Introduction : Obsidionalités

Par Gilles Malandain
Publication en ligne le 13 novembre 2020

Texte intégral

« Quand on parlait du dernier siège de Dresde, Anselme devenait encore plus pâle que d’ordinaire. »

(E.T.A. Hoffmann, « Les Visions », 1821, incipit)

1Depuis quelques années, l’histoire culturelle des guerres et de leur mémoire, à diverses échelles et sous divers angles, s’inscrit régulièrement à l’agenda du Criham, réunissant modernistes et contemporanéistes des trois disciplines1. Un cycle de colloques sur les formes religieuses du politique (pèlerinage, culte des reliques), et en particulier son troisième volet, consacré aux « ruines politiques » (Rome, 25-26 février 2016)2, a notamment contribué à lancer cette dynamique, qui s’est ensuite poursuivie dans le cadre de séminaires et de journées d’études, puis surtout à travers l’engagement d’une équipe du Criham dans le projet de recherche « Ruines de guerre », qui réunit pour quatre ans (2020-2024) des chercheuses et chercheurs de plusieurs universités et institutions patrimoniales françaises3. Le dossier ici présenté s’inscrit dans cette logique – et notamment dans l’attention spécifique portée aux formes matérielles de la « mémoire » – et rend compte du travail effectué depuis 2016, tout en associant des chercheuses et chercheurs extérieurs au laboratoire à des membres de celui-ci. Il a mûri au fil de deux rencontres préparatoires organisées à Poitiers, les 13 avril 2017 (« Batailles et sièges dans le monde méditerranéen du XVIe siècle à nos jours : de la médiatisation à la mémoire »4) et 22 mai 2019 (« Mémoire et représentations des sièges militaires, du XVIe siècle à nos jours »), qui ont permis de soumettre les textes présentés à la discussion et de croiser les problématiques.

2L’objet qui nous a plus précisément réuni dans ce dossier est le siège militaire, pris comme objet de représentation (voire de création artistique) et d’une mémoire spécifique, en particulier dans l’espace et dans la communauté qui l’ont subi – la « mémoire obsidionale » des assiégés, vaincus ou vainqueurs. Les cas d’étude et les contextes varient bien sûr : des villes, françaises (Poitiers, La Rochelle, Lille et Verdun), italiennes (Turin, Rome), ou espagnoles (Saragosse et d’autres), mais aussi une forteresse du Canada français (Louisbourg) et une oasis du sud algérien (Zaatcha), ainsi que les cités du Proche-Orient médiéval telles que les imagine Gustave Doré dans les années 1870. Les sièges et les représentations dont il est question se situent essentiellement entre les guerres de religion et le second XIXe siècle, avant les grandes ruptures du XXe siècle, même si des résurgences mémorielles plus contemporaines – et plus ou moins « vives » (le cas limite étant ici celui de Zaatcha) – sont prises en compte. En dépit de l’indéniable rupture révolutionnaire, il y a là une vraie cohérence chronologique, aussi bien dans l’histoire de la guerre que dans celle des cultures mémorielles.

3En effet, le siège d’une place forte est bien évidemment une modalité fort ancienne de la guerre, et une modalité prépondérante, sur le temps long, par rapport à la bataille « rangée ». L’Antiquité comme le Moyen Âge en fournissent d’abondants exemples, et même des archétypes fondamentaux, depuis la « guerre de Troie » – où guerre et (long) siège se confondent – jusqu’aux assauts des croisés sur Jérusalem ou sur Constantinople. Syracuse, Carthage, Numance, Alésia, Massada ou Rome elle-même, « cité la plus assiégée de l’histoire européenne »5, autant de hauts lieux dont la « prise » ou (plus encore) la « chute » ne cessent de résonner dans la culture occidentale moderne6. Mais entre le XVe et le XVIIIe siècle, la guerre de siège connut à la fois un tournant et une sorte d’apogée, du fait de l’essor urbain, des enjeux stratégiques liés à la formation de grands Etats territoriaux, et de la modernisation rapide de l’artillerie offensive, à laquelle répondit le perfectionnement de la fortification « bastionnée »7. Sensible dès le dernier siècle du Moyen Âge8, la « révolution militaire » européenne se traduit notamment par la multiplication des sièges de ville, la plupart des batailles de plaine se déclenchant en marge et à l’occasion de ces sièges, comme c’est le cas à Turin en 17069. La poliorcétique – antique science du siège militaire10 – domine alors l’art militaire, comme l’illustre notamment la carrière et la gloire de Vauban dans le second XVIIe siècle.

4Les historiens observent aussi une intensification, en termes de violence, de ces épisodes guerriers parfois fort longs – la durée moyenne d’un siège au début de l’époque moderne pouvant être estimée à deux mois. D’une part s’invente et se généralise, là encore à partir du XVe siècle, la pratique du « bombardement stratégique », permis par les innovations balistiques, qui vise non seulement l’appareil de défense qui ceint la ville mais aussi sa population civile, dont il s’agit de saper le moral autant que les remparts. D’autre part, la victoire des assiégeants – loin d’être la règle générale, d’ailleurs – est souvent suivie d’un « sac » impitoyable de la ville vaincue, à l’image de ceux que subissent Rome en juin 1527 ou Magdebourg en mai 1631 – cette banalisation étant d’ailleurs contre-productive en termes militaires car elle incite les citadins à résister coûte que coûte au siège11. Bien sûr, cette violence consécutive au siège, souvent résolument punitive, n’a rien d’une nouveauté, l’immémoriale litanie des villes pillées voire rasées l’atteste amplement, mais elle restait relativement exceptionnelle. En regard, les sources des XVe-XVIe siècles (plus nombreuses et plus diversifiées qu’auparavant) suggèrent que la ritualisation ancienne du siège et de la capitulation – aussi fragile qu’elle ait pu être – est alors mise à mal, avant qu’un droit de la guerre se formalise peu à peu, permettant des « redditions honorables » et négociées dans la plupart des cas (mais pas tous)12.

5La guerre de siège joue aussi un rôle primordial dans la guerre navale, en particulier dans la longue lutte que se livrent Européens et Ottomans en Méditerranée orientale, de la prise de Constantinople en 1453 jusqu’à l’interminable siège de Candie – actuelle Héraklion, ville principale de la Crète – entre 1648 et 1669, le plus long de l’histoire moderne. Les sièges de Rhodes (1480 puis 1522)13, d’Otrante (1480-1481), de Malte (1565) – le « grand siège » par excellence du XVIe siècle14 – ou de Famagouste (Chypre, 1570-1571), prélude à la bataille décisive de Lépante, sont restés fameux, pour l’acharnement des défenseurs ou pour la violence des assaillants. Comme les zones frontalières continentales, les îles et les côtes sont évidemment des enjeux stratégiques essentiels, et donc particulièrement « belligènes ». C’est bien sûr également vrai des littoraux atlantiques, comme nous le rappellent les exemples de La Rochelle (longuement assiégée, comme bastion protestant, en 1573 et en 1627-1628) ou de Louisbourg, en Nouvelle-France, assiégée en 1745 et en 1758, étudiés dans le dossier.

6La seconde moitié du XVIIIe siècle voit en revanche la prépondérance du siège reculer au bénéfice (si l’on peut dire) de la bataille, ce « choc » bref et intense qui cherche à forcer la décision, y compris en position de relative faiblesse stratégique. Frédéric II de Prusse puis surtout Napoléon sont les grands opérateurs de cette évolution et les modèles longtemps fascinants de la stratégie offensive, fondée sur le primat du mouvement. Pour autant, si leur importance militaire tend à diminuer, les sièges ne disparaissent pas et continuent à marquer les conflits, de la fin du XVIIIe à la fin du XIXe siècle, en particulier au début des guerres de la Révolution française, dans la guerre d’indépendance espagnole (1808-1814), et dans les diverses guerres du XIXe siècle – pensons par exemple au siège de Sébastopol en 1854-1855, ou à celui de Port-Arthur, en Chine, en 1904-190515. C’est bien sûr également vrai des conquêtes coloniales, émaillées de sièges retentissants, comme ceux d’Alger et de Constantine, ou, côté anglais, de Seringapatam (1799) et de Khartoum (1885) – ce dernier faisant du général Gordon, tué par les mahdistes, l’une des figures emblématiques de l’impérialisme britannique16. De surcroît, les techniques propres à la guerre de siège, l’artillerie d’une part (le bombardement plus largement), mais aussi la guerre de tranchées – car un siège est de longue date une guerre en partie souterraine, où la sape et la mine jouent un rôle déterminant – et plus largement la guerre de position et d’usure, tendent à se généraliser, notamment au cours de la Première guerre mondiale.

7Les villes, par leur rôle politique, économique ou logistique, demeurent bien entendu des objectifs stratégiques essentiels dans le cadre d’une guerre de plus en plus « totale », et leur défense, quand elle est encore possible, est souvent un enjeu décisif17. Celle de Paris entre septembre 1870 et janvier 1871, comme d’ailleurs celles concomitantes de Strasbourg ou de Belfort, en sont un exemple marquant : si elles ne peuvent évidemment suffire à renverser le rapport de forces militaire, elles cristallisent l’esprit de résistance et, en fixant une partie des troupes d’invasion, et entretiennent un certain temps l’espoir d’une contre-offensive18. Le déroulement et l’issue du siège revêtent alors une forte valeur politique et symbolique : c’est bien la reddition de Paris (et non son invasion) qui signe la défaite française, et aux yeux de nombreux Parisiens, l’inacceptable défaitisme des élites conservatrices, que traduit l’abandon de l’Alsace (sauf Belfort) et dont découle le second siège de la capitale, contre la Commune.

8Si la plupart des grandes batailles acquièrent cette dimension symbolique et politique, en particulier à l’âge des guerres nationales – qui fait aussi relire les batailles d’un passé parfois lointain –, c’est encore plus vrai des sièges dans la mesure où ils mettent en jeu, d’une part des populations civiles et non uniquement des militaires, et d’autre part des lieux « identitaires », pour la communauté qui y vit et souvent bien au-delà. Les protagonistes du combat sont plus nombreux, et surtout plus divers (comme le montre le rôle récurrent de figures féminines), et leur sort implique une communauté encore plus large, dont ils sont un « rempart », parfois le seul ou le principal, ou bien le « cœur » fonctionnel, dans le cas des capitales. La chute d’un verrou stratégique comme Louisbourg condamne pratiquement le Canada français (Québec tombe un an plus tard), celle de Turin aurait sans doute été fatale à la maison de Savoie comme celle de La Rochelle avait signé la défaite du parti protestant. En conséquence, une puissante métonymie est à l’œuvre dans tous ces sièges, que la mémoire maintient et magnifie encore : Malte, c’est la chrétienté ; Saragosse, nouvelle Numance, c’est l’Espagne19 ; Zaatcha (oasis isolée sans véritable valeur stratégique), c’est l’Algérie résistante, etc. La participation de civils au combat, et parfois leur rôle décisif, soutient évidemment cette amplification : les « réécritures » successives des évènements les mettent généralement de plus en plus en valeur, voire les font surgir, comme dans le cas à cet égard exemplaire du héros turinois (puis italien) Pietro Micca.

9La mémoire est-elle toujours du côté des assiégés ? si le rapport des forces militaires est généralement favorable à l’assaillant (qui sinon n’assaillirait pas), l’implication de civils démultiplie le retentissement du siège du côté des défenseurs, qu’ils soient in fine vainqueurs – comme dans les cas de Poitiers ou de Turin – ou qu’ils soient défaits. Certes, dans un premier temps, la défaite peut entrainer l’anéantissement, comme à Louisbourg ou à Zaatcha, ou bien une forme de mémorialisation punitive à l’image du sort de La Rochelle après 1628. Pourtant, dans tous ces cas, comme encore dans celui de la République romaine de 184920, la mémoire longue est celle des vaincus et tend à exalter l’héroïsme de la résistance et à stigmatiser la violence du vainqueur, que la mauvaise conscience peut envahir. Les traces ressurgissent – comme les ruines de la bourgade de Canudos assiégée et détruite par l’armée brésilienne en 1897, que la sécheresse, fréquente dans cette région du Sertão, fait réémerger du lac de retenue qui les recouvre depuis 196921 –, des forteresses sont reconstruites (Louisbourg)22, des comptes sont demandés, par exemple à la France post-coloniale en Algérie. Peut-être cette prégnance du point de vue « obsidional » (celui des assiégés) doit-elle être rapprochée d’un paradigme « victimaire » que la modernité impose progressivement depuis le XVIIIe ou le XIXe siècle23 ? Si la raison d’Etat justifie les traitements implacables, la morale publique est du côté de ceux qui se défendent, résistent à l’assaut, à l’invasion, à la profanation de « leur » cité, et elle prime de plus en plus, à mesure qu’une expression libre s’impose, sur la loi du plus fort. Lyon, à cet égard, qui a résisté à la Révolution en 1793 (et en a été durement punie), n’est pas moins héroïsable par la suite que Lille, qui a résisté aux Autrichiens un an plus tôt24.

10Les traces matérielles de la violence assiégeante sont difficiles à faire disparaitre et se muent aisément en stigmates accusateurs : alors que le XIXe siècle voit monter une nouvelle conscience « humanitaire » face aux guerres25, la notion de village ou de ville « martyr(e) » émerge progressivement pour se diffuser surtout à partir de 1914-1915. Dans les années 1990, la violence des sièges qui ont marqué la guerre en ex-Yougoslavie, surtout en Bosnie, a suscité une réflexion sur l’« urbicide » qu’on pourrait étendre rétrospectivement26. En lançant ce dossier, nous avions à l’esprit le sort d’Alep, assiégée et traversée de combats pendant plus de quatre ans, réduite en ruines désolantes, avec plus de 21000 morts civils, tués en grande majorité par les bombardements de l’armée syrienne27. En écho à cette actualité tragique, Munir Al-Ahmad, chercheur syrien28, était revenu avec nous sur la riche mémoire du mandat français en Syrie et notamment du bombardement de Damas par l’armée française en octobre 1925, durant la « grande révolte » partie du pays druze. De ce siège, court mais violent, il ne reste à peu près rien sinon le nom d’un quartier de la vieille ville, presque entièrement détruit, aujourd’hui dénommé « l’incendie » (al-Hariqa), vestige aussi durable qu’immatériel.

11L’onomastique, comme les traces parfois fièrement conservées – tels ces impacts de boulets dans les façades des édifices – entretiennent la mémoire des sièges autant que l’art ou la littérature, qui décrivent et réécrivent. Une mémoire longue, à la mesure de l’« obsession », intense quoique temporaire, qu’est toujours le siège, pour reprendre le rapprochement étymologique que suggère Jean-Yves Jouannais en ouverture de sa singulière galerie de « portraits obsidionaux » traversant cinq millénaires d’histoire29. Dans ce type d’épreuve, des communautés se divisent mortellement ou se ressoudent pour longtemps, des identités individuelles ou surtout collectives se (re)définissent dans la résistance (Poitiers) et-ou dans la résilience (La Rochelle). En sens inverse, on trouverait peu d’« identité » collective qui ne soit au moins en partie obsidionale : ce qui est vrai des groupes minoritaires (protestants, Canadiens francophones…) l’est aussi des cités et des nations dont le « nous » n’existe que face à « eux », la liberté que par la libération. Soulignons à cet égard l’intérêt et l’originalité de la démarche d’Hervé Siou, conjuguant les échelles régionales et « nationale » dans sa thèse récemment soutenue30.

12Les études historiques sérielles ou transpériodiques de l’obsidionalité comme phénomène social, politique ou culturel, sont pourtant rares, en dehors de celles qui privilégient la dimension militaire ou la défense des villes31. Les monographies ne manquent pas, ni les documents et témoignages – comme les « journaux de siège » qu’on voit apparaitre au XVe siècle – de plus en plus souvent publiés, par exemple sur les sièges de 1870-187132. Mais les tentatives de synthèse sur la « vie obsidionale », envisagée en termes de sociologie des crises ou de psychologie sociale, se présentent encore comme pionnières33. On évoquera enfin les contributions originales d’historiens de l’art qui, partant des représentations in vivo du siège, en interrogent les effets spécifiques et la mémoire34. Là encore, il pourrait être intéressant de démultiplier le questionnaire à travers des expériences diverses, surtout si l’on suit de nouveau Jean-Yves Jouannais, pour qui « l’art ne peut être qu’obsidional », c’est-à-dire né d’une obsession dont il cherche à (se) libérer. Gustave Doré en offre un bel exemple, puisque, avant d’illustrer l’Histoire des croisades – une histoire traversée d’obsidionalité – il avait été un défenseur engagé de Paris à l’automne 1870 et un grand peintre de l’« année terrible », que résume son fameux tableau L’Énigme, confrontant la France, le Sphinx et les morts, militaires et civils, sur fond de ville en flammes35. Représentations et mémoire(s) des sièges ne mettent donc pas seulement en jeu l’art ou l’histoire militaire : elles résonnent dans les cultures politiques et soutiennent la perpétuation des consciences collectives.

Notes

1 Du côté de l’histoire de l’art et de la musicologie, signalons le colloque « Les champs musicaux et sonores de la barbarie moderne », organisé à Poitiers par Cécile Auzolle et Nathan Réra, du 11 au 13 mars 2020.

2 Jérôme Grévy, Paul D’Hollander et Luc Chantre (dir.), Politiques du pèlerinage, du XVIIe siècle à nos jours, Rennes, PUR, 2014 ; Jérôme Grévy et Albrecht Burkardt (dir.), Reliques politiques, à paraitre ; Jérôme Grévy et Albrecht Burkardt (dir.), Ruines politiques, à paraitre. 

3 Ce projet est dirigé par Stéphane Michonneau et associe notamment des chercheurs de Lille, Caen, Grenoble et Poitiers-Limoges.

4 Je tiens à remercier Johann Petitjean, Grégory Rabaud, Munir Al-Ahmad et Jérôme Grévy pour leur contribution à cette journée.

5 Andrea Frediani, Gli assedi di Roma : razzie, violenze e saccheggi ai danni della città più assediata nella storia d'Europa, dall'invasione etrusca all'occupazione nazista, Roma : Newton & Compton, 1997.

6 Du côté des chutes, voir Villes en ruine. Images, mémoires, métamorphoses, Monica Preti et Salvatore Settis (dir.), Paris, Hazan / Musée du Louvre, 2015, en particulier les articles de S. Settis, Filippomaria Pontani et François Hartog.

7 Pieter Martens, « Siege Warfare (early modern) », The Encyclopedia of War, ed. G. Martel, Oxford: Wiley-Blackwell, 2012, vol. IV, p. 1987-1994 ; Hervé Drévillon (dir.), Mondes en guerre, t. II: L’Âge classique, Paris, Passés composés / Ministère des Armées, 2019, p. 85 et suiv. ;

8 Laurent Vissière, « La Vierge et la bombarde. Réflexions sur les sièges d’artillerie d’Orléans (1428) à Dijon (1513) » dans La Bataille : du fait d’armes au combat idéologique, Ariane Boltanski, Yann Lagadec et Franck Mercier (dir.), Rennes, PUR, 2015, p. 51-64. 

9 Pour illustrer cette prévalence des sièges dans la guerre, on peut évoquer les 110 sièges auxquels aurait participé Maurice de Nassau, l’un des principaux chefs militaires de la révolte néerlandaise contre l’Espagne, entre 1590 et 1625 ; ou encore les quelque 115 sièges qui jalonnèrent la guerre de Succession d’Espagne entre 1701 et 1714, dont ceux de Turin (1706) et de Barcelone (1714) sont évoqués dans notre dossier.

10 Poliorcétique est le titre d’un ouvrage influent d’Enée dit le Tacticien, daté de 350 av. JC.

11 Ainsi le siège de Mossoul par l’armée persane de Nader Shah en septembre-octobre 1743 : malgré un bombardement intense (50 000 projectiles), la population civile, convaincue d’être massacrée en cas de capitulation, tient bon.

12 Pour nuancer fortement cette linéarité schématique qui mènerait vers une « guerre en dentelles », voir Paul Vo-Ha, Rendre les armes. Le sort des vaincus, XVIe-XVIIe siècle, Champ Vallon, 2017.

13 Les sièges de Rhodes, de l’Antiquité à la période moderne, N. Faucherre et I. Pimouguet-Pédarros (dir. ), Rennes, PUR, 2010.

14 Catherine Desportes, Le Siège de Malte : la grande défaite de Soliman le Magnifique, 1565, Perrin, 1999.

15 Plusieurs des grands sièges de l’époque contemporaine sont russes : ceux de Leningrad (872 jours, 1,8 million de victimes), d’Odessa et de Stalingrad (ce dernier cas plus proche de la « bataille urbaine ») sont ainsi au cœur de la Seconde guerre mondiale.

16 Sur ces évènements (et d’autres), voir Les Empires ébranlés. La colonisation mise en échec (XVIIe-XXe siècle), Laurent Colantonio et Sébastien Jahan (dir.), Les Indes savantes, 2017, en particulier les contributions d’Hugues Marquis et de Martine Spensky.

17 Cities into battlefields: metropolitan scenarios, experiences and commemorations of total war, Stefan Goebel and Derek Keene (ed.), Ashgate, 2011.

18 Notons qu’un colloque sur « la guerre de siège en 1870-1871 » est organisé par Stéphane Tison, Jean-Noël Grandhomme et Laurent Jalabert à Sedan les 18-19 septembre 2020.

19 Ou d’ailleurs Gérone, pour ajouter au dossier espagnol : Stéphane Michonneau, « Gerona, baluarte de España. Commemoracion de los sitios de Gerona en los siglos XIX y XX », Historia y política: Ideas, procesos y movimientos sociales, nº 14, 2005, p. 191-218.

20 Catherine Brice, Histoire de Rome et des Romains: de Napoléon Ier à nos jours, Paris : Perrin, 2007.

21 Je remercie Constâncio Rodrigues Vieira qui a attiré notre attention, en séminaire de Master, sur cette « Vendée brésilienne » et sa riche mémoire. En français, voir Le Brésil face à son passé : la guerre de Canudos, sous la dir. d’Idelette Muzart-Fonseca dos Santos et de Denis Rolland, Paris, L’Harmattan, 2005.

22 Un autre exemple nord-américain serait Fort-Alamo, dont aucun défenseur n’a survécu (en 1836) et qui, racheté par l’Etat, est aujourd’hui « le site le plus touristique du Texas ».

23 David El Kenz et François-Xavier Nérard (dir.), Commémorer les victimes en Europe: XVIe-XXIe siècles, Seyssel : Champ vallon, 2011.

24 Sur le siège de Lyon, voir Philippe Bourdin et Côme Simien, « Le jour où Lyon est devenue Ville-Affranchie. Mémoire d’un siège sous la Restauration », dans La France en guerre. Cinq « années terribles », Jean-Claude Caron et Nathalie Ponsard (dir.), Rennes, PUR, 2015, p. 277-290.

25 Bertrand Taithe, Defeated flesh : welfare, warfare and the making of modern France, Manchester University Press, 1999 ; et « L'humanitaire spectacle : Ambulance de la presse, corps blessés et souffrance durant le siège de Paris », à paraitre en juin 2020 dans Revue d’histoire du XIXe siècle, no 60 (dossier « Relire les expériences de guerre franco-allemandes (1870-1873) : enjeux et perspectives », dirigé par Mareike Koenig et Odile Roynette). Une approche synthétique centrée sur notre présent : François Grünewald, « Guerres en villes et villes en guerre : crises urbaines et défis humanitaires face aux conflits armés », Urbanités, n° 2, novembre 2013

26 Dans le cas de Zaatcha, comme le rappelle Nicolas Schaub, on pourrait aussi parler d’écocide.

27 Vanessa Van Renterghem (éd.), « Liberté, dignité, justice. Récits et voix de Syrie », Vacarme, n° 79, 2017/2, p. 14-75 ; Serge Airoldi, « Tombeau d’Alep. Et de quelques autres lieux tués », Confluences Méditerranée, n° 102, 2017/3, p. 167-179.

28 Mounir Al Ahmad, La politique linguistique de la France en Syrie (1920-1945), doctorat d’histoire, dir. Jérôme Grévy, Université de Poitiers, 2013.

29 J.-Y. Jouannais, L’Usage des ruines. Portraits obsidionaux, Verticales, 2012, p. 16-17 et p. 30.

30 H. Siou, L'esprit de Numance : mythes obsidionaux et constructions nationales en Espagne 18081958, dir. Jean-François Chanet et Jean-Philippe Luis, IEP de Paris, 2019.

31 Par exemple, un volume très récent, avec une perspective « globale » : The world of the siege: representations of early modern positional warfare, Anke Fischer-Kattner & Jamel Ostwald (ed.), Leiden : Brill, 2019.

32 Voir en dernier lieu 1870, entre mémoires régionales et oubli national. Se souvenir de la guerre franco-prussienne, Pierre Allorant, Walter Badier et Jean Garrigues (dir.), Rennes, PUR, 2019.

33 « [L]’historiographie obsidionale demeure pour l’essentiel ponctuelle, fractionnée, anecdotique », souligne Laurent Vissière (« Paysage sonore de la ville assiégée », dans Laurent Hablot et L. Vissière (dir.), Les paysages sonores, Rennes, PUR, 2015, p. 51-52). Pour les sièges de Paris en 1870-1871, voir notamment Éric Fournier, Paris en ruines. Du Paris haussmannien au Paris communard, Imago, 2008 ; sur un aspect particulier, Stéphanie Sauget, « Enterrer les morts pendant le double siège de Paris (1870-1871) », Revue Historique, n° 675, 2015, p. 557-586.

34 Voir notamment, toujours sur 1870-1871, Hollis Clayson, Paris in despair : art and everyday life under siege (1870-71), University of Chicago Press, 2002, ainsi que Bertrand Tillier La Commune de Paris, révolution sans images ? Politique et représentations dans la France républicaine 1871-1914, Champ Vallon, 2004.

35 Voir Gustave Doré : l’imaginaire au pouvoir, Philippe Kaenel (dir.), Musée d’Orsay / Flammarion, 2014, en particulier BertrandTillier, « La stylisation de l’histoire », p. 157-169, et Côme Fabre, « L’Énigme », p. 170-173. Sur l’ensemble des images de 1870-1871, France Allemagne(s) 1870-1871. La guerre, la Commune, les mémoires, Mathilde Benoistel, Sylvie Le Ray-Burimi et Christophe Pommier (éd.), Gallimard/Musée de l’Armée, 2017.

Pour citer ce document

Par Gilles Malandain, «Introduction : Obsidionalités», Tierce : Carnets de recherches interdisciplinaires en Histoire, Histoire de l'Art et Musicologie [En ligne], 2019-4, Numéros parus, Dossier, mis à jour le : 22/05/2020, URL : https://tierce.edel.univ-poitiers.fr:443/tierce/index.php?id=410.

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