et Pierre Rivalz83, pour concevoir les élévations des bâtiments qu’il envisageait pour la promenade, et à un peintre, Gilles Pin, qui conçut les ornements, trophées et cartouches qui ornaient le plan, destiné à être gravé. Là encore, différents acteurs sont intégrés autour d’un projet dans lequel le plan fourni par Saget et Dufourc sert à la conception collective de la Promenade.

18Quant à Saget, si son rôle était celui d’un exécutant lors de la mise au point du plan de 1750, l’expérience acquise lui permettait d’immédiatement jouer un rôle essentiel dans le projet de promenade de Mondran. Porté par l’Académie de peinture, le plan de la promenade était accepté, et les travaux de terrassement commençaient dès 1751. Comme la majorité des jeunes ingénieurs toulousains de sa génération formés auprès de Garipuy ou de Guillaume Cammas, Saget intégra l’équipe de terrain du chantier de la promenade du Boulingrin84, où il s’exerça à un autre aspect du travail de l’ingénieur. Toujours supervisé par Garipuy, il y remplit des fonctions d’inspecteur, et assuma donc la gestion d’un ouvrage en cours85. Sa connaissance de l’espace urbain et périurbain, sans doute à nulle autre pareille, son apprentissage, tant sur le terrain qu’en cabinet, sa bonne connaissance de l’administration, et plus particulièrement de celle du parlement, associée à l’habitude de fréquenter l’aristocratie toulousaine faisaient de lui un candidat idoine pour un poste à plus hautes responsabilités que les fonctions subalternes qu’il occupait alors.

19Plusieurs opportunités se présentèrent. La première intervint suite au décès de l’ingénieur municipal, Jean-Anneton Lebrun, en 1752, mais on ne sait pas si Saget formula son intérêt. Au même moment survenait le décès de Joseph Carney, qui détenait le poste de directeur des travaux publics de la province pour la sénéchaussée de Carcassonne86. La place était convoitée. Tout d’abord, Daniel Trudaine, alors en charge de l’administration des Ponts et chaussées du royaume aurait proposé le recrutement d’un ingénieur issu de l’École des ponts et chaussées. Il se serait toutefois ravisé, car « un sujet de la province convenoit mieux à tous égards, lorsqu’il étoit capable, qu’un estranger que l’on y envoyeroit87 ». Un ingénieur-géographe du Roi, Joseph Bourroul qui, suivant ses dires, était protégé de madame de Pompadour, aurait été pressenti pour obtenir le poste88. Pourtant, le 22 novembre 1752, Garipuy était nommé89, ce qui permettait à Saget de briguer, grâce à la recommandation de son maître, les fonctions de directeur des Ponts et chaussées pour la Sénéchaussée de Toulouse.

20Dès 1752, il accédait donc à un emploi stable et à un rang élevé dans la hiérarchie administrative provinciale. C’est fort de cette position que peu après, entre 1755 et 1756, il tentait de régler le restant des dettes de son père, contractant lui-même des emprunts auprès de membres de sa famille90. Il parvenait à récupérer la propriété familiale de Rouffiac en 175591, puis, le 11 janvier 175792, il obtenait du parlement une main levée pure et simple (sans nécessité de donner caution) sur les biens de son père93.

Mobilité et identification à un groupe social

21Si l’on perçoit un redressement de sa situation financière, liée à la stabilisation de son statut professionnel, ce n’est pourtant qu’en 1775 qu’il se maria à une certaine Marie-Antoinette Pétronille Marquier de Fajac94. Cette jeune aristocrate issue d’une famille de parlementaires disposait par sa mère, Marie-Philiberte de Lévis, d’une alliance à la famille de Lévis-Mirepoix. Elle apporta la dot considérable de 30 000 livres, qu’aucun douaire ne venait contrebalancer95 ; Somme sans commune mesure avec celles observés dans les contrats de mariage des ingénieurs et architectes toulousains de la seconde moitié du XVIIIe siècle96.

22Parmi les témoins ne se trouvait aucun acteur du milieu de la construction, à l’exception du frère du marié, Charles-François, mais uniquement des aristocrates, majoritairement membres plus ou moins éloignés des deux familles97. Cette union permettait donc à l’ingénieur de conforter ses appuis dans les milieux parlementaires ; surtout, elle le rapprochait d’une des plus illustres familles languedociennes, les Lévis-Mirepoix. Cette alliance devait lui être rapidement utile. En effet, c’est certainement par ce biais qu’il put présenter un plan dessiné figurant la ville de Toulouse au frère du Roi, le comte de Provence, lors de son séjour en Languedoc, le 21 juillet 1777. En effet, depuis 1771, François-Gaston de Lévis (1719-1787) était capitaine de la garde du comte98. L’hypothèse d’une intervention du militaire est étayée par une correspondance qui permet, in fine, de rétablir la chronologie des faits. La gravure, qui fait état de cette présentation au frère du Roi, n’a pas été achevée à la date qu’elle porte, celle du 21 juillet 1777, qui est celle de la présentation du plan dessiné. Elle a été conçue plus vraisemblablement en 1779 ou un peu plus tard99. C’est ce qu’indiquait l’ingénieur dans une lettre écrite au syndic du Languedoc Henry-Joseph Lafage datée du 17 mars 1779 :

« il seroit fâcheux que le service de Monsieur de Lévis finit avant d’avoir pu présenter ce plan à Monsieur […] Nous allons être privés quelques temps de Monsieur le marquis de Mirepoix q’un procès contre Monsieur de Sabran appelle à Rennes en Bretagne100 ».

23Ces propos laissent entendre que les membres de la famille Lévis-Mirepoix, à cette période, jouaient le rôle de protecteurs pour lui, tant à Toulouse qu’à Paris. En lui permettant de présenter son plan au frère du Roi dès 1777, puis en favorisant l’entreprise de la gravure, effectuée à Paris, par Pierre-Gabriel Berthault101, Lévis offrait à Saget l’opportunité d’une reconnaissance éclatante, qui allait avoir des retombées officielles. Comme le remarque Paul Mesplé102, le 21 novembre 1780, les capitouls délibéraient d’accorder à Joseph-Marie une récompense pour le remercier de leur avoir offert

« un exemplaire du plan de la ville de Toulouse qu’il vient de faire graver, que ce plan est la réduction en petit d’un plan en grand dressé par Monsieur de Saget et dont il a fait un présent à la Ville dans les derniers tems de l’anciene administration103. »

24Pour les capitouls, le cadeau de Saget était une preuve de « générosité et de patriotisme ». En effet, depuis au moins 1775, l’administration était à la recherche d’un pareil plan104, et souhaitait proposer à l’ingénieur pas moins de 2 000 écus, soit 6 000 livres, somme considérable, mais qui se justifiait pleinement à considérer le travail nécessaire. Du reste, Saget aurait payé Berthault sur ses propres deniers, ce qu’on apprend dans l’inventaire après décès de l’ingénieur, où est évoquée « la planche en cuivre [la matrice de Berthault] que ledit feue sieur de Saget avoit fait faire à ses dépens105 ». S’ils étaient très généreux, ces dons n’étaient pas dénués d’une portée politique. Le patient travail pour lever et dessiner le plan avait dû être fait par Saget et son équipe dans le cadre de ses prérogatives professionnelles ; et on l’a vu, le relais parisien pour superviser le travail du graveur était le syndic de la province. Aussi est-il difficile d’imaginer que Saget n’ait pas agi avec l’accord de son supérieur administratif avant de donner le plan dessiné.

25Mesplé, dans son analyse, a mal interprété le texte de la délibération capitulaire du 21 novembre 1780. Induit en erreur par la mention « dans les derniers tems de l’ancienne administration », il affirma que le plan donné par Saget était celui conçu sous la direction de Garipuy en 1750106. Pourtant « les derniers tems de l’ancienne administration » fait allusion aux derniers mois de l’année précédente, 1779, et correspond au renouvellement annuel d’une partie de l’administration capitulaire. Le travail de Berthault était alors presque achevé, et Saget pouvait donner son plan dessiné, exécuté en 1777, aux capitouls107. Les édiles délibérèrent alors de lui offrir une récompense consistant en une « épée à poignée d’or aux armes de la ville et aux siennes, de la valeur de quinze cents livres » qui se trouvait dans sa garde-robe au moment de son décès108. Le Toulousain, à n’en pas douter très fier de cette reconnaissance éminemment symbolique109, avait même placé au-dessus de la cheminée de son salon, une gravure du plan110.

26C’est justement la seule fois, dans la dédicace de ce plan gravé que l’ingénieur se présentait comme « Saget, de l’Académie royale des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, ingénieur en chef et directeur des travaux publics du Languedoc ». Comme le remarque Robert Descimon, en analysant la qualification des personnes dans la société de la période moderne, il était alors en usage d’énoncer en premier une qualité faible, signe d’une appartenance sociale, avant d’indiquer une qualité forte, son activité occupationnelle, sa profession111. Durant les années 1770 et jusqu’à son décès, le Toulousain se présentait devant notaire comme « écuyer » ou usait de la simple titulature « noble ». Dans les actes des années 1740, il se dit « avocat au parlement », ce qui traduit alors certainement la perception qu’il avait de lui-même, et ce à quoi il s’identifiait. Dans les actes des années 1750 et 1760, il se présente systématiquement, avec de rares variantes, comme « avocat au parlement et ingénieur de la province », et ce dans des actes en rapport à la banqueroute de son père, ou à tout autre propos. On y perçoit un sentiment de double appartenance, au milieu judiciaire d’une part, et au monde scientifique et administratif d’autre part. Ainsi, dans l’acte de mariage de son collègue Dufourc, en 1750, on note qu’il est dit « maître »112. Ce n’est qu’à partir du milieu des années 1760 qu’il se présente, et se définit donc, comme « directeur des travaux de la province du Languedoc ».

27On note, toujours dans les archives notariées, qu’à l’exception de son frère Charles-François, aucun artiste, ingénieur ou personnalité impliquée dans les aménagements urbains n’est présente, ce que l’on repère lors de la passation de son contrat de mariage, et plus généralement dans tous les actes notariés que nous avons eus en main. De même, on ne relève son nom qu’une seule fois parmi les témoins des mariages de la petite communauté des artistes, architectes et ingénieurs toulousains113. Saget, en effet, n’apparaît que très ponctuellement dans les réseaux d’amitiés qui se dessinent devant les notaires toulousains. On ne le rencontre jamais auprès d’artistes, d’ingénieurs, d’entrepreneurs ou d’architectes qu’il connaissait pourtant, exception faite du mariage, en 1750, de Jean-Antoine Dufourc avec Gabrielle Duzières114. L’ingénieur n’intégra jamais les rangs de l’Académie des arts, contrairement à Garipuy, Dufourc, ou Charles-François de Saget,115.

28Ainsi, si les actes notariés permettent d’interroger la mobilité sociale d’un individu, sa façon de s’insérer dans différents mondes sociaux, ils permettent également de mettre en évidence les liens, familiaux ou amicaux, et d’apporter un autre éclairage sur la carrière d’un individu. Ils pourraient ainsi s’avérer de précieux outils pour comprendre des trajectoires d’aristocrates qui s’adonnèrent en professionnels à l’architecture ou à l’ingénierie. Ces sources s’avèrent encore utiles pour ouvrir de nouvelles pistes de recherches. Ainsi, si l’on ne peut rien affirmer quant aux circulations de Saget, et notamment sur une potentielle formation à Paris, supposé par Mesplé116, certains éléments montrent que l’ingénieur n’aurait pas été actif qu’en Languedoc. On trouve ainsi mention dans l’inventaire de « quatre paquets de plans relatifs aux canaux de Provence » peut-être la trace d’une intervention sur ce projet dans lequel s’était investi le commandant du Languedoc, le maréchal de Richelieu. Une mention, dans une correspondance, confirme un voyage en Provence, entre fin 1773 et 1774117, et pourrait ouvrir de nouvelles perspectives à exploiter dans d’autres dépôts d’archives.

Annexes

Pièces justificatives

-1-

1747, 25 août
Archives départementales de Haute-Garonne, 3 E 7442, f° 195-196.
Émancipation de Joseph-Marie de Saget, avocat au Parlement

Par devant le notaire royal à Toulouse, soussignés furent présens Messire Jacques de Saget, ancien avocat général au parlement de Toulouse, lequel reconnoissant la sagesse et la prudence de Messire Joseph-Marie de Saget, avocat au parlement, son fils, et qu’eu égard à la prière que ledit sieur de Saget, son fils luy a faite de l’émanciper et metre hors de sa puissance pour pouvoir acquérir et traiter à son profit, ledit seigneur de Saget a émancipé et mis hors de sa puissance ledit sieur de Saget son fils icy présent, qui a accepté ladite émancipation et en a humblement remercié ledit seigneur son père, lequel consent qu’au moyen des présentes ledit sieur son fils agisse et traite à son profit pour toutes affaires dont un père de famille peut être capable, et notamment pour qu’il puisse exercer à son profit l’action en rabatement de décret que la loy luy donne de la charge d’avocat général décrétée sur ledit seigneur de Saget père, auquel rabatement ledit seigneur de Saget père renonce de son chef, réservant néanmoins ledit seigneur de Saget père le respect fillial et l’entier uzufruit qui luy comporte sur tous les biens et droits présens ou procédans des actes antérieurs à la présente émancipations pour d’iceux ledit seigneur de Saget père en jouir tant à présens qu’à l’avenir sans laquelle réservation dudit entier uzufruit que ledit sieur de Saget fils accepte, ledit seigneur de Saget père n’aurait fait la présente émancipation. De quoy lesdites parties ont requis cet acte, concédé, fait et passé audit Toulouse le vingt-cinq août après midy mil sept-cens quarante-sept, en présence du sieur Marial Vidal, garçon tailheur demeurant en cette ville, rue et parroisse du Taur et de Jacques Tournié habitant dudit Toulouse, soussigné avec ledit seigneur de Sagés père, et ledit sieur son fils, et nous notaire.

(Signé :) Saget, Saget, Martial (Vida) Vidal, Tournier, Toulza notaire royal.

-2-

1775, 21 janvier
Archives départementales de Haute-Garonne, 3 E 2104, f° 323v-327v.
Contrat de mariage entre Joseph-Marie de Saget et Marie-Antoinette Pétronille de Marquier de Fajac

Par devant le conseiller du Roy, notaire à Toulouse, et des témoins bas nommés, ce jour d’huy vingt-un juillet mil sept cent soixante-quinse à Toulouse, après midy, ont comparu Messire Joseph-Marie de Saget, écuyer, habitant à Toulouse, rue des Filatiers, parroisse Saint Étienne, fils légitime de (de) feux Messire Jacques de Saget avocat général au Parlement de Toulouse et de dame Marie-Anne de Cambolas, mariés, procédant en l’assistance de Messire Charles-François de Saget, écuyer, son frère, de Madame de Cambolas, veuve de Messire Étienne-François René Darbou conseiller de Grand Chambre, sa tante, de Messire André-Bernard de Miramont, aussi conseiller de Grand Chambre, son beau-frère, de Messire de Rolland, Conseiller au parlement, son cousin, et autres parens et amis d’une part, et Demoiselle Marie-Antoinette Pétronille de Marquier de Fajac, demeurante au château de Fajac en Lauragais, absente, pour elle présent, stipulant et acceptant Messire Jean-Baptiste de Marquier, seigneur de Fajac et autres places, son père, et Messire Michel de Cantalauze, conseiller de Grand Chambre dudit parlement, faisant pour et au nom de Dame Madame Marie-Philiberte de Lévis, sa mère, épouse dudit seigneur de Fajac, en vertu de sa procuration expresse du dix-neuf juillet courant passée devant Maître Ségala, notaire en la ville de Mazères118 en Foix, que ledit seigneur de Cantalauze nous a déposé en original duement controllé, de luy paraphée, en la présence et assistance de Messire Joseph de Marquier de Fajac, frère de ladite demoiselle de Fajac de Messire Jean-Jacques Marie-Joseph Martin Dayguesvive, président à la première chambre des enquettes dudit parlement, de Messire Louis-Antoine de Vic, seigneur de Clermont, conseiller audit parlement, avec promesse que fait ledit seigneur de Fajac père de faire aprouver et ratiffier à ladite demoiselle de Fajac sa fille tout le contenu aux présentes sous les peine de droit. D’autre part, entre lesquelles parties sur le traité dudit mariage dudit seigneur de Saget avec ladite demoiselle Fajac ont été faite et arrêtée les conventions suivantes.

En premier lieu, qu’ils seront tenus de se prendre réciproquement en foy et loy de mariage et de le solemniser suivant les sants décrets et constitutions canoniques à la première réquisition de l’une des parties sous même peine. En second lieu, ledit seigneur de Fajac constitue à titre de dot à ladite demoiselle de Fajac, sa fille, future épouse et par conséquent audit seigneur de Saget, la somme de trente mille livres à compte des droits paternels, y compris ce qui doit luy revenir du chef de ladite dame de Lévis, sa mère ; et à l’égard du surplus des biens qui pourront luy advenir, ils lui seront libres et paraphernaux, pour en dispenser à sa volonté.

En troisième lieu, ledit seigneur de Fajac, en déduction de ladite somme de trente mille livres, a présentement payé audit seigneur de Saget celle de dix-mille livres en argent comptant que ledit seigneur de Saget a comptée reçue et retirée au vu de nousdit notaire et témoins, en tient quitte ledit seigneur de Fajac et l’a reconnue et assignée en faveur de ladite demoiselle de Fajac, future épouse par tous et chacun ses biens meubles et immeubles présens et avenir. Et à l’égard des vingt mille livres restantes, il a été convenu qu’elles ne seront exigibles qu’après le décès dudit seigneur de Fajac constituant et que les intérêts au denier vingt couront de ladite somme principalle depuis le jour de la célébration du présent mariage, mais qu’il n’en sera réellement payé audit seigneur de Saget que cinq cens livres chaqu’année, les autres cinq cens livres d’intérêt auront également cours depuis le jour de la célébration du présent mariage, mais les arrérages n’en seront exigibles qu’après le décès desdits seigneur et dame de Fajac père et mère de ladite demoiselle future épouse.

En quatrième lieu dans le cas du prédécès de ladite demoiselle future épouse ledit seigneur de Saget gaignera en propriété la somme de trois mille livres et aura la jouissance sa vie durant du restant de ladite constitution. En cinquième lieu, dans le cas contraire du prédécès dudit seigneur de Saget, ladite demoiselle de Fajac répétera sur les biens d’iceluy toutes les sommes qu’il se trouvera avoir reçues à compte de la constitution dotalle de trente mille livres, et lui sera payé d’ailleurs la somme de quinse cent livres pour son droit d’augment en propriété. En sixième lieu, dans le même cas, l’année de viduité et les habits de deuil sont et demurent règles à la somme de trois mille livres, y compris les intérêts de la constitution dotalle dont il n’en sera payé aucun pendant ladite année de deuil. En septième lieu a été convenu qu’après ladite année de deuil, il sera payé par les héritiers dudit seigneur de Saget à ladite demoiselle de Fajac une pension viagère de six-cent soixante-quinse livres à titre d’augment en uzufruit et luy sera fourni dans ledit cas de prédécès dudit seigneur de Saget un apartement meuble dans sa maison ou ailleurs avec les ustancilles nécessaires, le tout conformément à l’état et condition des parties desquels meubles et ustancilles il sera fait un état en double pour être rendu après le décès de ladite demoiselle future épouse en l’état qu’ils se trouveront.

Déclarant ledit seigneur Marquier de Fajac que ladite somme de dix-mille livres qu’il a cy-dessus payée audit seigneur Joseph-Marie de Saget en déduction de la constitution dotalle de trente mille livres qu’il a cy-dessus fait à Demoiselle Marie-Antoinette Pétronille Marquier de Fajac, sa fille, est la même et aux mêmes deniers et espèces qui lui a été prêtée et audit seigneur de Fajac, son fils, à titre de rente constituée, par acte de ce jourd’huy, retenu par Maître Monna, notaire de cette ville, savoir six mille livres par Messire Guillaume Cassaignau de Sieur Félix prêtre chanoine pressenteur du chapitre de Saint-Félix, et quatre mille livres par demoiselle Anne-Catherine de Cassaignau de Saint-Félix, sa sœur, en faveur desquels ledit seigneur de Fajac réitère toutes les mentions des subrogations promises dans ledit acte, et ledit seigneur de Saget futur époux étant pleinement instruit des conditions auxquelles ladite somme de dix mille livres qu’il a reçu dudit seigneur de Fajac lui a été prêtée et audit seigneur de Fajac son fils par lesdits sieurs et demoiselle de Saint-Félix, il déclare devant nousdit notaire et témoins que relativement audit acte, il consent à toute postposition d’hypothèque en faveur dudit sieur et demoiselle de Saint-Félix pour ladite somme de dix mille livres, et qu’ils ayent toute préférance sur la somme de vingt-mille livres qui lui est due par ledit seigneur de Fajac de reste de ladite constitution dotalle pour par eux s’en servir et prévaloir le cas y échéant, ainsi que de droit.

Et à tenir et garder ce dessus, lesdites parties chacune comme les concerne et comme procèdent ont obligé leurs biens présens et avenir qu’elles ont fournis aux rigueur de justice. Fait et passé en présence de Maître Pierre Arexy, avocat au parlement et des sieurs Jean-Louis Robert et Jean Tenet, praticien, habitan dudit Toulouse, soussigné avec lesdites parties et nous.

(signé :) Saget, Fajac, Cantalauze Lagarde, Saget cadet, Fajac conseiller, Saget cadet, de Cambolas Darbou, Miramont, Rolland, de Vic de Clermont, d’Ayguevive, De Fossé de Fajac, Arexy, Saget de Miramont, Robert, de Maynard de Cambolas, Tenet, notaire royal, Campmas, notaire royal.

-3-

Vers 1750
Mémoire de Messieurs Saget et Dufourc, au sujet du plan de la ville de Toulouse
Archives départementales de Haute-Garonne, 1C 331.

Monsieur Garipuy, directeur des travaux de la province de Languedoc, se trouvant à Montpellier en 1748, fut prié par feu Monsieur Lenain, intendant de cette province de faire un projet des embelissements qu’il conviendroit de faire à la ville de Toulouze. Dès qu’il fut de retour, il en dressa un mémoire qu’il envoya à Monsieur Lenain, avec un plan qu’il avoit fait copier d’après celui qui est dans le greffe de l’Hôtel de Ville.

Le peu d’exactitude qui se trouvoit dans ce plan n’ayant pu permettre à Monsieur Garipuy de fixer certaines choses essentielles, et pour lesquelles il étoit nécessaire d’une plus grande précision, il le marqua à Monsieur l’intendant qui lui fit sentir dans un autre voyage qu’il fit à Montpellier qu’il en faudroit lever un nouveau. Monsieur Garipuy jeta les yeux sur nous et nous engagea d’entreprendre cet ouvrage.

Avant que de le commencer nous crûmes devoir en avertir Messieurs les capitouls qui étoint pour lors en place ; ils accueillirent très favorablement la proposition que nous leur en fîmes, et nous promirent de nous donner une main forte toutes les fois que nous en aurions besoin. Comme nous avions pour lors à travailler dans des quartiers écartés et où le monde ne pouvoit nous incommoder, nous les remertiâmes sans toutesfois refuser leur offre, que nous acceptâmes environ deux mois après, étant obligés de travailler dans le centre de la ville.

Ce fut pour lors que ces messieurs nous fournirent gratuitement deux soldats par jour pour empêcher que nous fussions détournés dans nos opérations ; ils nous donnèrent pour cet effet un ordre que l’un d’eux, nommé Monsieur de Voisin, signa, et dont voicy les termes : « Je déclare avoir donné ordre à Monsieur Bonneau, capitaine du guet, de donner gratis deux soldats à Monsieur de Saget toutes les fois qu’il jugera à propos de travailler à la levée du plan de la ville, ainsi qu’il a été aprouvé par Messieurs les capitouls mes collègues, à Toulouze, ce 11 aoûst 1749. De Voisin de Bailes capitoul ».

Toutes les fois que nous voulions travailler, nous alions avec cet ordre à l’Hôtel de Ville, où nous avions déposé nos instruments, et nous trouvions deux soldats qui étoint commendés pour nous suivre. Nous profitâmes du secours que les capitouls nous donnoint pour répondre aux vues de Monsieur l’intendant, et nous hâtâmes notre ouvrage autant qu’il étoit possible ; il étoit bien avancé au commencement de l’année 1750. Monsieur Garipuy, qui étoit alors à Montpellier, n’ayant pu en rendre conte par lui-même à Monsieur Lenain à cause de ses incommodités, lui fit remetre un mémoire avant son départ, dans lequel il lui marquoit l’état où étoit nos opérations, et demanda une gratification, vu le travail et les avances que nous avions déjà faites.

À peine Monsieur Garipuy fut-il arrivé à Toulouze qu’il reçut une lettre de Monsieur Dheur, conçue en ces termes : « J’ay lu à Monsieur l’intendant, Monsieur, le mémoire que vous m’avez laissé au sujet du nouveau plan de la ville de Toulouze. Il m’a chargé d’avoir l’honneur de vous écrire pour savoir de vous à quoi à peu près pourroit monter la gratiffication qu’il seroit juste d’accorder aux géomètres qui l’ont dressé, parce que vous sentés bien qu’il doit ménager la ville de Toulouze qui est déjà d’ailleurs bien chargée. J’ay l’honneur d’être etc. Dheur, signé ». Cette lettre est dattée du 24 février 1750.

Monsieur Garipuy nous communiqua cette lettre, nous le priâmes de régler la gratiffication comm’il jugeroit à propos. Il répondit en conséquence à Monsieur Dheur. Quelque tems après, Monsieur Picot Lapeyrouse, antien capitoul, rencontrant par hazard Monsieur de Saget, lui aprit que Monsieur Baylot, sindic de la Ville, avoit à lui parler. Ne doutant point que ce ne fut au sujet du plan de la ville, nous fûmes chez Monsieur Baylot, que nous trouvâmes dans l’Hôtel de Ville. Il nous dit que Messieurs les capitouls avoient reçu depuis quelque temps une lettre de Monsieur Lenain au sujet du plan de la ville à laquelle ils avoint répondu tout de suite, nous ajoutant qu’il faloit voir ce qu’écriroit Monsieur l’intendant. Nous fûmes le même jour chés Monsieur Garipuy qui nous communiqua une lettre qu’il venoit de recevoir de Monsieur Lenain, dont voicy la teneur « J’avois proposé aux capitouls, Monsieur, de donner un acompte aux jeunes gens dont vous m’avez parlé qui travaillent à lever le plan de votre ville. Ils me répondent qu’ils ont fait cette entreprise de leur propre mouvement qu’ils ne sont pas même venus les instruire des progrès de leur travail, quoi qu’ils les ayent fait avertir qu’ils avoient reçu une lettre de moy à ce sujet. Ils ajoutent que la Ville fut faire, il y a environ 50 ans, un plan géométrique en grand, qui est aux archives, qu’il y en a encore un autre petit qu’on a gravé et qu’on vend publiquement ; qu’outre cela, le sieur Lebrun, directeur des travaux publics, en a fait un qui doit être gravé incessament et auquel ils ont plus de confience. Je suis très parfaitement etc. » Cette lettre est signée Lenain et dattée du 9 avril 1750. Nous vîmes par cette lettre quelle devoit être la réponse que Messieurs les capitouls avoit faite à Monsieur Lenain. Nous n’en fûmes pas surpris. Ils ignoroi[en]t les précautions que nous avions pris avec leurs prédécesseurs et ne sçavoient pas par conséquent que nous ne travaillions que de leur consentement. Quand à l’ancien plan qu’ils ont dans leurs archives, ils n’en connoissoient pas les déffauts ; le plan gravé ne peut être meilleur, puisqu’il en est la copie imparfaite. S’il y en a d’autres, nous ne les connoissons pas et au cas ils existent, ce ne peut être que des copies de l’ancien, puisque personne que nous n’a pris aucune mesure. Il ne fut pas difficile de faire revenir Messieurs les capitouls sur notre conte. Ils sentirent la nécessité d’un nouveau plan et proposèrent dans un conseil de ville de nous donner un acompte ainsi que leur avoit marqué Monsieur l’intendant ; mais le conseil ne le jugea pas alors à propos. Soit qu’il ne vit rien de nos travaux, soit que les revenus de cette année fussent déjà épuisés. Quoique cet acompte nous eut été très avantageux pour accéllérer notre ouvrage, nous nous prêtâmes volontiers à la situation de la Ville, et nous résolûmes d’attendre le moment où il seroit fini pour demander la récompense qui nous est due.

Quelque diligence que nous ayons faite, nous n’avons rien négligé pour donner à nos opérations toute l’exactitude possible, nous avons employé les méthodes les plus sûres quoique plus pénibles, nous sommes entrés dans le moindre détail et nous avons employé diverses sortes de vérifications pour corriger les erreurs qui auroint pu se glicer dans un ouvrage d’une aussi longue halaine ; en sorte que nous pouvons assurer lui avoir donné tout le degré de précision dont le plan d’une grande ville est susceptible, et que si l’on compare les plus grandes distances prises sur le plan avec la mesure actuelle, on ne trouvera jamais une différence sensible à l’échelle. Aujourd’huy, notre plan est achevé, il est sur une échelle d’une ligne par toize, il a douze pieds de haut sur seize pieds de large. La copie seule nous a occupé six mois, quoique nous ayons eu plusieurs aides.

Nous espérons que Monseigneur l’intendant voudra bien protéger un ouvrage qui a été fait sous les auspices de son prédécesseur et qu’il engagera la Ville à nous accorder une récompense proportionée à notre travail, aux dépenses que nous avons été obligés de faire et à l’avantage qu’elle doit en retirer.

Notes

1 Jean-Yves Sarazin, « L’historien et le notaire : acquis et perspectives de l’étude des actes privés de la France moderne », Bibliothèque de l'école des chartes, t. 160, 2002, 229-270

2 Notamment Jean-Luc Laffont (dir.), Notaires, notariat et société sous l’Ancien Régime, Actes du colloque de Toulouse [Université Toulouse-II, 15 et 16 décembre 1989], Toulouse, 1990.

3 Jean-Yves Sarazin, Bibliographie de l’histoire du notariat français, 1200-1815, Paris, 2004.

4 Anne Blanchard, Les ingénieurs du “Roi” de Louis XIV à Louis XVI. Étude du corps des fortifications, Montpellier, 1979, p. 28-30.

5 Claude Vacant, Jean-Rodolphe Perronet (1708-1794), “Premier ingénieur du Roi” et directeur de l’École des ponts et chaussées, Paris, 2006.

6 Anne Coste, Antoine Picon, Francis Sidot, Un ingénieur des Lumières : Émiland-Marie Gauthey, Paris, 1994.

7 Louis Gabard, Henri Pitot, Un académicien et constructeur languedocien au cœur du Siècle des Lumières, Paris, 2015.

8 Guy Désazars de Montgaillard, « Le plan autographe de Toulouse, dû à Monsieur de Saget », Bulletin de la Société archéologique du Midi de la France, 1897, p. 109-110 ; Claude Rivalz, René Camboulives, Jean Angély, Toulouse d’après les plans anciens, Toulouse, 1972 ; Pierre Gérard, « Toulouse au XVIIIe siècle: des hommes au service de la collectivité », Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 16e série, vol. 147, t. 6,‎ 1985, p. 21-33 ; Marie-Luce Pujalte, L’architecture civile privée à Toulouse au XVIIIe siècle, thèse d’histoire de l’architecture sous la dir. d’Yves Bruand, Université Toulouse-II, 1999 ; Linnéa Rollenhagen Tilly, Les quais de Saget, mémoire de maîtrise sous la dir. de Bruno Tollon, Toulouse, 1999, 2 vols, et, du même auteur, « Les quais de Toulouse, déroulement d’un chantier public dans la seconde moitié du XVIIIe siècle », Édifice et artifice. Histoires constructives, sous la dir. de Robert Carvais et al. Paris, 2010, p. 945-954 ; « L’édification des quais de Toulouse au XVIIIe siècle : références architecturales nationales ? », L’art du sud : de la création à l’identité (XIe-XXe siècles) sous la dir. de Quitterie Cazes, Toulouse, 2003, p. 165-180 ; Pierre Marty, Louis de Mondran (1699-1792), parcours d’un homme influent entre Toulouse et Paris, thèse d’histoire de l’art sous la dir. de Guy-Michel Leproux, EPHE, 2019, 3 vols.

9 Ferdinand de Dartein, Études sur les ponts en pierre remarquables par leur décoration, antérieurs au XIXe siècle, vol. III, Ponts français du XVIIIe siècle, Languedoc, Paris ; Jérôme Slonina, ”Des chemins superbes jusqu’à la folie“. La politique routière des états de Languedoc de 1753 à 1789, Thèse d’histoire du droit sous la dir. de Jacques Poumarède, Université Toulouse-I, 1999 ; Catherine Isaac, Construire en province au XVIIIe siècle : les ingénieurs des États du Languedoc, thèse d’histoire de l’art sous la dir. de Pascal Julien et Émilie d’Orgeix, Université Toulouse-II, 2018.

10 Catherine Isaac, « Reconsidering the "Considerable Expense" Involved in Building the Lavaur Bridge in Languedoc », Nuts and bolt of construction history, vol. 2, p. 173-180.

11 On ne connait pas de publications de Saget. Néanmoins, on sait qu’il s’était intéressé à la Toulouse antique, dont il avait donné un plan de l’enceinte romaine, et laissé un mémoire sur les sources d’eau souterraines et aqueducs anciens de Toulouse (Histoire et mémoires de l’Académie royale des sciences, inscriptions et belles lettres de Toulouse, 1807, t. 1, p. 4, 43).

12 Ferdinand de Dartein, op. cit., Paris, 1908, p. 15-16.

13 Seule Catherine Isaac a, à notre connaissance, utilisé des sources notariées, le testament et l’inventaire de Joseph-Marie de Saget, essentiellement analysés pour l’étude de la bibliothèque, partiellement consignée dans l’inventaire de Charles-François, et sa culture matérielle (Catherine Isaac, Construire en province…). Nous avons également rédigé une notice dans le dictionnaire biographique compris dans notre thèse (Pierre Marty, op. cit., vol. 3, dictionnaire biographique).

14 Jules Villain, La France moderne, t. 3, p. 595. Nous n’avons pas vérifié l’assertion. Toutefois, précisons que le patronyme « Saget » n’appartient pas à d’autres familles que celle de l’ingénieur dans les archives toulousaines.

15 Grégory Barbusse, Le pouvoir et le sang. Les familles de capitouls de Toulouse au siècle des Lumières (1715-1790), thèse d’histoire sous la dir. de Jean-Pierre Amalric et Michel Taillefer, Université Toulouse-II, 2004 ; Gustave Chaix d’Est-Ange, Dictionnaire des familles française, anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, t. 4, p. 50.

16 Le capitoulat octroyait la noblesse au premier rang et le titre d’écuyer. Sur ces questions, nous renvoyons à Grégory Barbusse, op. cit.

17 Nous n’avons pas vérifié ces informations. Précisons que le titre de chevalier, qui pourrait désigner le second degré de noblesse (après celui d’écuyer) pourrait être avéré ou usurpé, ou renvoyé à un quelconque ordre.

18 Rattaché au Bureau des finances, le trésorier de France voyait ses attributions aller du domaine à l’imposition en passant par la voierie. Bernard Barbiche, Les institutions de la monarchie française à l’époque moderne, Paris, 2012, p. 359-382.

19 Jacques de Saget aurait auparavant conclu un premier mariage, resté sans enfants, avec Marie de Chastenet de Puységur, décédée jeune (Jean-Jérôme de Ribier, « La descendance de Maynard et la Révolution française » Cahiers Maynard, n° 17, 1991, p. 31-37, ref. p. 37, note n° 7).

20 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 3668, fo 591-594. 1718, 10 octobre, contrat de mariage de Jacques II de Saget et Marianne de Cambolas.

21 Saget avait été nommé à l’office de conseiller, légué par son oncle, après une dérogation de huit inscriptions (Arch. dép. de Haute Garonne, 1B 1939, 1719, 12 décembre), et une enquête de moralité (Arch. dép. de Haute-Garonne, 1 B 1366, 1719, 30 décembre).

22 Marcassus était l’audacieux marchand qui avait repris, en 1711, la manufacture de drap de La Terrasse, avec l’assentiment des États du Languedoc. Son succès allait lui permettre de coiffer le chaperon de capitoul en 1721, et d’obtenir que sa terre de Puymaurin soit érigée en baronnie (Jean-Michel Minovez, « Les manufactures royales de draps fins du Midi toulousain et leurs entrepreneurs au XVIIIe siècle », Annales du Midi, t. 112, n° 229, 2000, p. 21-40, ref. p. 25-27.

23 Clarisse Coulomb, « La fabrique de l'homme politique. L'avocat général du parlement dans l'espace public (1760-1789) », Caroline Le Mao (dir.), Hommes et gens du roi dans les Parlements de France à l'époque moderne, Rennes, 2011, p. 39-57, ref. p. 40.

24 Louis Moreri, Le grand dictionnaire historique ou le mélange curieux de l’histoire sacrée et profane […], Paris, 1749, t. 15, p. 265.

25 Michel Taillefer, « Une élite culturelle : les parlementaires toulousains du XVIIIe siècle », dans Jacques Poumarède et Jack Thomas (dir.) Les parlements de Province. Pouvoirs, justice et société du XVe au XVIIIe siècle, Toulouse, 2004, p. 665-674 ; Michel Taillefer, « Les francs-maçons mainteneurs des jeux floraux au XVIIIe siècle », Michel Taillefer, Études sur la sociabilité à Toulouse et dans le midi toulousain, p. 79-95.

26 Jean-Claude Paulhet, « Les parlementaires toulousains à la fin du XVIIe siècle », Annales du Midi, 1964, t. 76, n° 67, p. 191-192. Les prix des offices étaient globalement à évaluer à la hausse au siècle suivant (William Doyle, Venality. The sale of offices in Eighteenth century France, Oxford, 1996).

27 La vénalité et la transmission des charges de parlements avaient été établis en 1604 avec l’instauration de la Paulette (Clarisse Coulomb, Les pères de la Patrie. La société parlementaire en Dauphiné au temps des Lumières, p. 30).

28 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 5871, f° 251- 1755, 3 mai, Testament de Marianne de Cambolas, mère de Joseph-Marie de Saget. Le testament avait été enregistré le 25 juin 1754. Cette liste est celle des enfants du couple ayant atteint l’âge adulte.

29 Arch. mun. de Toulouse, 2 E IM 8247, paroisse de la Daurade, f°13, 1725, 19 mars.

30 Saget revit l’homme de lettres lors de l’un de ses passages à Toulouse, en 1774 : « L’abbé Rainal a passé ici au retour de Bagnères de Luchon. Il part aujourd’huy pour revenir à Paris ; je dinay avant-hier avec luy, je l’ay trouvé tel que je l’avois connu dans ma jeunesse » (Arch. dép. de l’Hérault, C 12500, lettre de Joseph-Marie de Saget à Jean-Joseph de La Fage, 1774, 17 août, à Toulouse). Notons que Saget, pas plus qu’un autre artiste ou ingénieur toulousain ne figure parmi les correspondants de Raynal connus à ce jour (Gilles Bancarel, Raynal et ses réseaux, Paris, 2011).

31 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 3983, 1731, 11 septembre, testament de Guillaume-Thomas Raynal. Raynal, qui était « à la veille de faire ses premiers vœux dans la Compagnie de Jésus », y lègue tous ses biens à un certain Guillaume Alexandre, curé de Magnac, village du diocèse de Rodez.

32 Anatole Feugère, Un Précurseur de la Révolution. L’Abbé Raynal (1713-1796), Angoulême, 1922.

33 Roger Chartier, Marie-Madeleine Compère, Dominique Julia, L’éducation en France du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, 1976, p. 203.

34 François de Dainville, « L’enseignement scientifique dans les collèges des Jésuites » Pierre Coastabel (dir.), L’enseignement classique au XVIIIe siècle. Collèges et universités, Paris, p. 27-64.

35 Patrick Ferté, Répertoire géographique des étudiants du midi de la France (1561-1793) […], t. VII, Toulouse et son diocèse, Toulouse, 2015, p. 259.

36 Arch. dép. de Haute-Garonne, 1B 2564, 1745, 5 juillet. Conformément à un arrêt du Parlement de Toulouse du 7 août 1554, qui voulait prétendre à devenir avocat devait être au moins titulaire d’une licence ou d’un doctorat en droit. Jean-Louis Gazzaniga, « L’ordre des avocats aux derniers siècles de l’Ancien Régime », Jean-Louis Gazzaniga, “Défendre par la parole et par l’écrit”, Études d’histoire de la profession d’avocat, Toulouse, 2004, p. 37-51, Patrick Ferté, Répertoire géographique…, t. II, p. 25.

37 C’est ce que suggèrent les actes notariés, tout comme le mariage de Marie-Françoise, la sœur de Joseph-Marie, en 1737, avec un conseiller au Parlement, André-Bernard de Miramont, à qui Jacques de Saget s’était engagé à donner 30 000 livres de dot qui ne furent que partiellement payées, Miramont figurant parmi les créanciers du père.

38 Arch. dép. de la Haute-Garonne, 1 B 1946, 1746, 12 mars, f° 353-360, « Saizie faitte sur l’office de Maître de Saget, avocat général à la requête de la dame Delanis, veuve de Maître Latournerie, avocat ». À cette occasion, l’hôtel de Saget, son entier mobilier et les effets de Jacques de Saget étaient saisis. La maison de campagne familiale, le château de Rouffiac, comme les métairies attenantes l’étaient également.

39 Arch. dép. de la Haute-Garonne, 1 B 1946, f° 360r. « Saizie réelle faite sur l’office d’avocat général de Maître de Saget, à la requête de Maître Jean Dumas, avocat en la cour, scelleur en la Chancellerie près ledit parlement […] en vertu d’un contrat de 800 livres au capital de seize mille livres consenti en faveur du requérant par Maître Jacques de Saget, avocat général au parlement, habitant dudit Toulouse, le 26 décembre 1740 […] ».

40 Henri Affre, Dictionnaire de biographies aveyronnaises, Rodez, 1881, p. 224-225.

41 Un rabattement de décret était « une espece de regrès ou rachat dont use celui qui a été évincé de ses biens au moyen d’une adjudication par decret […] le rabattement de décret, proprement dit, n’a lieu que dans le Languedoc : ce rachat ou regrès y est fondé sur le droit romain, mais le parlement de Toulouse en a prorogé la durée jusqu’à dix ans. » (« Rabatement de décret (jurisprudence) », dans Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Neuchâtel, Samuel Faulcher, 1765, vol. XIII, p. 733b-734a).

42 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 7442, f° 195-196, 1747, 25 août, émancipation de Joseph-Marie de Saget (voir pièce justificative n° 1).

43 Une des controverses entre les créanciers et la famille résidait dans la teneur du contrat de mariage de Jacques de Saget. Celui-ci y faisait donation d’une partie de ses biens à son fils aîné alors à naître, ce qui devait empêcher certains créanciers de réclamer des biens, ce que Saget père avait confirmé « par acte retenu par Maître Pratviel, notaire de Toulouse, et par autre acte du vingt-six aoust mille sept cens quarante-sept retenu par Maître Toulza », son épouse s’y opposa, en vertu de « ses cas dottaux et d’une somme de vingt-mille livres contenue dans ledit contract de mariage ; comm’aussy pour la somme de treize mille de son augment » (Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 5874, f° 414v°-427, accord entre Joseph-Marie de Saget et les créanciers de son père). Le droit d’augment était « un gain nuptial que la femme prend en récompense et à proportion de sa dot sur les biens de son mari prédécédé. Pour ce qui est de la coutume de Toulouse, l’augment de dot revenait à la moitié de la valeur de ladite dot (Philippe-Antoine Merlin, Répertoire universel et raisonné de jurisprudence, Paris, 1827 [5e éd., 1e éd. Paris, 1812], t. 2, p. 151-155).

44 L’action en rabatement de décret fut arbitrée dès le 19 février 1748 (1 B 2565, f° 26bis v). Joseph-Marie de Saget et son représentant, Gense, furent déboutés, et condamnés aux « dépens envers toutes parties », en l’occurrence Julien de Pegueyrolles et son avocat, Planet. Le procès concernant les créances de Jacques de Saget se tint un peu plus tard, entre le 13 mars et le 17 juin 1749 (1B 2565, f° 127v°-158v°).

45 Traité des droits, fonctions, franchises, exemptions, prérogatives et privilèges […], Paris, Visse, 1788, t. 4, p. 76, en note : « L’office d’avocat général au Parlement, appartenant à Monsieur [Jacques] de Saget, qui en étoit pourvu, ayant été saisi sur sa tâte par ses créanciers, on poursuivit les remises dans le délai porté par l’édit. On fit l’enchère, et lorsqu’à l’audience on en requit publication, on prétendit qu’il falloit assigner pour voir ordonner la vente judiciaire, et qu’il fut ensuite rendu arrêt qui ordonnât cette vente ; mais cette prétention fut condamnée par le présent arrêt de la grand-chambre, qui ordonna la publication de l’enchère, et l’office fut adjugé définitivement le 14 août suivant, n’y ayant eu que deux remises pour la vente.

46 Il n’est pas précisé, dans notre documentation la qualité de cette séparation. Vivant dans un couvent, elle était séparée de corps mais on ne sait pas si elle l’était de bien. Marianne de Cambolas laissait une pension annuelle de 300 livres à son époux dont la seule condition était qu’elle ne puisse pas tomber entre les mains de ses créanciers (Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 5871, f° 253v.-254).

47 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 5871, fo 251-253v, testament de Marianne de Cambolas, ouverture, 1755, 3 mai, enregistrement du testament, 1754, 25 juin. Jean-Joseph Antoine-Pascal s’embarqua pour le Cap-Français, aujourd’hui Cap-Haïti, en Haïti. Il put y retrouver sa tante, Marie de Cambolas, qui y était religieuse au monastère du Cap-Français, où elle devait mourir en 1757 (Hommes et destins, dictionnaire biographique d’outre-mer, t. 2, vol. 1, notice « De Cambolas, Marie»). Jean-Joseph Antoine-Pascal semble s’être marié là-bas et y être mort, comme on l’apprend dans un acte de 1782 par lequel Joseph-Marie de Saget récupérait 2533 livres de la succession de son frère (Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 6498, pièce n° 22).

48 Charles-François de Saget n’apparaît pas dans les répertoires des étudiants dressés par Ferté ; il n’était sans doute pas prévu qu’il se destine au droit. Il devint finalement ingénieur, comme son frère aîné, et sans doute grâce à lui. En 1755, il était à Paris (Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 5871, f° 253v.-254, 1755, 3 mai). Il avait auparavant passé une procuration à son frère devant le notaire parisien Prévost (acte en déficit) au mois de novembre précédent, ce qui suggère un séjour assez long. On ne sait pas ce qui l’avait amené à s’installer à Paris, les recherches dans le minutier central des Archives nationales n’ont pour l’instant rien donné. À son retour, il aurait immédiatement intégré le bureau de Joseph-Marie. Catherine Isaac avance qu’il aurait commencé à travailler pour la province du Languedoc en 1756 (Catherine Isaac, op. cit., Annexe 1, p. 151)

49 Jean-Emmanuel Guignard de Saint-Priest avait succédé à Le Nain d’Asfeld, mort en poste en 1750.

50 Patrick Ferté, Répertoire géographique des étudiants du midi de la France (1561-1793) […], t. VII, Toulouse et son diocèse, Toulouse, 2015, p. 150. Garipuy aurait obtenu un baccalauréat, puis une licence le 19 juillet 1730.

51 Garipuy faisait partie des académiciens qui avaient permis à la Société des sciences d’obtenir la protection du Roi et le titre d’Académie royale en 1746. Michel Taillefer, Une académie interprète des Lumières. L’académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, Paris, 1984.

52 Nous renvoyons aux travaux de Jérôme Lamy, notamment à L’observatoire de Toulouse, archéologie d’un espace savant (Rennes, 2007).

53 Étienne Hyacinthe de Ratte, dans son Éloge de Monsieur Garipuy, lu à l’assemblée publique de la Société royale des sciences, le 10 octobre 1783 (s.l.n.d. [Montpellier, 1783]), indique, p. 5, à propos de sa formation d’avocat que « plus il s’appliquoit à l’étude des lois, plus il étoit rebuté par leurs contrariétés apparentes ».

54 Mondran devait obtenir la protection du Roi et le titre d’Académie royale pour la Société des arts. Il y joua un rôle prépondérant pendant près de quarante ans (Pierre Marty, op.cit…).

55 Arch. dép. de Haute-Garonne, C 331, Mémoire de Messieurs Saget et Dufourc au sujet du plan de la ville de Toulouse (pièce justificative n° 3). Garipuy, en 1748, avait ébauché un premier projet d’urbanisme. Désireux de le présenter au premier président du Parlement mais dépourvu de plan et dans l’impossibilité de se déplacer sur le terrain, il s’était trouvé dans l’impossibilité de le faire de façon concise et.

56 Arch. dép. de Haute-Garonne, 1 C 331, 1750, Mémoire de Messieurs Saget et Dufourc au sujet du plan de la ville de Toulouse.

57 Art. « géomètre », dans Dictionnaire de l’Académie Françoise, 1762.

58 Mireille Touzery, Atlas de la généralité de Paris au XVIIIe siècle. Un paysage retrouvé, Paris, 1995, p. 35-40.

59 Le mémoire en question rapporte ainsi : « Quelque diligence que nous ayons faite, nous n’avons rien négligé pour donner à nos opérations toute l’exactitude possible, nous avons employé les méthodes les plus sûres quoique plus pénibles, nous sommes entrés dans le moindre détail et nous avons employé diverses sortes de vérifications pour corriger les erreurs qui auroint pu se glicer dans un ouvrage d’une aussi longue halaine ; en sorte que nous pouvons assurer lui avoir donné tout le degré de précision dont le plan d’une grande ville est susceptible ».

60 Arch. dép. de Haute-Garonne, 1 C 331, 1750, Mémoire de Messieurs Saget et Dufourc au sujet du plan de la ville de Toulouse.

61 Le géomètre Jean-Louis Écheau a pu faire partie de l’équipe. Lors du mariage de Jean-Antoine Dufourc, en 1750, Écheau, qui a été identifié plus tard comme un collaborateur de Garipuy, figure parmi les témoins, au même titre que Saget (Arch. mun. de Toulouse, GG 327, 1750, 15 septembre, mariage de Jean-Antoine Dufourc et Gabrielle Jaquette Marie Jeanne Duzières, témoins Étienne-Paul Dufourc, frère de l’époux, Maître Joseph Marie de Saget, Messire Jean-François Muquet, notaire royal, et Jean-Louis Écheau, géomètre) ; Pierre Marty, op.cit., vol. 3, p. 281-282.

62 Pierre Marty, op.cit, vol. 1, p. 310-311.

63 Paul Mesplé, op.cit., p. 10.

64 Sur ce manuel, nous renvoyons aux travaux de Marie-Luce Pujalte : L’architecture civile privée à Toulouse au XVIIIe siècle, op .cit., p. 20 et suivantes.

65 Gaston Bardet, Naissance et méconnaissance de l’urbanisme, Paris, 1952, p. 201-202.

66 Comme le rapporte Mesplé (Joseph-Marie de Saget…, p. 7-9), malgré l’intervention du Commandant du Languedoc, le maréchal de Richelieu, le plan fut refusé par le Conseil de bourgeoisie.

67 L’organe décisionnel majeur de l’Hôtel de Ville était le Conseil de Bourgeoisie. Parmi ses membres figuraient des commissaires du Parlement dont les prises de positions furent, durant le règne de Louis XV le symbole des querelles, et des ingérences du Parlement au sein de l’administration capitulaire (Isabelle Arnal-Corthier, « Parlementaires et capitouls : deux corps “acteurs de la vie locale” en concurrence à Toulouse sous le règne de Louis XV », Les parlementaires, acteurs de la vie provinciale. XVIIe-XVIIIe siècles, sous la dir. de Hervé Leuwers, Serge Dauchy, Sabrina Michel et Véronique Demars-Sion, Rennes, 2011, p. 83-96, ref. p. 84.

68 Un exemplaire est conservé aux Archives municipales de Toulouse, II 686 (voir illustration n° 3), Pierre-Gabriel Berthault, Plan de la ville de Toulouse dédié et présenté à Monsieur le frère du Roi […], gravure à l’eau forte et au burin, 0, 670 x 0, 920 m, v. 1779 (voir. Fig. 3). Un dessin très proche de ce plan est présent dans le Recueil des quais et fassades de la ville de Toulouse, (Bibl. mun. de Toulouse, Ms 1169) mais il ne s’agit pas d’un dessin préparatoire à la gravure. Ajoutons que la gravure des Archives municipales a été colorée.

69 Arch. mun. de Toulouse, II 737 (ce plan est un dépôt de la Bibliothèque municipale de Toulouse). Les dimensions du plan ne nous ont permis que d’en photographier des détails (voir Figs. 1 et 2).

70 Ces dimensions ne correspondent pas à celles indiquées par Saget et Dufourc dans leur mémoire qui indiquent, eux « douze pieds de haut sur seize pieds de large », soit, si l’on convertit suivant les mesures du pied de Roi (34, 48 cm), donnerait environ 3, 90 x 5, 20 m. Or, le plan est daté de 1750 (il porte la mention « levé en l’an MDCCL »), ce qui correspond à la date d’exécution, et du reste, la documentation archivistique, en l’occurrence le mémoire de Saget et Dufourc, si elle fait état d’un autre projet de plan à cette période, n’atteste pas qu’une autre réalisation que celle menée sous la direction de Garipuy ait abouti. Les délibérations capitulaires indiquent quant à elles que l’ingénieur de la ville, Jean-Anneton Lebrun avait en effet préparé un plan du gardiage de la ville -la ville intra-muros n’est pas mentionnée dès 1741, plan qui n’a peut-être jamais vu le jour. Les consignes des capitouls étaient les suivantes : Lebrun devait distinguer « par couleurs différentes les terres complantées en vignes, en bois, en jardins, en terres labourables avec le nom des particuliers qui les jouissent ». (Arch. mun. de Toulouse, BB 51, f° 53, 1743, 15 janvier), ce qui n’est pas le cas sur le plan que nous étudions.

71 Le plan a été renforcé et contrecollé, ce qui interdit l’examen du verso.

72 Sur la hauteur, en haut et en bas ont été ajoutées des bandes d’environ 12 cm ; sur la longueur, des bandes d’environ 5 à 6 cm.

73 Plusieurs articles s’intéressant aux édifices religieux toulousains font référence à ce plan. Par exemple : Denis Milhau, « Découvertes archéologiques au Monastère des Ermites de Saint Augustin à Toulouse et données nouvelles sur l’histoire de ce couvent », Mémoires de la Société archéologique du midi de la France, t. 41, 1977, p. 39-88, ref. p. 71 ; Quitterie Cazes, « L’architecture de l’église médiévale Sainte-Marie de La Daurade », Mémoires de la Société archéologique du midi de la France, 2003, p. 59-74. Quitterie Cazes indique notamment que « si seuls les contours des moulons sont donnés, les plans des édifices religieux sont assez précisément tracés » (p. 61).

74 François de Dainville, « De la profondeur à l’altitude. Des origines marines de l’expression cartographique du relief terrestre par cote et courbes de niveau », Le navire et l’économie maritime du Moyen-Age au XVIIIe siècle, principalement en Méditerranée, actes du 2e colloque international d’histoire maritime [Paris, Académie de Marine, 1957, 17 et 18 mai] sous la dir. de Michel Mollat, Paris, 1958, p. 195-213 ; Georges Pichard, « Représentation et compréhension du terrain chez les ingénieurs du Génieu au XVIIIe siècle », Travaux du comité français d’histoire de la géologie, 3e série, 1998, p. 1-16 ; Frédéric Graber, « Le nivellement, une mesure pour l’action autour de 1800 », Histoire et mesure, XXI-2, 2006, p. 29-54 ; Nicolas Verdier, La carte avant les cartographes . L’avènement du régime cartographique en France au XVIIIe siècle, Paris, 2015, p. 284-288. Garipuy demandait l’installation de fontaines depuis 1748. déterminer les hauteurs des principales places de la ville avait pu être fait afin d’envisager la mise en place de ce type d’équipement.

75 Arch. dép. de Haute-Garonne, 1 C 331, Mémoire de Messieurs Dufourc et Saget.

76 Notons que seules deux fleurs de lys sont figurées.

77 Ce peintre pourrait être Guillaume Cammas, Jean-Baptiste Despax ou Gilles Pin.

78 Garipuy, en 1743, avait épousé la belle-sœur de Mondran, Thérèse Boé (Arch. mun. de Toulouse, GG 320, f° 120, 1743, 15 octobre).

79 Pierre Marty, op. cit., vol. 1, 3e partie, chapitre 5.

80 Sylvie Assassin, « L’Académie royale de peinture, sculpture et architecture et le projet du grand rond, Toulouse, les délices de l’imitation, sous la dir. de Maurice Culot, Bruxelles, 1986, p. 61-78 ; Pierre Marty, op. cit., 3e partie, chap. 4.

81 Du reste, dès 1750, Dufourc avait intégré l’Académie où il opérait comme professeur de géométrie et perspective. Louis de Mondran, Mémoire pour servir à l’histoire de l’Académie royale de peinture, sculpture et architecture, 2e cahier, p. 6, dans Pierre Marty, op.cit. 3e vol., p. 345.

82 Mondran indique que « pour lui faciliter les moyens de tracer ce plan, il avoit obtenu de Messieurs Dufourc et Saget le plan géométral du terrein sur lequel il avoit projetté cette promenade […] ». Louis de Mondran, Mémoire pour servir à l’histoire de l’Académie royale de peinture, sculpture et architecture, 2e cahier, p. 18. Pierre Marty, op. cit., 3e vol., p. 355.

83 Fils d’un aristocrate bordelais, Labat de Savignac était architecte mais s’adonnait également à la peinture (Robert Mesuret, Les expositions de l’Académie royale de Toulouse de 1751 à 1791, Toulouse, 1972, p. 91, 112, 161). Pierre Rivalz était peintre de formation mais s’adonnait également à l’architecture.

84 Louis de Mondran, Mémoire pour servir à l’histoire de l’Académie royale de peinture, sculpture et architecture, 2e cahier, p. 22. Pierre Marty, op. cit., 3e vol., p. 357.

85 Paul Mesplé, op. cit., p. 10.

86 Sur Carney, nous renvoyons aux travaux de Catherine Isaac, op. cit., Annexe 1.

87 Arch. dép. de l’Hérault, C 5708, 1752, 9 février, mémoire de l’ingénieur Jean Bourroul à l’intendant du Languedoc Guignard de Saint-Priest. Bourroul place ces mots dans la bouche de Trudaine.

88 Ibidem. Jean Bourroul est un personnage encore mystérieux. Ingénieur-géographe, certainement originaire du Roussillon, il dit avoir été formé à l’école militaire de théorie et de pratique de Perpignan, et bénéficier de la protection de Madame de Pompadour et du comte de Maillebois, à qui il avait dédié une carte du cours du Tarn, gravée par Lerouge à Paris en 1751, et insérée dans son Projet de navigation des rivières de la Vère et du Tarn (Paris, Boudet, 1752) il aurait circulé entre Paris et le sud de la France (en 1753, une certaine Marguerite Ricard lui donne procuration à Toulouse pour régler des affaires à Marseille. Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 1977, f° 51v-52v, 1753, 3 mars). Versé dans l’hydraulique (il revendique la mise au point de fontaines à Carcassonne, et proposa un Projet pour fournir de l’eau à Toulouse, en concurrence avec un moine du nom de Lefebvre et le peintre et ingénieur Guillaume Cammas (Arch. dép. de Haute-Garonne, 1 C 346), mais dit aussi avoir assisté Philippe Mareschal dans la mise au point de devis pour « les redoutes de la côte » (Arch. dép. de l’Hérault, C 5708, 1752, 9 février). Il testa à Toulouse en 1768 (document sans ouverture ni souscription, signifiant qu’il ne fut certainement pas exécuté), et mentionnait pour seule famille son frère et héritier universel Bertrand Bourroul, officier d’artillerie à Collioure, et les enfants de ce dernier, particulièrement Bruno à qui il léguait sa bibliothèque (Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 21597, f° 189-191, 1768, 21 août).

89 Arch. dép. de l’Hérault, C 7488, f° 52v, 1752, 22 novembre. Délibération des Etats du Languedoc portant nomination de François-Philippe Garipuy au poste de directeur des travaux publics de la province du Languedoc pour la sénéchaussée de Carcassonne, et celle de Joseph-Marie de Saget pour celle de Toulouse (document mis en ligne par l’équipe CRISES de l’université Paul-Valéry de Montpellier, http://etats-du-languedoc.univ-montp3.fr). Ce poste, plus rémunérateur, amenait cependant Garipuy à faire des tournées d’inspection éloignées de son domicile toulousain et à renoncer tout ou partie à ses observations astronomiques. Cependant, le poste lui permettait aussi de travailler à un secteur qui l’intéressait, l’hydraulique, étant donné qu’il se devait d’inspecter le canal du Midi dont il dressa une carte en 1771 (Sur la diversité des compétences de Garipuy, voir Jérôme Lamy, op.cit., p. 35-71).

90 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 5872, f° 443v-446, 1755, 11 août, constitution de rente pour 2 000 livres entre Joseph-Marie de Saget et le conseiller de grande Chambre du parlement de Toulouse, François-Étienne René d’Arbou.

91 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 5872, f° 167-174, 1755, 5 mai, Offre de rachat de la propriété de Rouffiac par Joseph-Marie de Saget à Pierre Cardonac de Laprune ; accord, quittance et prise de possession du domaine le 18 août suivant (Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 5872, f° 456v-461).

92 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 5876, f° 74v-77v, 1757, 12 février.

93 Une main-levée est « un acte qui lève l’empêchement résultant d’une saisie ou d’une opposition. On l’appelle main-levée parce que l’effet de cet acte est communément d’ôter la main de la justice de l’autorité de laquelle avoit été formé l’empêchement […]. Main-levée pure et simple, c’est-à-dire celle qui est ordonnée ou consentie sans aucune restriction ni condition (Antoine-Gaspard Boucher d’Argis, « Main-levée (jurisprudence) », dans Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences…, Neuchâtel, 1765, vol. IX, p. 877a).

94 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 2104, 2e reg., f° 323v-327v°, 1775, 21 juillet. Si l’on ne peut juger des tenants et aboutissants qui menèrent à cette union, sa date tardive est peut-être due à l’évolution de la situation financière de Saget. Les archives notariales n’ont pas permis de mieux cerner le redressement important des finances de l’ingénieur. Notons que le domaine familial de Rouffiac, récupéré en 1755, n’était plus en sa possession au moment de son décès. Saget possédait alors le « domaine » de Beaumont, terre dotée d’une métairie, mais dépourvue de logis pour le maître.

95 La dot de Marie-Antoinette Marquier de Fajac est équivalente à celle de la sœur de Saget, Marie-Françoise, lors de son mariage avec André Bernard de Miramont, passé en 1737.

96 Ainsi, en 1757, dans le contrat de mariage de Claude Thibou-Mery et Jeanne Lagrange, la dot est de 6 000 livres (3 E 5876, 1757, 3 novembre), en 1775, le mariage de de l’ingénieur Philippe Gleizes avec Marie Campa, auquel assistaient François Garipuy et Philippe Hardy (3 E 10901, f° 95-99, 1775, 19 avril), voyait un échange de 8 000 livres de dot et 4 000 de douaire ; en 1778, Suzanne Lamarque épousait François Benazet. La dot était de 15 000 livres, essentiellement en biens mobiliers. Le couple était assisté d’Henry-Joseph de Lafage, syndic de la province, François Garipuy, Louis de Mondran et Philippe Hardy, Guillaume Cammas, Philippe Gleizes et Jacques-Pascal Virebent (3 E 2109, 1778, f° 110-115v). En 1791, le mariage de l’architecte Jean-François Champagne avec Margueritte Projet, la fille de l’architecte Alexandre Projet (Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 21583, f° 114-118, 1791, 5 mai) voyait l’épouse réunir 2000 livres de dot. Pour comparaison, les sommes engagées lors de contrats de mariage de peintres toulousains du XVIIIe siècle ne dépassent 5 000 livres que dans trois cas. Aucun ne dépasse 10 000 livres.

97 On retrouve parmi les témoins André-Bernard de Miramont, un conseiller honoraire au parlement, Louis-Antoine de Vic, seigneur de Clermont, la tante de Saget, Antoinette Cambolas de Darbou, Jean-Pierre Arexy, avocat au parlement, capitoul en 1781, ami et conseil de longue date de Saget, et du côté de l’épouse François-Joseph Marquier de Fajac, président aux enquêtes du Parlement. Voir pièce justificative n° 2.

98 Sur Gaston de Lévis et son passage à Toulouse dans la suite du comte de Provence, voir Archives du château de Léran. Inventaire historique et généalogique des documents des branches latérales de la maison de Lévis, Toulouse, 1912, t. 4, p. 638-640. Les sources toulousaines mentionnent l’aristocrate parmi les membres de la suite du frère du Roi, notamment les délibérations municipales, mais aussi les Mémoires pour servir à l’histoire de l’Académie de peinture, sculpture et architecture de Toulouse de Louis de Mondran (Pierre Marty, Louis de Mondran (1699-1792)…, vol. 2, p. 543)

99 Le plan porte dans un cartouche « Plan de la ville de Toulouse dédié et présenté à Monsieur frère du Roi, le 21 juin 1777, par son très humble et obéissant serviteur, Saget, de l’Académie royale des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, ingénieur en chef et directeur des travaux publics du Languedoc ».

100 Arch. dép. de l’Hérault, C 12500, Toulouse, 1779, 17 mars, lettre de Joseph-Marie de Saget très certainement envoyée à Henry-Joseph de Lafage, syndic de la province du Languedoc alors à Paris.

101 On sait que Berthault travaillait d’après un plan dessiné de Saget. La correspondance administrative conservée (Arch. dép. de l’Hérault, C 12500) indique que Lafage faisait office de relais entre les deux hommes, et eut l’occasion de transmettre au graveur des modifications, notamment pour mettre à jour les aménagements de la porte Saint-Cyprien. Berthault, en 1783, travailla à nouveau sur un sujet Toulousain, puisqu’il grava le Pont-Neuf d’après un dessinateur qu’il reste à identifier (Inventaire du Fond français, graveurs du XVIIIe siècle, t. 2, p. 386. Le plan de Saget n’est pas mentionné parmi les œuvres de Berthault).

102 Paul Mesplé, op.cit., p. 8 et suivantes.

103 Arch. mun. de Toulouse, BB 56, Délibération du Conseil de Bourgeoisie, 1780, 21 novembre. Mesplé cite le passage, nous nous fondons toutefois sur le texte original.

104 Arch. mun. de Toulouse, BB 56, délibération du conseil de bourgeoisie, 1775, 18 février : « il a été délibéré de se procurer un plan général de la ville pour fixer les alignements ». Parmi les commissaires départis pour considérer cette question, en qualité d’ancien capitoul (il avait été élu en 1765), François-Philippe Garipuy.

105 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 6498, pièce n° 78, 1782, 6 juin - 20 août.

106 Paul Mesplé, op.cit., p. 9.

107 En outre donner un plan vieux de 30 ans partiellement obsolète aurait été d’une utilité limitée pour les édiles, au contraire de celui qui leur avait été remis.

108 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 6498, pièce n° 78, 1782, 6 juin - 20 août.

109 Outre la présence des armes de Saget et de la Ville, montrant la reconnaissance acquise, le port de l’épée était réservé aux nobles.

110 Ce qui est d’autant plus remarquable que les appartements ne contenaient que peu de décorations et par exemple, un nombre très restreint d’œuvres d’art (seuls « quatre tableaux de famille, sans cadre, anciens et fumés », quelques estampes parmi lesquelles « une quantité de cartes de géographie, de plans gravés, d’estampes de très peu de valeur ». Notons, cependant, à proximité une « petite caisse contenant une chambre obscure et ses verres ».

111 Nous suivons l’analyse de Robert Descimon qui indique qu’il était « dans la logique de l’Ancien Régime que l’on se réclamât en public, sauf circonstances spéciales, du corps le plus prestigieux auquel on appartenait, mais il est conforme à une saine appréciation sociologique que l’historien prenne prioritairement en compte la dernière des qualités énoncées, comme l’occupation la plus réelle (Robert Descimon, « Un langage de la dignité. La qualification des personnes dans la société parisienne de l’époque moderne », Fanny Cosandey (dir.), Dire et vivre l’ordre social sous l’Ancien Régime, p. 69-127, ref. p. 87).

112 Arch. mun. de Toulouse, GG 327, 1750, 15 septembre.

113 Voir supra note 61. Nous n’avons bien sûr pas prétention à l’exhaustivité.

114 Il n’apparaît ainsi jamais lors de mariages qui réunissent pourtant de nombreuses personnalités de ces milieux.

115 Charles-François joua un rôle important à l’Académie, ou il fut modérateur. Il semble aussi avoir été en affaire avec Hardy, sur une opération immobilière. C’est ce qu’indiquent plusieurs documents, parmi lesquels une élection d’ami (Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 2109, 1778, 31 mars) ; Pierre Marty, op. cit., vol. 1, 3e partie, chap. 7.

116 Notons toutefois que nous n’avons pas retrouvé de procuration, acte essentiel pour laisser agir un tiers en son nom à un quelconque propos. Un séjour, s’il était intervenu dans la période incertaine pour la famille Saget que furent les années 1740-1750 aurait amené à la rédaction d’une procuration à Toulouse ou à Paris, comme on en a trouvé trace pour le cadet.

117 Arch. dép. de Haute-Garonne, 3 E 6498, On trouve également dans l’inventaire des papiers de Joseph-Marie de Saget diverses mentions intéressantes comme la suivante évoquant « des mémoires et des notes sur les places des amphithéâtres de Nîmes, Vérone » qui pourraient suggérer la possibilité d’un voyage, ou celles de réseaux de correspondances.

118 Aujourd’hui Mazères, dép. Ariège, arr. Pamiers.

Pour citer ce document

Par Pierre Marty, «La trajectoire de Joseph-Marie de Saget (1725-1782) : « avocat au parlement et ingénieur de la province », d’après les actes notariés», Tierce : Carnets de recherches interdisciplinaires en Histoire, Histoire de l'Art et Musicologie [En ligne], Numéros parus, 2021-1, Dossier, mis à jour le : 08/02/2022, URL : https://tierce.edel.univ-poitiers.fr:443/tierce/index.php?id=514.

Quelques mots à propos de :  Pierre Marty

Docteur en histoire moderne (EPHE).

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