Le siège de Poitiers de 1569 : écriture et réécriture d'un événement

Par Antoine Coutelle
Publication en ligne le 13 novembre 2020

Texte intégral

Les boutiques de souvenirs de la ville de Sarajevo vendaient encore, au début des années 2010, une carte postale illustrée d’un dessin du siège subi par la ville entre 1992 et 19951. De nombreux travaux ont montré combien les sièges des villes ont produit, sur un long terme, des supports mémoriels multiples et polysémiques dont les usages et les interprétations restent actuels et complexes2. Par leur nature même, les sièges militaires sont des événements qui produisent des narrations. L’encerclement d'une ville et sa mise en résistance, les assauts, l'attente, l’espoir des renforts, la crainte des trahisons, l'épuisement des habitants, la durée constituent et produisent à la fois une « trame narrative3 », des représentations (qu’il s’agisse d’images de victoire ou d’expiations) et des commémorations (en paroles, en acte ou sous une forme monumentale) qui construisent en retour la signification de l’événement.

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Figure1 :

“carte postale” du siège de Sarajevo

Les sièges menés dans le royaume de France pendant les guerres de Religion, qu'ils aient été des succès ou des échecs, sont, de surcroît, chargés d'une signification providentielle. Résister aux assauts des huguenots ou chasser les papistes, c’est accomplir la volonté divine. Si les remparts cèdent ou si les habitants ne capitulent pas, c’est qu’ils ont alors reçu une aide extérieure qui, elle, sera interprétée comme une intervention humaine déloyale. La séquence événementielle que compose le siège d’une ville, depuis l’arrivée des ennemis et la mise en défense de la cité jusqu’à l’issue des combats, en passant par les épisodes héroïques ou tragiques, peut donc se lire comme un récit qui porte une signification. Il revient dès lors aux membres de la communauté urbaine de s’emparer de cette signification et de l’infléchir dans une perspective ou dans une autre. Pour produire du sens et des effets – civiques, politiques, spirituels –, le récit du siège doit intégrer un dispositif permettant de maintenir au présent cette signification.

L'exemple offert par le siège tenu face aux murailles de la ville de Poitiers à l’été 1569 par les troupes protestantes de l’amiral de Coligny permet, par sa richesse, de décrire et d'analyser de tels processus de mise en récit puis de mise en mémoire d'un événement qui interroge l'identité urbaine. De telles analyses ont déjà été menées4. Il s'agit ici de reposer la question du récit des événements de 1569 sur une longue durée et de porter une attention renouvelée aux variations qui concernent la mémoire du siège et ses usages.

I – Mettre le siège en récit

Le récit des historiens

Le siège de Poitiers est un événement qui n'a cessé d'être décrit : par des acteurs, par des témoins des conflits religieux et par des historiens. On peut souligner avec Pierre-Jean Souriac la concomitance entre les conflits de religion de la fin du XVIe siècle et le succès intellectuel et éditorial du genre historique « comme s’il fallait donner du sens au cataclysme que traversait le royaume5 ». Les dernières occurrences de cette mise en récit des événements de l'été 1569 sont le texte de Jean Hiernard et Jacques Pasquier6, publié en 2018 et la monographie éditée par les musées de Poitiers en 2017 consacrée au tableau de François Nautré, peint en 1619 et qui représente le siège7. Ces deux textes proposent la dernière restitution historienne des événements et de leur contexte, ils serviront à ce titre de support au résumé qui suit.

En 1568, le quartier général des protestants engagés dans l'affrontement avec les troupes catholiques et royales menés par le prince de Condé et l'amiral de Coligny s’installe à La Rochelle. Les chefs huguenots sont rejoints par Jeanne d'Albret et Henri de Navarre. L’Aunis, la Saintonge et la région d’Angoulême servent alors de « véritable camp huguenot, retranché et adossé à la mer8 ». La rencontre avec les troupes royales à Jarnac le 13 mars 1569 est une défaite militaire et symbolique lourde pour les protestants qui perdent l'un de leurs chefs avec la mort du prince de Condé9. Les troupes huguenotes, désormais dirigées par l'amiral de Coligny et renforcées par « une armée de secours constituée de reîtres et de lansquenets allemands commandée par Wolfgang de Deux-Ponts [et] Guillaume de Nassau accompagné de deux de ses frères10 » décident de se diriger vers le val de Loire mais la noblesse protestante du Poitou convainc l'amiral de prendre le temps d'assiéger la capitale de la province. Peuplée d'environ 18 000 habitants, siège d'une généralité et d'une sénéchaussée érigée en présidial, ville universitaire qui a accueilli Calvin et un synode provincial en 1562, la ville, majoritairement catholique, qui contrôle la circulation entre la Touraine et la Charente, est un enjeu stratégique.

A partir du 24 juillet 1569, l'armée des princes protestants menée par l'amiral de Coligny, en présence des jeunes princes de Navarre et de Condé, assiège donc Poitiers. Les semaines de canonnades et d'assauts contre les remparts depuis le haut des coteaux des Dunes situés à l’est de la ville, la destruction des faubourgs et des ponts sur le Clain et le manque de ravitaillement ne viennent pas à bout de la résistance des habitants, animée par le maire, Joseph Le Bascle, le gouverneur, Jean de La Haye, le lieutenant-général de la Sénéchaussée, le comte du Lude (qui a lui-même échoué à prendre Niort aux protestants entre le 12 juin et le 2 juillet 1569), et les ducs de Guise et de Mayenne. La ville est défendue par une milice bourgeoise11 aidée par une partie des habitants et par des troupes italiennes adressées par le pape Pie V. Les assiégés inondent volontairement les près situés au pied des remparts en détournant le cours du Clain, la rivière qui borde le plateau rocheux sur laquelle la ville est installée. L'approche du renfort des armées royales depuis la ville de Châtellerault décide les huguenots à lever le siège le 7 septembre. Le 3 octobre, les troupes protestantes rencontrent de nouveau les armées royales à Moncontour et sont défaites. Coligny se réfugie alors dans le sud du royaume. Il y reconstitue ses forces et, à l'été 1570, le parti protestant peut négocier une paix favorable encadrée par l'édit de Saint-Germain12. Le contexte du siège est donc à envisager à plusieurs échelles : celle des tensions entre les villes qui marquent, en Poitou, les bornes d'une frontière confessionnelle, celle des affrontements religieux dans l'ouest du royaume de France au cours de la troisième guerre de Religion et l'ensemble plus large de sièges et de prises de villes qui rythment les années 1560-1570 dans le royaume de France13.

La relative brièveté du siège de Poitiers, qui ne dure finalement que six semaines et la précision des témoignages publiés dès l'année 1569 permettent aux historiens de produire des récits détaillés, dont l’ambition semble parfois d’atteindre l’exhaustivité14. Cet article abordera plus loin l'usage que l'histoire érudite écrite par les sociétés savantes du XIXe siècle fait de la mémoire du siège. Au XXe siècle, l’événement est plusieurs fois décrit et analysé dans des travaux historiens. Pierre Dez fournit un récit circonstancié dans son ouvrage sur l'histoire des protestants du Poitou publié en 193615. Une version minutieuse est établie par l'historien et inspecteur général Gaston Dez dans son Histoire de Poitiers publiée par la Société des antiquaires de l'Ouest en 1969. Le récit du siège occupe deux pages et demie de texte et de notes de références dans un chapitre de treize pages consacré aux guerres de Religion. Les noms des principaux protagonistes et des lieux des combats sont précisément mentionnés, les épisodes pittoresques (l'inondation des près au pied des remparts, les boulets de canon incrustés dans le chevet de la cathédrale) sont racontés. La résistance de la population poitevine est comparée celle des Français à Valmy. Surtout, l'auteur insiste sur le fait que les événements des guerres de religion et particulièrement le siège de la ville « devaient laisser une trace profonde dans l'esprit des gens de Poitiers – ce pourquoi nous y avons insisté16 ». L'histoire de Poitiers réalisée dans la cadre de la collection des histoires urbaines de l'éditeur Privat, en 1985, évoque à son tour « le célèbre siège de l'été 1569, devenu un des hauts faits de l'histoire poitevine17 »

En 2004, l’historienne américaine Hilary Bernstein propose d'analyser cette « histoire poitevine » avec les outils de l'histoire politique et de l’histoire des représentations. Dans sa monographie qui constitue le dernier travail historien en date publié sur l'histoire de la ville pendant les guerres de Religion, elle souligne combien la victoire catholique de septembre 1569 est perçu comme décisive à l'échelle locale mais aussi pour l'ensemble du camp catholique, au même titre que la victoire des Français au siège de Metz par Charles Quint en 155218. Le blocus mené par Coligny vient confirmer la position de Poitiers envisagée comme une citadelle catholique, position qui s’adosse aux événements de l'année 1562. Entre le 24 mai et le 1er août de cette année-là, les protestants se rendent maîtres de la ville. Ces deux mois font l'objet dans les histoires de Poitiers, d'un récit qui souligne généralement les violences symboliques commises par les huguenots. Ceux-ci formaient dans la ville, depuis les années 1550, une communauté active mais largement minoritaire. Profitant de l'appui tacite d'une partie du corps de ville, du soutien du prince de Condé et des troupes armées de Gramont, les protestants chassent le gouverneur et se livrent à des gestes iconoclastes qui marquent durablement la mémoire de la communauté urbaine. Les reliques des deux saints protecteurs de la ville, Hilaire et Radegonde, sont profanées et en partie détruites. La cathédrale et Notre-Dame-la-Grande sont dégradées, la statue de la Vierge à l'enfant qui est vénérée lors de la grande procession du lundi de Pâques est brûlée. La reprise de la ville par les troupes royales menée par le maréchal de Saint-André donne lieu à d’autres violences : le maire Jacques Herbert est pendu, les soldats catholiques pillent à leur tour la ville. Le statut de capitale régionale du catholicisme de Poitiers est renforcé, à la fin des années 1560, par le contre-modèle que constitue la ville de La Rochelle, cité protestante où, à partir de 1568, les lieux de culte catholiques sont détruits et le corps de ville est majoritairement réformé.

Pour les historiens contemporains, la signification du siège de Poitiers change selon la perspective dans laquelle il est inscrit. L'événement peut être lu comme un choix inattendu et maladroit dans la stratégie de Coligny, comme un révélateur des clivages confessionnels inscrits dans le territoire du royaume, comme un facteur de consolidation de l'identité spirituelle de la communauté urbaine. Mis en série avec d'autres sièges de ville, il permet d'évaluer le poids que les conflits religieux ont fait peser sur le quotidien des habitants du royaume. Tous ces récits établis par les historiens reposent sur un même corpus de sources et de témoignages publiés.

Témoignages, histoire et vers poétiques

Au XVIe siècle, le récit de siège est devenu un genre en soi, transmis par des textes narratifs à visée historique et politique, par des discours et des poèmes19 mais aussi des images (estampes, peintures, vitraux, tapisseries20) qui cherchent à célébrer la vision des vainqueurs ou à construire une version consensuelle des faits. Les événements du siège de Poitiers sont décrits puis médiatisés par un corpus de sources peu nombreuses et de textes imprimés et publiés qui entremêlent témoignages, mémoires et construction de l'événement.

Certains épisodes du siège de 1569 sont décrits dans les correspondances qui circulent entre le gouverneur, le comte du Lude, et les échevins de la ville. Ces lettres sont publiées par les érudits locaux au XIXe siècle21. Les sources directes manquent puisque les registres des délibérations municipales des années 1568-1571 sont absents des collections depuis leur constitution au moment de la Révolution. D’autres acteurs du siège vont traduire l'événement en texte, mais dans des écrits du for privé qui ne seront publiés que bien plus tard, pour leur grande partie par des érudits au XIXe siècle. On peut retrouver des références assez brèves au siège de Poitiers dans les mémoires de combattants du camp catholique22 tels que Jean de Mergey23, Michel de Castelnau24, Michel Le Riche25 et Jean d'Antras26. Andrew Melville, le théologien écossais, est étudiants en droit à Poitiers en 1569. Il met par écrit sa perception des événements27. D'autres récits circulent dans l'espace germanique, rapportés par les mercenaires engagés dans les forces protestantes : celui d'un auteur anonyme, vraisemblablement engagé dans l'armée du prince de Deux-Ponts28, celui contenu dans les lettres écrites entre les mois de juillet et septembre 1569 par Hubert Languet, diplomate franco-néerlandais au service du prince-électeur de Prusse29.

Tous ces témoignages se diffusent à des échelles plus ou moins grandes et sont reçus par des publics sans qu'il soit possible de reconstituer les effets de cette réception. En revanche, un corpus restreint de textes imprimés et publiés dans les semaines qui suivent la fin du siège vont contribuer à stabiliser la narration et la perception des événements. La première mise en récit publiée est le texte d’un militaire catholique anonyme qui se présente comme une narration destinée à informer le camp catholique de la défaite des huguenots. Sous le titre Discours du succes des affaires passez au siege de Poictiers, depuis le dix-neufiesme jour de juillet 1569, jusques au vingt-uniesme de septembre audit an. Envoyé à Monseigneur de Mandelot gouverneur de Lyon, il est imprimé à Paris, chez Marnef, dès 156930. Ce texte contribue à fixer le synopsis des événements sous la forme d’une succession de faits héroïques narrés depuis le camp catholique, résistant et vainqueur. L’exagération du nombre de morts protestants est un indice du positionnement du texte.

La narration la plus ample et la plus précise est ensuite celle de Marin Liberge, texte imprimé qui se présente comme une « lettre31. » écrite d'après l'auteur dès le 11 septembre 1569 à un ami angevin, Bautru des Matras32. Marin Liberge, originaire du Mans, étudiant en droit à Paris puis à Poitiers où il devient docteur-régent est, avec le gentilhomme poitevin François Le Poulchre de Messemé33, le témoin qui livre la vision la plus ample du siège. Il publie son récit chez des imprimeurs parisiens très peu de temps après les événements. Cette position d’acteur-témoin, la précision et les détails du texte, le soin que met Liberge à nommer les individus et les lieux, la mention de ce qui est « certain » et ce qui ne l’est pas34 vont faire de son texte le récit de référence. Le texte de Liberge est réédité assez vite en 1570 puis de nouveau en 1621. Le texte prend, au fur et à mesure des éditions, une tonalité de plus en plus nettement courtisane à l'égard des chef catholiques35. Les pièces liminaires et les dédicaces dévoilent clairement une stratégie de glorification croisée de l’auteur et de ses dédicataires : l’édition de 1569 comporte déjà un sonnet au duc de Guise (écrit par « Ren. Bell. Ang ») et trois pages de vers dédiés au grand seigneur catholique. L’édition de 1570 s’enrichit d’un sonnet de l’auteur à lui-même et de vers latins adressés au comte du Lude. Le siège de Poitiers devient donc rapidement un événement médiatisé par des textes imprimés et publiés dont les fonctions sont multiples : rapporter, témoigner, transmettre, reconstruire, faire savoir, faire croire, établir une vérité pour fixer une version de l'événement36, construire une position de notoriété.

Par la suite, entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle, le siège de Poitiers devient une des péripéties des affrontements civils qui marquent le royaume et sa narration intègre les plus vastes récits historiens qui ambitionnent de raconter les guerres de religion37. La mention la plus notable se trouve dans le texte de Jacques-Auguste de Thou38. Chez ce magistrat catholique, le siège de Poitiers fait l’objet d’un récit qui se veut moins militant et plus objectif, l'auteur s’efforçant de neutraliser la différence confessionnelle en utilisant les termes « assiégeants » et assiégés ». L'analyse du texte et en particulier des chiffres utilisés montre un réemploi du texte de Marin Liberge.

Les historiens protestants construisent également leur version du récit, insérée dans la geste plus ample des chevauchées de Coligny. Cependant, le siège de Poitiers ne fabrique pas de martyrs, il ne devient donc pas un élément constitutif « de l’identité de la minorité opprimée39 ». Le principal récit du siège retranscrit du point vue réformé est celui produit par Lancelot Voisin de La Popelinière et publié dès 157140. La présence de La Popelinière au siège de la ville n’est pas attestée41. Son texte présente de nombreuses similitudes avec celui de Marin Liberge mais apporte aussi des informations liées à la proximité de La Popelinière avec l’entourage de certains chefs militaires protestants. Il écrit son histoire dans une perspective assez proche de celle de De Thou, avec une ambition affichée d'équité de traitement qui le conduit par exemple à faire l’éloge des chefs catholiques morts au combat. L’autre grand nom de l’histoire protestante des guerres de religion, est moins soucieux de neutralité. Pendant le siège de 1569, Agrippa d’Aubigné pratique la guérilla en Saintonge et il est en contact avec le camp de Coligny qui peut lui fournir des informations mais il nourrit principalement son texte des ouvrages de La Popelinière et de De Thou42. La défaite des protestants devant Poitiers le conduit à considérer que l’événement est de peu d’importance mais ne l’empêche pas de souligner les défaillances des assaillants huguenots.

Les événements du siège de Poitiers sont également mis en vers. Les exemples qui président à cette modalité d'écriture sont multiples et entrecroisent la chanson de geste et l'écho du modèle homérique. Cinq textes poétiques évoquent le siège de 1569. Ils sont présentés ici dans l'ordre chronologique de leur publication :

  • Dès le 10 octobre 1569, Adolf Scheiffart von Merode, conseiller de l'électorat de Cologne, rédige un poème de 302 vers en latin qui semble être resté inédit43.

  • En 1572 paraît un texte en poitevin : « L’Autre chanson joyouse in lingage poetevinea […] do sege mis devant Poeters par l’Admiro », Ce texte fait partie d’un recueil, la Gente Poitevinerie, publié à Poitiers44.

  • En 1578 paraît le recueil des œuvres de Madeleine Neveu et de sa fille Catherine, connues sous le nom des Dames des Roches, qui contient l'ode VIII consacrée au siège de la ville45.

  • En 1587, François Le Poulchre de la Motte-Messemé, un noble poitevin qui a commandé une compagnie catholique pendant le siège fait paraître un récit versifié de sa vie. Tout le VIe livre, soit environ un dixième de l’ouvrage, est consacré au récit du siège46.

  • En 1599 est publié le recueil des œuvres de Scévole de Sainte Marthe qui comporte le sonnet intitulé « Vœu », dédié à la ville de Poitiers qui a résisté aux assauts des protestants47.

Chacun de ces textes appartient à un univers de références culturelles différent et les usages qui en sont fait sont tout aussi variés. Le texte de Scheiffart semble être resté impublié. Celui de François Le Poulchre est cité au côté de celui de Liberge comme une source directe des événements dans les récits historiques du siège. Sa dimension poétique est effacée par sa qualité de témoignage. La chanson satirique en poitevin est le produit d'un jeu savant sur la langue populaire mené à l'intérieur d'un cénacle lettré composé de notables poitevins dont font partie Jean Boiceau de la Borderie, proche du poète Jean Bastier de la Péruse et le libraire Guillaume Bouchet48. Dans une même perspective, les vers des dames des Roches et de Scévole de Sainte-Marthe s'inscrivent dans une production de textes poétiques envisagée comme une pratique sociale au sein de l'élite locale et du milieu de la magistrature. L'écriture, la diffusion (orale puis imprimée) et la dédicace des vers rassemblés en recueil permet aux auteurs de démontrer leur maîtrise des codes de la culture lettrée partagée par les élites urbaines de la fin du XVIe siècle. Le thème du siège de 1569 et de la vaillante résistance de la ville colore cette démonstration d'une affirmation de l'identité civique49.

Les événements du siège existent donc dans des supports variés qui se diffusent à des échelles multiples : les correspondants, les cercles lettrés, les lecteurs poitevins et parisiens, les grands personnages dédicataires. Ces textes peuvent aussi être analysé sous l'angle des stratégies narratives qu'ils mettent en œuvre50. On distingue alors la diversité des voix qui raconte le siège : acteurs collectifs ou individuels, combattants ou habitants, voix masculine ou féminine et, chez tous les auteurs, l’entrelacement d’une voix indéfinie qui s’identifie à celle de la ville de Poitiers. La plupart de ces stratégies narratives visent aussi à circonscrire une communauté de lecteurs à la fois spatialement et confessionnellement définie qui se superpose à la cité et l'englobe dans un ensemble plus vaste, celui du camp catholique et des habitants des villes fidèles au roi.

Écrire, inscrire, imprimer : mémoire locale et mémoire collective

Les textes qui mettent en récit les événements contribuent à établir une mémoire héroïque à la fois individuelle, familiale et collective. Certains de ces textes intègrent avec une précision que les historiens érudits du XIXe siècle valideront ou mettront en doute, les noms des participants au siège de Poitiers. Localement, ces noms publiés sont lus comme ceux des défenseurs de la ville, du roi et de la foi catholique. Un tel répertoire des combattants héroïsés apparaît sous plusieurs formes. Leurs noms sont mentionnés au fil de la narration dans les textes imprimés, en particulier dans ceux Liberge et La Motte-Messemé où ils apparaissent accompagnés des récits succincts de leurs exploits : un mouvement des troupes ennemies dévoilé, un assaut contre les remparts repoussé, un message envoyé aux forces loyalistes, puis les noms des défenseurs de la ville morts aux combats sont ajoutés au fil des rééditions à la suite de du récit de Marin Liberge sous la forme d'une liste qui intègre également le texte des épitaphes de ces combattants51. L'objet ainsi constituée par la succession de patronymes associés à des gestes héroïques traduit la persistance du modèle grec classique52.

Selon la tradition, ces combattants morts sont enterrés dans plusieurs églises de Poitiers : celle de la paroisse du palais de Justice, Saint-Didier et la principale église de la communauté urbaine celle qui accueille les cérémonies du corps de ville : Notre-Dame-la-Grande. Le texte de leurs épitaphes est ensuite retranscrit dans les histoires imprimées des familles nobles locales. Ainsi l'histoire généalogique de la famille de Chasteigner53 comprend la description d'un tableau représentant Louis Chasteigner de Rouvre, noble catholique mort en défendant Poitiers, accroché dans l’Église Saint-Didier avec l'inscription : « Lequel fit toué d'une canonnade étant aux Déffenses du château de cette ville, durant le siège, de laquelle blessure il mourut Le Quinzième jour d'août 1569, Pour maintenir la foy, Le service de son Roy, et sa patrie, A fini honorablement sa vie54 ». Le siège de Poitiers laisse donc des traces matérielles dans la ville autres que les impacts des boulets tirés par les protestants qui ont endommagés les murailles, les maisons de la Grand rue et le chevet de la cathédrale.

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Figure2 :

 Louis BOUDAN, Veue du derrière de l’Eglise cathedralle St Pierre de Poictiers, 1699

Collection Gaignières, BnF, Gaignières-5990, VA-86 -4

Les épitaphes inscrites sur les tombeaux et sur les tableaux dans les églises de la ville, retranscrites, imprimées et donc diffusées invitent à regarder l’ensemble des habitants comme une communauté émotionnelle55 qui partage le vécu du siège et, progressivement, au fil des générations, sa mémoire.

Pourtant, dans les décennies qui suivent la séquence événementielle constituée par le siège et la défaite des protestants, les textes qui en contiennent le récit et qui gardent les noms des combattants ne semblent pas constituer le support central de la mémoire locale. Si le texte de Marin Liberge est bien réédité en 1621 par un imprimeur poitevin56, celui de La Motte-Messemé n'est pas réimprimé. La chanson en poitevin est intégrée dans un recueil qui connaît localement un succès durable (rééditions en 1595, en 1605 chez la veuve Blanchet, en 1620 chez Julien Thoreau, en 1646 et en 1660 chez Jean Fleureau57) qui s'explique autant par le jeu sur le langage des textes que par les thèmes qu'ils abordent. Dans les inventaires disponibles des bibliothèques privées des membres de l'élite urbaine locale, il n'existe pas d'occurrences des ouvrages de Liberge ou de Messemé. Le maire de la ville de 1670 à 1676, Jean Gabriau, possède dans sa collection de livres un exemplaire de l'Histoire universelle d'Agrippa d'Aubigné58. Les évocations du siège sont absentes des discours qui expriment le corps de langue propre aux élites urbaines. Dans les harangues municipales et universitaires, dans les mercuriales, dans les plaidoiries comme dans pièces versifiées que les docteur-régents, les avocats et les officiers s'échangent, les événements de 1569 ne sont pas mobilisés pour constituer un argument rhétorique. Les références sont plus héroïques et plus vastes et elles recherchent la validation des exempla antiques : Troie, Carthage ou Rome.

La mise en récit du siège s'est donc opérée immédiatement en aval des événements. Le texte de Marin Liberge semble avoir stabilisé une narration catholique héroïque qui sert de récit officiel. Les actes et les noms des défenseurs de la ville et de la foi sont inscrits et gardés en mémoire, mais la mobilisation de l'ensemble de la communauté urbaine ne passe pas par les supports imprimés. C'est au travers de gestes ritualisés que les habitants de Poitiers vont réactiver, sur le temps long, le souvenir de cette victoire perçue comme l’expression de la volonté divine de conserver la ville dans le camp catholique.

II – le siège dans la culture commémorative urbaine

Conserver et réactiver la mémoire du siège de Poitiers, c'est se souvenir des affrontements religieux. Or cette commémoration des événements de la guerre civile ne va pas de soi. Au cours des années 1570 et 1580, elle très régulièrement empêchée, délégitimée voire interdite par les édits de paix, à commencer par celui de Saint-Germain qui clôt précisément cette troisième guerre de Religion pendant laquelle a lieu le siège de Poitiers59. Le pouvoir monarchique déploie dans ces édits une « politique de l’oubliance60 » qui parait la seule condition possible au retour de la concorde civile. Pourtant, les dispositifs destinés à transmettre la mémoire de ces événements et donc à la faire revivre sont nombreux, multiples et mobilisés sur une longue durée61. Ce hiatus entre la volonté d'apaisement pensée à l’échelle du royaume et l'affirmation locale d'une mémoire clivée se résout le plus souvent par une désapprobation sans effets.

La commémoration du siège de Poitier, une expression de la religion civique

A Poitiers, les événements de 1569 sont rapidement intégrés au répertoire des solennités commémoratives portées par les autorités urbaines. Comme dans presque toutes les villes qui ont subi un siège, la résistance est célébrée par une procession mémorielle, geste de reconnaissance à Dieu, geste d’affirmation d'appartenance confessionnelle, mise en scène de l'unanimité urbaine et mise en avant des corps qui se partagent l'autorité spirituelle et politique sur la communauté urbaine62.

La première procession a lieu dès le départ des troupes de Coligny. Les récits racontent que, lorsque les habitants de Poitiers ont découvert que les soldats huguenots avaient abandonné leurs positions en face de la ville, ils ont manifesté publiquement leur joie et que, dès le lendemain, les autorités ont organisé une célébration publique et collective. Le texte de Marin Liberge établit comme suit la description du geste fondateur de la célébration :

« le Mercredy septiesme du mois, un peu après midy, tout leur camp fut levé, et s’en allerent en grande haste vers ledict Chastelleraud  […] Il fust ordonné que le lendemain, jour très solennel entre les Chrestiens pour la feste de la Nativité N. Dame, seroit faicte une procession générale ou seroit portée le précieux corps de N. seigneur, et qu’on partiroit de l’Eglise cathedrale pour aller par celle de N. Dame la Grand’ au couvent des Cordeliers où il sera fait Prédication, pour exciter tout le peuple à corriger et amender sa vie, estant tout certain que ces verges qu'on avoit endurées venaient de Dieu, pour nous pugnir & advertir de nostre meschante vie, & à remercier en toute humilité Dieu, d'avoir délivré la ville de ce siège, & si bien deffendue contre ses ennemys. Ce fut une bien solennelle Procession, tant pour les sainctes cérémonies qui y furent gardées et observées, comme à la feste du S. Sacrement, que pour la concurrence d’innumerable peuple de tous estats. Messieurs les Duc de Guise, Marquis de Mayne, Comte du Lude, et le sieur Paul Sforce portoient le Poisle, soubs lequel le grand Vicaire de monsieur l’Evesque de Poictiers portoit la saincte Eucharistie, avecq une grande suitte de Chevaliers de l’ordre, Seigneurs, capitaine, Gentils-hommes, Dames et autres, de tout ordre, sexe et condition. Devant y avoit quatre Trompettes Italiens, sonnans une Musique propre en si devote supplication : et Messieurs de la Justice, les premiers, vestuz de leurs robbes rouges, et les autres en leurs robbes de Palais, et les Maire et Eschevins, portoient des Torches suivants les Chanoines et Prestres, qui n’avoyent faute de tres-bonne Musique. En l’Eglise nostre Dame la grand’ on se reposa, et on chanta les versets de penitence, Domine non secndum peccata nostra, avec un chant accoustumé en l'Eglise, fort doux et pitoiable, & propre à esmouvoir le peuple à compunction de coeur, & à demander pardon à Dieu. Si on estoit esmeu de la fervente dévotion de ses jeunes princes, Seigneurs, Gentilhommes & autres, & de ses saincts Cantiques & cerimonie, on ne l'estoit moins d'ouyr sonner les cloches de toutes parts lesquels on n'avait point ouy depûis le commencement du siege. Incontinent que tout fut arrivé aux Cordeliers, tout ce qui peut entrer aux Cloistres alla ouyr la prédication, à laquelle tous les seigneurs assistèrent. La procession, predication, et Divin service finiz, chacun se retira, et passa-t-on la journée en se consolant et rejoüyssant les uns les autres63. »

Le texte décrit donc une procession eucharistique partant de la cathédrale et se rendant au couvent des Cordeliers en passant par Notre-Dame-la-Grande, soit le geste de célébration religieuse attendu dans ce contexte, le même mis en actes dans d'autres villes assiégées et délivrées comme Auxerre ou Chartres et adapté aux polarités spirituelles de l'espace urbain local.

Le registre du corps de ville pour l’année 1571, le premier après la date du siège à être conservé, indique que la procession est fixée, pour cette année-là, au 7 septembre64 et se déroule autour des murailles. Très rapidement, donc, peut-être dès l’année qui suit celle du siège, l’organisation de cette procession revient au pouvoir municipal sur l'invitation du curé de Notre-Dame dont les textes précise à chaque fois qu'il reste à l'initiative de la cérémonie. Le maire se charge de convier les différents « corps et compagnies » de la ville. Le maire réunit les échevins et les bourgeois chez lui pour le déjeuner. Puis ils se rendent à Notre-Dame-la-Grande pour prendre « limage de la vierge » qui est portée d'abord à l’église Saint-Etienne puis tout autour des remparts, le corps de ville menant la procession. La cérémonie se termine par un sermon prononcé au couvent des Cordeliers ou à l’église Montierneuf. Les membres du corps de ville sont ensuite conviés à dîner par le maire65.

Des changements ont donc lieu dès la mise en place de la cérémonie : il ne s'agit plus d'une procession eucharistique dont l'objet est une réaffirmation de la présence divine dans l'espace de la cité, à l’intérieur de la ville et entre ses principales églises, mais d'une circumambulation autour des remparts derrière une statue de la vierge. Les registres mentionnent « le tour des murailles » voire le « circuit66 » et plus rarement les stations à Notre-Dame et à Saint-Étienne. Ce déplacement dans l'espace urbain est aussi un glissement sémantique. En fait, le corps de ville décide de calquer cette nouvelle solennité sur le modèle de celle du lundi de Pâques appelée procession du miracle des clefs. Il s'agit d'une solennité qui exprime la religion civique dans toutes ses dimensions, c'est-à-dire un phénomène religieux « dans lesquels le pouvoir civil joue un rôle déterminant, principalement à travers l’action des autorités locales et municipales » et qui traduit une « appropriation des valeurs inhérentes à la vie religieuse par des pouvoirs urbains, à des fins de légitimation, de célébration et de salut public67 ». Le récit du miracle des clefs se stabilise lorsque Jean Bouchet l'intègre dans ses annales d'Aquitaines publiée dans la première moitié du XVIe siècle. A cette date, cela fait plus d'un siècle que la ville de Poitiers commémore chaque année l'intervention divine (les premiers récits retranscrits en 1436 évoquent la vierge puis les versions postérieures ajoutent la présence de sainte Radegonde, la reine-moniale protectrice de la ville et saint Hilaire, premier évêque de Poitiers) qui a empêché le secrétaire du maire de trahir sa ville et de livrer les clefs des murailles de Poitiers aux troupes anglaises qui assiègent la cité en 1200 (ou 1202 selon les versions). Le miracle veut que ces clefs aient finalement été retrouvées entre les mains d'une statue de l'enfant Jésus et de la Vierge dans l'église Notre-Dame-la-Grande. L'apparition (ou les apparitions) saintes et divines au-dessus des remparts achevant de mettre en déroute les ennemis. Les premières processions commémoratives sont attestées pour les années 1416-1417. Elles se déroulent donc le lundi de Pâques68. Tous les corps religieux et laïcs de la ville suivent le parcours des remparts69. Les femmes des membres du Corps de ville, elles, remettent à la statue de la vierge un manteau brodé qui symbolise la protection que la mère de Dieu accorde à la ville.

En 1587, l’échevin Jehan Palustre rappelle que la procession en mémoire du siège qui doit avoir lieu, autant que possible le jour même de la date anniversaire de la fin du siège, le 7 septembre, fête de la Saint-Clouaud est organisée « à l’instard du lundy de pasques70 ». Or déjà, en 1569, Marin Liberge évoque (ou invente) une harangue prononcée par le Lieutenant-Général du Poitou prononcée à la fin du mois d’août et destinée à galvaniser le moral des Poitevins assiégés. S'adressant aux combattants comme aux habitants, il rappelle que : « tout ainsi que le lendemain de Pasques, par chacun an, on en faict une commemoration de la levée et retraicte du camp des Anglois qui avoient assiegé Poictiers, aussi faudroit-il en faire autant de ce faict icy, ne doutant que tous les saincts et ceux la principallement qui y ont encores de belles Eglises edifiées en l’honneur de Dieu, et mémoire d’eux ne priassent maintenant nostre Seigneur, pour le salut de la ville71 ». Le parallèle entre les deux sièges établit la destinée de la ville, placée sous la protection de Dieu.

Il s’agit donc pour le corps de ville d’insérer un nouveau rituel dans le calendrier des célébrations municipales et d’enrichir le répertoire commémoratif de la communauté urbaine. Si cette innovation prend alors la forme d’une adaptation de la procession du miracle des clefs, c’est en raison de la signification symbolique similaire de ces deux rituels. Pour les membres du corps de ville qui règlent l’ordonnancement du cérémonial, les enjeux sont les mêmes. Il s’agit de célébrer publiquement la résistance à l’ennemi, qu'il soit anglais ou allemand et hérétique, de souligner l’indéfectible loyauté de la ville au roi et à la vraie foi, de placer Poitiers, c'est-à-dire ici l'espace matériel et spirituel délimité par les remparts, sous la protection de la Vierge, intercesseur catholique par excellence, et de manifester l’unité du corps urbain. La procession définit précisément ce corps urbain en rejetant ses ennemis, huguenots et étrangers, hors des murailles. Elle dessine physiquement les contours d’une ville sauvée et d’une communauté protégée.

La procession de la Saint-Clouaud s'insère aisément dans le dispositif cérémoniel local. Au cours du XVIIe siècle, année après année, les registres municipaux ne cessent de rappeler que la procession du 7 septembre est une « bonne et antienne coustume ». Le terme est même utilisé dès 1587, soit moins de vingt ans après la première cérémonie. Autre preuve de cette intégration, elle est le cadre d'une querelle de préséance entre les vicaires perpétuels de l’abbaye Saint-Hilaire et les chanoines du chapitre de l’église Sainte-Radegonde, querelle qui donne lieu à un long procès dans les années 172072. Cependant, derrière la reconduction apparemment identique du rituel année après année, l'observation des annotations des registres de délibérations fait apparaître des évolutions ténues mais significatives73.

Lors de la première convocation, les membres du corps de ville sont invités à célébrer les « vigiles de Notre-Dame de septembre74 ». Par la suite, au début du XVIIe siècle, les registres associent « feste de St Clouault et vigille de la nativité de notre Dame » pour lesquels « se fairon [fera] la procession generalle autour des murs de ceste ville a l’ordinaire75 ». Les délibérations représentent un texte dont la longueur est généralement comprise entre une dizaine et une quinzaine de lignes, suffisantes pour préciser l’heure et les lieux où doivent se retrouver les participants et pour indiquer le motif de la célébration. Celui-ci est formulé ainsi à partir des années 1630-1640 : « pour remercier Dieu de la délivrance du siège mis devant cette ville par ceux de la religion prétendue réformée en l’année 156976 ». Les variations sont infimes mais parfois révélatrices, comme lorsqu’en 1639 le maire fait biffer l’expression « héréticques calvinistes » utilisée par le secrétaire à la place de « ceux de la RPR77 ». Peu à peu, la longueur de la délibération pour la convocation à la fête de la Saint-Clouaud s’amenuise. L’essentiel est conservé : il s’agit de poursuivre une pratique « accoustumée » et faire le tour des remparts, mais la mention de « Notre Dame de septembre » disparaît dans les années 1630. La référence à la « coutume » correspond, dans les registres, à une simplification aisée pour le secrétaire de séance mais surtout à l’intégration de l’usage dans l’épais catalogue des rituels municipaux. Ainsi convoquée, cette notion à la fois juridique et morale renforce l’autorité d’un pouvoir municipal qui cherche toujours à présenter sa légitimité comme immémoriale. La célébration de l’année séculaire 1659 ne semble prendre aucune ampleur particulière, à l’inverse de ce que l’on observe dans d’autres ville comme Auxerre78 ; l’annotation dans les registres municipaux reste laconique : « Monsieur le maire a dict que dimanche prochain est le jour de St Clouaud que luy avait esté (?) tenu de faire procession généralle autour de la ville en Mémoire du siège levé devant ceste ville par l'admiral […]79 ». En 1719, autre date anniversaire, le secrétaire du corps de ville note : « Il étoit d'uzage tous les ans que ce corps assistoit à la procession qui se fait autour des murs de cette ville le jour de St Clouaud pour s'acquitter du vœu de la ville80 ».

Peu à peu, l’origine historique de la procession, le « siège mis par l’admiral », s’estompe des registres. Il ne reste, à partir des années 1730 et jusqu’à la Révolution, que la description, de plus en plus minutieuse, des actions chaque année répétées, sans référence explicite à l’événement de 156981. Pour les édiles, la mémoire s’efface au profit de l’obligation de perpétuer le geste civique. De fait, cette procession réunit les différents éléments constitutifs de l’identité urbaine : les remparts qui encerclent, protègent et définissent la ville82, la résistance envisagée à la fois comme une affirmation d’autonomie communale et de loyauté envers la monarchie, la catholicité comme condition d’appartenance pleine et entière à la communauté urbaine. Son parcours, son organisation, son déroulement, tout indique que cette célébration, pour être investie d’une charge religieuse importante, est aussi une manifestation civique. Elle est surtout un enjeu de mémoire pour un corps de notables soucieux d’associer leur dignité à celle des défenseurs de la ville83 et d’intégrer la légitimité historique d’un corps urbain en prenant place, à chaque génération, dans un dispositif cérémoniel en apparence immuable. Une politique urbaine de la procession s’impose progressivement, fondée sur la maîtrise du discours sur l’histoire de la ville. Ce discours du passé agit aussi sur l’identité présente, mais il disparaît peu à peu au profit d’un rituel qui devient alors presque autonome.

Commémoration et loyalisme : « la figure du siège » peinte en 1619

La mise en récit du siège est un vecteur de l'expression du loyalisme monarchique de la ville. La construction du dispositif cérémoniel l'a déjà montré : pour les pouvoirs locaux (bourgeois et échevins du corps de ville, officiers de la sénéchaussée puis du présidial, mais aussi officiers du Bureau des finances et docteurs-régents de l'université) résister aux protestants, c'est choisir le camp du roi. Cette réaffirmation est d'autant plus nécessaire que Poitiers fera le choix de la Ligue entre 1589 et 1593-94. Dans une telle perspective, politique et mémorielle, l'année 1619, année du cinquantième anniversaire, offre un moment d'instrumentalisation de la mémoire du siège au service de la réaffirmation de la fidélité des pouvoirs urbains, dans un contexte troublé tant à l’échelle nationale que locale.

Le contexte national est celui d'une période confuse où se mêlent les rivalités pour obtenir la faveur du jeune roi et les tentations de reformer un parti protestant militairement hostile au pouvoir monarchique. Le prince de Condé est emprisonné depuis son arrestation par Concini le 1er septembre 1616. Le même Concini est tué sur ordre du roi le 24 avril 1617 et la reine Marie de Médicis est envoyée en exil au château de Blois d'où elle s’enfuit le 22 février 1619, provoquant la première guerre de la mère et du fils. Richelieu intervient comme médiateur et permet une réconciliation entre Marie de Médicis et Louis XIII, actée par le traité d’Angoulême. Une rencontre de conciliation entre le roi et la reine est en négociation au cours du printemps, elle doit se tenir à Poitiers à l’été 1619.

Localement, le soulèvement de Condé et des protestants d’une part et la formation d’un parti catholique autour de la reine d’autre part ont réactivé les fractures de l’élite poitevine84. La charge de maire est exercée, entre l'été 1613 et l'été 1614 par Nicolas de Sainte-Marthe, lieutenant-général du présidial et neveu du célèbre poète Scévole de Sainte-Marthe. Ce dernier, figure majeure du clan modéré pendant les guerres de Religion, considéré comme politique et loyaliste, élu maire en 1579, avait été imposé de nouveau à la charge de maire par Henri IV en 1601. Le 23 juin 1614, la population de Poitiers, galvanisée par l’évêque Henri de la Rocheposay, refuse l’entrée en ville au prince de Condé. Nicolas de Sainte-Marthe est suspecté d’être condéen, il abandonne sa fonction de maire et s’exile avec son clan familial. Cette situation conduit le roi à suspendre le dispositif électoral du corps de ville. Pour assurer la loyauté de la capitale du Poitou, province « bigarrée » qui compte plusieurs places de sûreté protestantes, l’autorité monarchique suspend le privilège de l'élection municipale et impose le nom du maire jusqu’en 1620. En 1614, le candidat « officiel » est issu d’une vieille famille ligueuse, Pierre de Brilhac. Son cousin François sera maire désigné à son tour en 1619.

Dans ce contexte alors, comment rassurer le roi ? Comment convaincre l’autorité de tutelle que la ville lui reste encore loyale, digne de ce titre de « bonne ville » qu'elle acquiert par sa fidélité à la couronne au XVe siècle ? Le choix de l'assemblée qui compose le pouvoir municipal est de rappeler au roi que Poitiers est toujours ce qu’elle a été cinquante ans plus tôt, une citadelle de la foi catholique, résistante et fidèle. En 161985 le corps de ville de Poitiers commande au peintre François Nautré86 une toile représentant le siège tenu contre les troupes de Coligny87. Ce tableau doit décorer la salle du conseil, déjà ornée de tapisseries, de transcriptions encadrées des arrêts en faveur de la ville confirmés par le roi, d'une toile représentant un crucifix et légendé de versets de l'évangile sur laquelle le maire prête serment88. Le cadre du tableau est décoré des armes des membres d'un corps de ville synthétique et fictif, celui de 1569 complété par celui de 161989. La toile de Nautré remplit le rôle d'un miroir dans lequel les échevins peuvent admirer l'espace sur lequel ils exercent leur autorité et dont ils tirent leur dignité.

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Figure 3 :

François Nautré, Figvre et plan de la ville de Poictiers, assiegée en 1569, par Gaspard de Coligni…, 1619

huile sur toile, 365x194 cm, 1619, Musées de la ville de Poitiers

Ce tableau est donc une image politique dont l’usage peut être immédiat pour ses spectateurs. L’œuvre de Nautré a donné lieu à de très nombreuses analyses90. Sa précision fascine (on peut y distinguer 44 canons protestants et 14 catholiques91), le détail de la topographie locale est saisissant. L'ambition de rapporter certains épisodes du siège laisse à penser que le peintre a lu Liberge. Ce tableau est aussi un portrait de Poitiers en citadelle catholique. Le peintre figure ainsi, au cœur de l’espace urbain de 1569, des bâtiments qui ne seront construit que lors de l’implantation des ordres de la réforme tridentine (le couvent des Minime ou l'église des Jésuites qui n'est pourtant achevée qu'à la fin des années 1610). On peut aussi tenter d’inscrire ce tableau dans des genres plus vastes, celui de la vue cavalière92, du portrait de ville93, de la vue de ville en siège94. Le siège de Chartres de l'année 1568 est immortalisé sur un tableau très semblable à celui de Poitiers95. Surtout, ce tableau peut/doit être montré au roi, puisqu’il doit se rendre à Poitiers et sceller dans la ville la réconciliation avec sa mère.

C’est du moins ce que racontent les imprimés parus en 1619 qui accompagnent, comme d’usage, le passage du souverain dans une de ses bonnes villes. L’un de ces imprimés évoque les préparatifs de cette entrevue royale96 et deux autres décrivent l’entrée en ville97. Dans un langage encomiastique éprouvé, le texte loue la clémence du temps, le nombre de spectateur et décrit toutes les étapes de l’entrée solennelle du roi dans Poitiers : sous un premier portique, un paysan habillé en gaulois offre au roi les clefs de la ville et présente un quatrain qui loue la douceur de l’obéissance au roi puis un tableau vivant représente « le pourtaict de sa majesté » inscrit dans un soleil dont l’apparition dissipe les nuages qui s’amoncelaient au-dessus de Poitiers. Le roi assiste ensuite à un Te Deum à la cathédrale et rejoint la reine mère. Le roi voit-il le tableau ? En réalité, il ne quitte pas la ville de Tours98 et ce fascicule recrée une réalité qui semble n’avoir jamais existé. La présence de Louis XIII à Poitiers en compagnie de sa mère n’est pas attestée pour l’année 1619, et si le corps de ville presse Nautré d’ajouter sur le tableau toutes les « inscriptions » qu’il comporte (moyennant 30 livres99), rien ne confirme également que la reine ait pu le voir lors de son passage le 1er septembre 1619.

En revanche, si ces inscriptions valent cette somme et l’urgence de leur ajout, c’est qu’elles achèvent de donner au tableau une signification. Elles identifient les lieux et les hommes et elles placent, au bas et en haut de la toile, entre les armes du roi et de la ville, quatre textes. Celui de droite, dans le ciel, décrit l’œuvre et nomme les commanditaires - le maire Jean Pidoux, les pairs et échevins du corps de ville -, les autres sont, à gauche, une inscription en latin de Jean de la Ruelle100 qui rappelle que la protection divine a sauvé la ville lors du siège et la retranscription de l’épigramme de Scévole de Sainte-Marthe intitulé « Voeu », publié une première fois dans Le troisième livre de la poésie Meslée de Scévole de Sainte-Marthe, Loudunoys en 1599101.

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Figure4 :

« Vœu » de Scévole de Sainte-Marthe102

tableau de François Nautré, 1619

Le texte de Scévole est un ex-voto, peut-être prévu pour accompagner une autre image du siège dès 1579103. Au-delà de la signification assez convenue de ces vers, le choix d'inscrire sur le portrait de la ville un poème de Scévole de Sainte-Marthe prend, dans le contexte de 1619, une dimension particulière104. Si le clan familial est rejeté par la majorité toujours catholique et post-ligueuse du corps de ville, la figue de l’ancien maire, trésorier de France, président du Bureau des finances reste prestigieuse. Il a servi Henri III et Henri IV, il passe pour avoir été le « mieux-disant » du royaume, ses vers ont été loué par Ronsard lui-même. En 1619, il a 83 ans et, retiré à Loudun, il ressemble à un patriarche bienveillant. La décision (dont la justification est passée sous silence dans les registres municipaux) de convoquer la plume et donc l’image de Scévole colore la figure du siège d’une nuance d’unanimisme civique et confirme au spectateur du tableau de 1619 que la ville de Poitiers est bien, depuis un demi-siècle, toute à la fois une forteresse de la vraie foi et une communauté politique fidèle à son roi.

Historiciser ou dramatiser la mémoire du siège ?

La question de l’identité urbaine et des modalités de sa représentation et de son expression à l'époque moderne est régulièrement reposée par les travaux des historiens. Clarisse Coulomb a ainsi mis en perspective les conclusions apportées par Myriam Yardeni et Claire Dolan autour des histoires urbaines et de leur rédaction au XVIIIe siècle, montrant à quel point ces textes permettent de lire les représentations du milieu notable qui les produit105. L'essor des travaux plus ou moins érudits, rédigés et parfois publiés à partir des années 1750 rencontre un intérêt renouvelé des auteurs du temps pour l'histoire de la fin du XVIe siècle. Gaël Rideau identifie plusieurs facteurs de ce retour des guerres de Religion106 : la contestation entre les jansénistes et leurs opposants qui « réactive le vocabulaire de la Ligue », le débat sur le statut des protestants qui prend de l'ampleur jusqu'à l'édit de Tolérance de 1787 et enfin l'image du roi Louis XVI présenté en nouvel Henri IV qui remet au présent les préoccupations des années 1590.

A Poitiers, malgré le terreau favorable que constitue un groupe étendu d'officiers, de clercs et d'universitaires, l'écriture et la publication d'une histoire de la ville reste une entreprise inaboutie107. Le bénédictin Dom Léonard Fonteneau ne parvient pas à transformer sa collecte de sources en texte rédigé et ce n'est qu'à partir de 1782 que l'avocat René Antoine Hyacinthe Thibaudeau fait paraître une histoire du Poitou en six volumes. Le siège de 1569 y est longuement décrit dans le chapitre IV du livre V108. Les modalités d’écriture de l’histoire mises en œuvre par Thibaudeau rapprochent le texte des autres histoires de ville produites dans les décennies précédentes. On y retrouve la même héroïsation des événements et la valorisation des grands hommes puis de la ville elle-même ainsi que la mise à distance du merveilleux109. La description des opérations militaires lors du siège prend ainsi une place beaucoup plus importante que les évocations du rôle joué par la Providence110. Thibaudeau clôt la narration du siège de 1569 par la description de la procession de la Saint-Clouaud.

Entre la date du siège et celle de la publication de l’ouvrage de Thibaudeau, cet événement que la ville commémore tous les ans et dont l’image immense surplombe la salle des conseils municipaux ne semble donc faire l’objet d’aucune publication spécifique. L’événement a pu sembler moins significatif que d’autres, la violence y est moindre et son récit ne permet pas une dramatisation faisant des habitants de la ville les martyrs de leur foi comme Jean de Léry pourra le faire pour les protestants assiégés de Sancerre111. La réédition en 1644 des Annales d’Aquitaine de Jean Bouchet112, amplifiée par l’avocat du roi au présidial de Poitiers et champion de la cause catholique Jean Filleau ne comporte pas de mentions du siège. La mémoire des événements ne semble vivre qu’au travers de la procession or, comme nous l’avons déjà constaté pour le XVIIe siècle, les dates anniversaires du XVIIIe siècle ne sont pas investies d'une solennité ou d'une signification particulière. Le registre municipal de 1769 indique que « Le Corps de ville était assemblé pour assister suivant l'usage à la procession qui se fait ce jour autour des murs de la ville pour s'acquitter du vœu ancien113 » sans même plus faire mention de l’événement fondateur de la commémoration. L’histoire est rappelée dans un almanach qui parait à Poitiers à la même date : « En 1569 fut donnée la bataille de Jarnac, où le prince de Condé fut fait prisonnier, l’amiral de Coligny le remplaça dans le commandement des troupes calvinistes, et vint assiéger Poitiers le 14 juillet jusqu’au 7 septembre que M. le duc de Guise lui fit lever le siège »114.

La situation à Poitiers semble donc traduire une neutralisation de la signification originelle et conflictuelle de la perpétuation de la mémoire du siège. Sur la longue durée, la procession du sept septembre se décharge peu à peu de sa dimension de lutte confessionnelle pour devenir un repère de l'identité urbaine. Cette évolution est à interpréter en comparaison avec d’autres exemples dans le royaume. La plupart des villes conservent leurs processions mémorielles sauf celles qui ont fait le choix très tôt d'une amnésie volontaire qui vaut amnistie (Orléans, Sancerre, Le Puy, sur la demande des protestants). Ailleurs, la perpétuation de ce type de commémoration entre en conflit avec la montée progressive d'un discours public qui condamne le fanatisme, dans une perspective voltairienne. Pierre-Jean Souriac décrit et analyse les manifestations de cette tension à Toulouse, en 1762, lorsque les cérémonies de la procession séculaire de la délivrance donnent lieu à une réécriture de l'histoire locale et entrent en résonnance avec l'affaire Calas115. A Poitiers, le déclin précoce de la communauté protestante et l’engourdissement intellectuel des milieux lettrés pourraient avoir contribué à transformer la commémoration en rituel sans enjeux.

Pourtant, la mémoire du siège va resurgir à la fin du XVIIIe siècle sous la forme particulière d’un « drame lyrique à grand spectacle116 ». Dans les années 1780, les guerres de Religion sont devenues un argument prisé pour plusieurs pièces de théâtre à succès : Louis-Sébastien Mercier fait jouer en 1782 une œuvre sur la destruction de la Ligue117 et Marie-Joseph Chénier met sur la scène les événements de la Saint-Barthélemy en 1788118. Le 14 janvier 1785, les membres du corps de ville de Poitiers sont conviés à assister à la première représentation d’une pièce de théâtre intitulée Le siège de Poitiers. Ce « drame lyrique » est l’œuvre d’un écrivain et comédien itinérant, Philippe-Aristide-Louis-Pierre Plancher de Valcour dit Plancher-Valcour, qui gagne sa vie en proposant aux édiles des villes qu’il traverse des pièces de théâtre mettant en scène les gloires et les grands moments de l’histoire locale119. La pièce met en scène le siège de 1569 qu'elle dépeint avant tout comme un moment de gloire pour les "aïeuls" des familles notables de Poitiers120. Les trois actes en vers sont précédés d’une épître dédicatoire adressée « A Messieurs les maire et échevins de la ville ». L’auteur y insiste sur le prestige dont doivent jouir ceux qui occupent les mêmes charges que leurs illustres prédécesseurs qui ont résistés aux assauts des protestants. Lors de la publication de la pièce, financée par le corps de ville, le texte est complété par une : « Notice des familles existantes lors du siège, & qui subsistent encore en Poitou ».

Le projet est à l’initiative de l’auteur, initiative qui rencontre le souhait de François du Tillet, lieutenant général de police de la ville de glorifier les noms des familles poitevines. Tillet est soutenu par Jean-Jacques Allard de la Resnière, érudit local121, qui fournit les données historiques nécessaires à l’auteur122. AIlard de la Resnière est considéré comme l'auteur des nombreuses notes historiques qui accompagnent les vers des 3 actes. Ces notes citent De Thou, D'Aubigné, Liberge et Thibaudeau et inventorient les noms des familles notables toujours représentées dans le Poitou. L'objet imprimé vaut pour l'enjeu social qui est dévoilé dans l’épître dédicatoire : la mise en scène est celle de l'héroïsme des poitevins, valeur présentée comme héréditaire. Le périodique local, les Affiches du Poitou annonce ainsi la représentation du 14 janvier 1785 :

« Est-il bien vrai, M., que nous allons voir paroitre au grand jour la vertu magnanime de nos aïeux ; que leurs noms, revêtus des charmes de la poésie, tirés de la nuit de deux siècle et demi, vont recevoir un nouvel éclat ? O quelle joie pour un cœur vraiment poitevin ! Quel plaisir pour des oreilles patriotiques ! On n'entendra plus réciter parmi nous que les vers où deviendront immortels l'intrépidité belliqueuse des héros de notre ville, la générosité martiale de ses citoyens, la bravoure religieuse des défenseurs de nos temples, le courage inébranlable de chaque assiégé pour son Dieu, son prince, son Pays. S'agira-t-il de l'enflammer pour la juste défense de sa Patrie ? Le père ne citera plus à son fils des hommes étrangers ; ce sera ceux dont il aura reçu le jour, des Poitevins comme lui123. »

La pièce présente au Ier acte, les habitants de Poitiers « peuple de héros » galvanisés par le duc de Guise, certains de leur victoire face aux protestants et ce malgré la défection du baron d’Acier, poitevin catholique converti à la Réforme et parti rejoindre le camp de Coligny. Ce personnage permet à l’auteur de construire le IIème acte autour de ses tourments intimes. Traitre à sa patrie, il craint de devoir tuer sa propre famille à l’issue du siège que Coligny ne veut cesser qu’à la destruction de la ville. D’Acier décide finalement de retourner combattre avec les catholiques mais sa femme est enlevée par les mercenaires de Coligny. L’acte III est celui du combat final, de la ville contre les assaillants et de D’Acier contre Coligny pour reprendre son épouse. La déroute de Coligny est celle du fanatisme, la victoire des Poitevins est celle de la vraie foi et de l’ardeur mis par les habitants à la défendre.

La grandiloquence du lyrisme épique dramatise à l’excès les scènes qui alternent les déchirements des personnages et les tirades à la gloire de Guise, des Poitevins et des catholiques. Pour autant, cette dramatisation des événements liés au siège de 1569 peut agir sur le public autant comme une réactivation des clivages confessionnels (ce qui semble un peu anachronique deux ans avant la signature de l’Édit de Versailles qui rend une identité civile aux protestants du royaume de France) que comme une mise à distance, une confirmation visible pour les spectateurs que tout cela est un jeu théâtral tenu à distance par le temps et la représentation. La pièce est jouée à plusieurs reprise à la fin de l’année 1784 et au début de l’année 1785. Valcour joue le rôle du duc de Guise, mais il est victime de son sujet puisque les étudiants, dont les figures sont valorisées dans la pièce pour leur rôle de défenseurs de la ville, se rassemblent très nombreux dans le public et provoquent des querelles qui obligent le lieutenant-criminel à faire suspendre les représentations.

A la même date, Antoine-Claire Thibaudeau, le fils de l’historien du Poitou, rédige un roman dont le titre provisoire est Les Calvinistes, chronique poitevine, ou le Poitou au seizième siècle124. Le texte ne sera pas publié mais il témoigne de rejeu de la mémoire des guerres de Religion à la veille de la Révolution. Cette mémoire du siège de 1569 subit donc à la fin du XVIIIe siècle un processus d’historicisation qui semble agir comme une mise à distance. Dans un mouvement conjoint, la célébration de la procession persiste mais elle parait, dans les sources, désinvestie de son identité confessionnelle conflictuelle au profit d'une perpétuation de la mémoire de la ville mise en scène comme une communauté héroïque, unie et fidèle à son roi. La « notice » adjointe au texte publié de la pièce de Valcour dévoile l’enjeu social de la représentation. La gloire du siège tenu face à Coligny devient peu à peu un patrimoine familial qui consolide une dignité exercée par des charges publiques.

III – La patrimonialisation de l’événement

Le portrait de la ville assiégée peint par François Nautré en 1619 et jusqu'alors installé dans la salle des délibérations de l'échevinage, est transféré en 1820 au musée de la ville de Poitiers. Cette translation semble prendre acte des changements de sens qui affectent les usages de la mémoire du siège de 1569. La patrimonialisation devient la dernière forme de réécriture de l'événement.

Les antiquaires et les usages de la mémoire locale

La mémoire locale est transformée en histoire érudite par la principale société savante du Poitou, la Société des antiquaires de l’Ouest, fondée autour de Charles Mangon de la Lande en 1834125, soit la même année que les deuxièmes assises scientifiques nationales des sociétés savantes organisées à Poitiers par Arcisse de Caumont. Elle découle de la Société académique d'agriculture, belles-lettres, sciences et arts de Poitiers dont est issue la plupart de ses membres fondateurs. Elle s’inscrit pleinement dans le mouvement de redécouverte de l’histoire locale auquel participent les historiens, les érudits et les notables provinciaux au moment de la Restauration, une génération après les bouleversements de la Révolution126. La dénomination même d’« antiquaires », terme ancien à nouveau en vogue dans les années 1820-1830, réactualisé par son usage anglo-saxon, place la société dans un vaste réseau de compagnies savantes qui se structure à cette époque. La SAO publie des Bulletins trimestriels et, à un rythme plus irrégulier, des Mémoires, qui traduisent les préoccupations intellectuelles et le contexte idéologique dans lesquels évoluent les érudits locaux qui la composent. Exclusivement masculine jusqu’au début du XXe siècle, composée de membres cooptés qui appartiennent, dans un premier temps, à l’aristocratie locale, pour s’ouvrir ensuite au monde universitaire (les facultés de droit et de médecine principalement), à la fonction publique (les conservateurs des archives, des musées et des bibliothèques de la région en font presque tous partie) et au clergé127, la Société s’applique à établir et constituer l’histoire des « pays situés entre Loire et Gironde ». La volonté explicite de circonscrire les contours d’une « identité » locale, les liens avec l’Institut de France, la présence de spécialistes formés à l’Ecole des Chartes, l’évitement prudent des périodes trop récentes conduisent la SAO à privilégier l’archéologie plutôt que l’ethnographie, l’antiquité gallo-romaine, le Moyen Age tardif et la Renaissance.

Dans un tel contexte intellectuel, les événements de l’année 1569 sont un sujet de choix pour les antiquaires de l’Ouest. Le siège, ses péripéties, la résistance de la ville, les conséquences militaires et politiques sont minutieusement analysées dans plusieurs articles128. Au XIXe siècle, le siège fait l’objet d’une lecture généalogiste et conservatrice. Dix-huit ans après la proclamation de la IIIe République, le lieutenant-colonel Léon Babinet, qui présidera un temps la SAO, écrit ainsi que : « Plus que toute autre action de guerre, un siège caractérise les habitants de la ville qui l'a subi. Le courage, la constance à souffrir, le mépris de la mort et, par-dessus tout, la fidélité à la monarchie française et à la religion catholique, telles furent les qualités maîtresses que déployèrent nos ancêtres de 1569. Nous avons de qui tenir ! 129». Ce « Nous » traduit une appropriation de l’histoire locale transformée en mémoire glorieuse d’un groupe délimité, celui formé par les habitants de Poitiers réduits, par métonymie, aux descendants de l’oligarchie municipale.

Dans une même perspective, le travail mené par la famille Beauchet-Filleau est exemplaire de la façon dont se perpétue à Poitiers la notabilité savante locale sous la forme d’une circulation close sur elle-même des critères de distinction et de reconnaissances. En 1846, Henri Beauchet-Filleau, membre de la SAO, publie chez Létang, un éditeur poitevin, une version commentée du texte de Marin Liberge sur le siège de 1569 avec un apparat critique qui identifie en particulier tous les noms mentionnés par l’auteur dans la liste des défenseurs de Poitiers130. Il cite ainsi, parmi d’autres, le nom du capitaine Allard et précise : « Cette famille subsiste en Poitou. M. Allard de la Resnière, avocat à Poitiers et M. Allard, professeur en droit en l'université de cette ville, descendent du gouverneur de Parthenay131 ». L’œuvre principale d’Henri Beauchet-Filleau, qu’il fait paraître à partir des années 1840, est un « Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou » qui sera continué par ses descendants. Dans l'édition de 1965, à l'entrée consacrée à la famille Légier de la Sauvagère, les auteurs indiquent dans la notice consacrée à Philippe Légier, comme attestation de son appartenance aux familles notables du Poitou : « il était présent comme volontaire au siège de Poitiers en 1569 (MSAO 1888 p. 610)132 ». Cette référence renvoie à l'article déjà cité de Léon Babinet sur le siège de 1569, publié par la SAO avec en annexe une « Liste alphabétique des personnages nommés avec quelques renseignements ». Dans cette liste, parmi d’autres patronymes, le nom du professeur de droit François de Lauzon, maire de la ville en 1573 et présent à Poitiers lors du siège de 1569, est suivi de la précision : « Cette famille, l'une des plus anciennes et des plus honorables du Poitou, est encore représentée de nos jours dans cette province ». Jusqu'au deuxième tiers du XXe siècle, la présence d'un ancêtre au siège de la ville vaut, dans le milieu des érudits catholiques locaux, brevet de notabilité. Ce cercle étroit d’érudits localement installés dans des positions d’éminence sociale met en place à une forme de privatisation de cette mémoire. Dès lors, écrire l’histoire de la ville et de sa famille sont des gestes entremêlés, comme ils l’étaient déjà pour les échevins du XVIIIe siècle.

L’ambition première de la SAO reste de contribuer à décrire et historiciser une identité locale jamais clairement définie133. Pour cela, les épisodes glorieux forment comme des pierres angulaires sur lesquelles construire un édifice intellectuel fait de héros et de gestes qui expriment un caractère « régional ». Cette conception de l’histoire rejoint souvent les projets des édiles locaux. A Poitiers, à la fin du second empire, la municipalité décide la construction d’un nouvel hôtel de ville134. Le bâtiment municipal est édifié entre 1869 et 1875 sur la place principale du centre de la ville. Il suit les plans de l’architecte Antoine-Gaétan Guérinot qui a opté pour le style Renaissance, en pierre de Chauvigny. Il s’agit de donner à la ville un monument qui accueille et célèbre à la fois le pouvoir municipal et l’histoire locale car le bâtiment doit abriter également le musée de la ville et les locaux de la société savante. A cet effet, le maire de Poitiers, Louis-Olivier Bourbeau consulte en 1867 ou 1868 messieurs de Longuemar, Lecointre-Dupont, Brouillet et Ménard, membres de la SAO. Les érudits poitevins sont sollicités pour concevoir un projet décoratif visant à valoriser l’histoire de la ville et les gloires locales. Dans un rapport remis au maire, ils défendent l’idée que : « l’Hôtel de Ville de la cité, capitale d’une telle province, devrait, selon nous […] rappeler le souvenir des faits les plus saillants, des personnages les plus remarquables. Ce serait le rôle à remplir par la sculpture au dehors, par la peinture au-dedans135 ». Le projet est très détaillé, des bas-reliefs et des statues doivent montrer sur la façade postérieure du bâtiment, qui est celle du musée, les épisodes et les figures de l’histoire locale : le retour d’exil de saint Hilaire en 360, la victoire de Clovis en 507, celle de Charles Martel en 732, le passage de Jeanne d’Arc en 1429, le siège de 1569, les Grand Jours de 1579 ainsi que les évêques de Poitiers saint Hilaire, et Monseigneur de la Rocheposay, les maire Soronet, Regnauld Le Bascle et De Razes. Le siège de 1569 est donc particulièrement valorisé puisqu’il fait l’objet d’un bas-relief et d’une statue, Joseph Le Bascle étant le maire de l’année 1569. En outre, les figures du même Le Bascle et de Scévole de Sainte-Marthe sont proposées comme sujet des décors peints des salles intérieures.

Pris dans la conjoncture de la défaite de 1870, ce vaste projet ne sera finalement pas financé. Les décors ne seront réalisés que partiellement pour ce qui concerne le programme iconographique intérieur. Puvis de Chavannes réalisera deux décors peints pour l'escalier d'honneur, figurant sainte Radegonde et Charles Martel, le peintre Jean-Baptiste Brunet représentera Du Guesclin délivrant Poitiers des Anglais en 1372 au plafond du salon d’honneur et Scévole de Sainte-Marthe apparaîtra en médaillon dans l’escalier d’honneur. Les membres de la SAO avaient pressenti que leur vision était trop ambitieuse : « Ces diverses propositions peuvent, sans aucun doute être modifies d’après une étude plus approfondie, et d’après l’étendue des ressources pécuniaires dont on pourra disposer », mais leur plaidoyer dévoile nettement leur conception de l’histoire ; « nous croyons que leur exécution, totale s’il est possible, partielle au moins, si on ne pouvait faire autrement, contribuerait à donner à l’hôtel de ville de Poitiers, le caractère d’illustration locale, que plusieurs villes, et notamment Orléans, ont cherché à donner au leur136 ».

Trois siècles après, l’événement est donc instrumentalisé pour servir de marqueur de « l’identité » locale. Il est difficile de faire la part des significations qui y sont projetées : la vaillance des habitants de Poitiers, leur ténacité, leur fidélité au roi et à la foi catholique, leur résistance face à l’ennemi. Mais quel ennemi ? Le siège de 1569 permet de confondre en une seule figure négative l’étranger et l’hérétique, deux catégories qui ont connu d’importantes transformation de sens et d’incarnation. S’ils avaient été réalisés, les bas-reliefs du musée des beaux-arts auraient pris, après la défaite face aux Prussiens, une autre coloration. Le projet inabouti ambitionne surtout d’établir une équivalence entre le passé et le présent et d’affirmer que la grandeur et les valeurs associées aux événements représentés sont inscrites dans la pierre comme elles sont inscrites dans la nature même de la ville et de ses habitants.

Les derniers usages politiques de la mémoire du siège

La procession de la Saint-Clouaud ne survit pas à la Révolution, contrairement à son modèle, la procession du miracle des clefs. Le 7 septembre 1790, le secrétaire retranscrit la dernière convocation du maire adressée aux « officiers municipaux notables […] pour assister suivant l’usage à la procession qui se fait tous les ans à pareil jour autour des murs de la ville pour s’acquiter d’un vœu […] ». Le parcours habituel est ensuite minutieusement décrit, jusque dans les aléas du temps : « MM le Maire et Barbier l’ont [l’image de la vierge, i.e. la statue de Notre-Dame des clefs] portée jusqu’à l’Eglise de St Etienne d’où deux sacristains l’ont ensuite portée en faisant le petit tour de cette ville attendue la pluie continuelle […]137 ». Les références à la procession disparaissent ensuite dans les sources. Elle n'est pas mentionnée dans le recueil de souvenirs du recteur de Poitiers Louis-François-Marie Bellin de la Liborlière138 qui inventorie minutieusement toutes les traces de l'ancien régime disparues ou retrouvées après la Révolution. Surtout, elle n’apparaît plus, au XIXe siècle, dans les archives municipales, alors que la procession du miracle des clefs fait l’objet d'une restauration volontariste et scrupuleuse dès les premières années de la restauration. Le 11 avril 1816, le préfet de la Vienne retourne une réponse favorable à la demande faite par le curé et les marguilliers de Notre Dame, le maire de Poitiers et le grand vicaire du diocèse afin de rétablir « la Cérémonie pieuse, pratiquée depuis l'an 1200, et ce en Commémoration du miracle opéré à cette époque par l'intercession de la sainte vierge, qui préserva d'une trahison la ville de Poitiers, et la Conserva à son Roi légitime ; Considérant que la Sainte union de la Religion et de la légitimité du droit de nos Rois ne sauraient être trop solennellement consacrée, et que ce mémorable anniversaire rend hommage à ce double principe, arrête : la fête dite du manteau de la Saint vierge, supprimée par la fatale révolution de 1789, est rétablie et aura lieu annuellement le jour de Pâques de chaque année139 ».

L’absence de mobilisation autour de la procession commémorative du siège pose de nouveau la question de la signification dont elle est investie. Dans la plupart des villes où une telle cérémonie est instituée, les événements des années 1790-92 mettent un terme définitif à des solennité qui semblent trop représentatives de l’ancien régime140. A Poitiers comme ailleurs, la signification implicitement anti-protestante de la célébration de la Saint-Clouaud est sans doute trop visible, elle ne peut pas être effacée par l’autre message que porte la cérémonie, celui de la réaffirmation de la fidélité de la ville au roi et à la foi catholique. Poitiers devient, à la fin du XIXe siècle, une ville administrée par une municipalité républicaine ; en 1887, le maire Jean-Jules Thézard, fera interdire la procession du miracle des clefs141.

Puisque la procession disparaît, les supports visibles de la mémoire du siège se déplacent. L’odonymie devient l’enjeu des querelles politiques locales et la municipalité, par le biais des dénominations des rues, instrumentalise l’histoire locale. En 1870, dans le cadre de la rénovation du quartier du nouvel hôtel de ville, une rue adjacente au bâtiment reçoit le nom de Joseph Le Bascle, le maire de 1569. Cette attribution compense l’abandon du projet ornemental qui prévoyait une statue et un portait peint de celui qui incarne la ténacité du pouvoir municipal. De façon plus inattendue, le boulevard nouvellement créé pour accéder au coteau est, face au centre-ville de Poitiers, reçoit en 1875 le nom de Coligny. De fait, c’est en haut de ces falaises, sur le site dit « des dunes », que l’amiral avait installé son camp en 1569, mais le choix d’honorer ainsi un ennemi de la ville pose question142. Ce choix reflète le contexte politique local143. A cette date, le conseil municipal, avec à sa tête le maire Arsène Orillard, est majoritairement républicain. Face à lui, dans une opposition politique et cléricale, l’évêque de Poitiers, Monseigneur Pie, mobilise la communauté catholique au travers de cérémonies publiques démonstratives. Installé sur le siège épiscopal depuis 1849, il réussit en 1875 à faire ériger, sur le ce même site des dunes, une imposante statue de la vierge bénissant la ville. Cette œuvre monumentale est érigée grâce à une souscription lancée par l’évêque, en expiation de la défaite de 1870. Le quartier des dunes est alors en pleine restructuration avec la construction des nouvelles casernes. Au pied de la statue, monument du catholicisme légitimiste et ultramontain, passe un boulevard que la municipalité décide donc de baptiser du nom de l’amiral protestant tué lors de la Saint-Barthélemy. Dans un retournement complet de l’usage du passé, la municipalité rappelle la mémoire du siège non plus pour honorer la ténacité de la ville mais pour subvertir le message spirituel du catholicisme royaliste.

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Figure 5 :

carte postale sans date montrant le boulevard Coligny à Poitiers, Artaud père et fils, Nantes

Archives départementales de la Vienne, 5 Fi 2742

La municipalité de la fin du XIXe siècle est marquée par un engagement républicain opportuniste qui défend et applique un programme culturel ouvertement anticlérical. La laïcisation de l’espace public est menée par l'avocat Raymond Duplantier, membre du conseil municipal144. Il s'agit, selon lui, de retirer de la ville : « le souvenir d'un passé néfaste et dangereux » et d'enlever ces noms qui évoquent « ces temps d'intolérance et de superstition où Poitiers, courbé, comme le reste de la France, sous le joug infamant des prêtres et des nonnes, comptait cinq chapitres, vingt-quatre paroisses, huit chapelles, onze monastères d'hommes, quinze communautés de femmes...145 ». Lors de la délibération du 27 juillet 1900, il propose ainsi de rebaptiser plusieurs rues avec les noms d’Aliénor, la comtesse du Poitou « dégagée des préjugés du temps », ceux de Rabelais, Descartes, Renaudot mais aussi de Gambetta, Ferry ou Carnot. Il propose même le nom d’Urbain Grandier pour la place de la cathédrale. Dans une même perspective, Scévole de Sainte-Marthe se voit attribuer une rue étroite proche de l’église Notre-Dame-la-Grande au motif qu’il convient d’honorer « l'adversaire des ligueurs146 ».

La mise en tourisme de l’événement

Au cours du XIXe et du XXe siècle, le récit du siège s'insère dans un corpus de textes constitués par la rencontre entre la médiation patrimoniale et culturelle, le discours touristique et l'érudition locale. Dans cette perspective, la parution en 1851 de l’ouvrage intitulé Le guide du voyageur à Poitiers147, écrit par l’historien local et collaborateur d’Henri Beauchet-Filleau, Charles de Chergé, constitue une étape importante dans l’évolution du regard porté sur les vestiges et leur transformation en objet de patrimoine touristique. Les lieux des combats les plus identifiables sont transformés en étapes remarquables du parcours touristique qui se met progressivement en place dans la ville. Les cartes postales reproduisent ainsi les photographies de la fontaine du Pont Joubert148, érigée après le siège (peut-être en 1705) en hommage à la protection mariale dont la ville a bénéficié et celles de la « cuirasse de l’amiral », rocher saillant sur le coteau des dunes où Coligny est censé s’être abrité pour pouvoir observer la ville sans s’exposer à l’artillerie des défenseurs catholiques. Jusqu’aux années 1950, ce rocher est décoré d’une statue (vraisemblablement une sculpture antique) qui signale le lieu.

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Figure6 :

carte postale sans date montrant le pont Joubert et le coteau des Dunes à Poitiers, cliché Jules Robuchon, Nantes

Archives départementales de la Vienne, 5 Fi 2096

La mise en tourisme149 impose donc une spatialisation de l’événement et son incarnation dans les différents sites du siège. Le regard porté est dégagé des enjeux mémoriels clivants. Le siège de 1569 n’est pas utilisé comme le lieu d’un martyr protestant ou catholique, il est un fait historique et devient le support d’anecdotes pittoresques reprises dans la presse régionale. Les dates anniversaires et les saisons touristiques induisent une réitération régulière de l’évocation du siège de 1569. La Nouvelle République du Centre-Ouest évoque à 16 reprises l’événement entre 2010 et 2019. L’office du tourisme de la ville propose une visite de Poitiers au temps des guerres de Religion150. Le site des Dunes est équipé par les services municipaux d’un pupitre explicatif.

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Figure 7 :

Pupitre explicatif à visée touristique installé sur le belvédère des dunes, boulevard du colonel Barthal

Mairie de Poitiers, vers 2018

Ce support à visée touristique reproduit le tableau de Nautré. La vue cavalière de la ville en 1569 imaginée en 1619 se superpose au panorama de la ville. Elle sert désormais de vignette illustrative pour de nombreux supports liés à l'histoire de la ville : affiches, couvertures d'ouvrages, cartes postales, etc. A l’été 2019, le 450e anniversaire de l’événement conduit la Médiathèque de Poitiers à proposer une exposition à partir des archives disponibles dans ses fonds patrimoniaux151. A cette occasion, des étudiants de l’IUT de Poitiers ont réalisé une reconstitution numérique en trois dimensions de la ville de Poitiers au XVIe siècle à partir du tableau de 1619, sur le modèle du jeu Minecraft.

Conclusion

Comme dans d’autres villes du royaume, le siège de 1569 produit des narrations multiples : textes, vers, chansons, gestes, images. Elle conduit les pouvoirs urbains à instituer un rituel civique qui contribue à souder une communauté urbaine et à enrichir une mémoire locale. Dans ce cas précis, le rituel de commémoration, la procession annuelle, est absorbée par l’autre procession mémorielle communale voire municipale qui transpose et impose son interprétation du siège : Poitiers est une ville loyale au roi qui résiste vaillamment aux assauts de ses ennemis.

Mais d’autres objets porteurs de la mémoire des événements, le tableau, le théâtre, montrent que sous cette lecture politique du siège, les déchirures entre protestants, catholiques modérés et ultra-catholiques ne sont pas estompées. En 1785, la caricature de Coligny en chef de guerre cruel est un topos polysémique : par sa bravoure, Poitiers a résisté à un ennemi méprisable et le public de la salle de jeu de paume où la pièce est représentée peut se réjouir de cette vaillance, mais l’élite urbaine qui a financé la publication du texte peut aussi réaffirmer en sous-main son identité catholique. Cette lecture-là est démagnétisée par la Révolution puis remobilisée, à contre-sens, par la municipalité devenue républicaine au cours du XIXe siècle. Ultime avatar de la mémoire, le patrimoine local n’est pas pour autant un objet neutre, et la mise en tourisme n'est pas une forme dégradée de la mémoire, elle semble plutôt constituer ici la version grand public d'une persistance longue de l'événement.

Notes

1 Bénédicte Tratnjek, « Un lieu en guerre : Sarajevo (1992-1995) », https://aggiornamento.hypotheses.org/2128.

2 François-Xavier Nérard, « Les cimetières mémoriaux de Leningrad : l’impossible deuil ? », dans David El Kenz, François-Xavier Nérard (dir.), Commémorer les victimes en Europe (XVIe-XXIe siècles), Seyssel, Champ Vallon (coll. « Époques »), 2011, p. 197-214.

3 Jean-Raymond Fanlo, Pascal Julien et Wolfgang Kaiser, « Présentation » dans Gabriel Audisio (dir.), Prendre une ville au XVIe siècle, Aix-en Provence, Publications de l’Université de Provence, 2004, p. 9.

4 Antoine Coutelle, « Espace urbain et commémoration à Poitiers au XVIIe siècle : la procession généralle en mémoire du siège levé par ladmiral devant ceste ville », dans Terres marines. Etudes en hommage à Dominique Guillemet, Rennes, PUR, 2005, p. 207-212 ; Symphorienne Suaudeau, « L’histoire en mots et en images : les représentations du siège de Poitiers par Coligny en 1569 », Mémoire pour le diplôme de Master 1 sous la direction de Denise Turrel, Université de Poitiers, 2007 ; Guilhem de Corbier, « Se souvenir du siège de Poitiers à l’époque moderne. Mémoires écrites, visuelles, sonores et mobiles de l’événement », communication au colloque « Se souvenir des guerres de Religion à l’époque moderne », organisé à l’Institut protestant de théologie de Montpellier par Chrystel Bernat, Tom Hamilton et David van der Linden, du 6 au 8 septembre 2018, à paraître. Je remercie Guilhem de Corbier pour ses indications concernant les sources sur le siège de 1569.

5 Pierre-Jean Souriac, « Guerres religieuses, histoire et expiation : autour de l’émeute toulousaine de mai 1562 », Chrétiens et sociétés, 20 | 2013, p. 31-62, citation p. 32.

6 Jean Hiernard et Jacques Pasquier, Le siège de Poitiers en 1569, La Crèche, Geste éditions, 2018.

7 François Nautré, le siège de Poitiers par Coligny en 1569 (1619), Poitiers, Musées de Poitiers, 2017.

8 Ibidem, p. 44.

9 Ariane Boltanski, « « Dans cette bataille, tomba et fut écrasée la tête du serpent ». Les usages idéologiques de la mort du prince de Condé dans le camp catholique », dans Ariane Boltanski, Yann Lagadec et Franck Mercier (dir.), La bataille : du fait d'armes au combat idéologique, XIe–XIXe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes (PUR), coll. « Histoire », 2015, p. 123-141.

10 Jean Hiernard, « Le siège de Poitiers (1569) d'après quelques sources allemandes inédites ou peu connues », Revue Historique du Centre Ouest (par la suite RHCO), tome VI, Poitiers, Société des antiquaires de l’Ouest, 2007, p. 91-116, citation p. 102.

11 Jean-Pierre Andrault, « Poitiers à l’âge baroque. Une capitale de province et son corps de ville », Mémoire de la Société des antiquaires de l’Ouest (par la suite MSAO), 5ème série, tome IX-X, Poitiers, Société des antiquaires de l’Ouest, 2003, p. 149-152.

12 Nicolas Le Roux, Les guerres de Religion 1559-1629, Paris, Belin, 2009 ; Arlette Jouanna, Jacqueline Boucher, Dominique Biloghiet et Guy Le Thiec, Histoire et dictionnaire des guerres de Religion, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1998.

13 Parmi d'autres : Rouen en 1562, Saint-Denis en 1567, Auxerre et Chartres en 1568… Nicolas Le Roux, Les guerres…, op. cit. p. 61-112.

14 Le texte de Jean Hiernard et Jacques Pasquier propose un récit du siège jour par jour sur 33 pages. Jean Hiernard et Jacques Pasquier, Le Siège…, op. cit., p. 14 à 47.

15 Pierre Dez, Histoire des Protestants et des églises réformées du Poitou, La Rochelle, 1936, p. 117-121.

16 Gaston Dez, Histoire de Poitiers, Poitiers, MSAO, 1969, p. 100-101.

17 Robert Favreau (sous dir.), Histoire de Poitiers, Toulouse, Privat, 1985, p. 196.

18 Hilary J. Bernstein, Between Crown and Community. Politics and Civic Culture In Sixteenth-Century Poitiers, Ithaca and London, Cornell University Press, 2004, p. 158.

19 Isabelle Luciani, « D’où « parle » Toulouse ? Le corps urbain entre unanimité municipale et inspiration monarchique, XVIe-XVIIe siècle », dans Gabriel Audisio (sous dir.), Prendre une ville…, op. cit., p . 230-246.

20 L’exemple le plus significatif reste la tapisserie commémorant la levée du siège de Dijon par les troupes impériales en 1513, réalisée (à Tournai ?) entre 1515 et 1520. Voir Laurent Vissière, Alain Marchandisse et Jonathan Dumont, 1513. L’année terrible. Le siège de Dijon, Dijon, Editions Faton, 2013.

21 Le siège de Poitiers par Liberge..., nouvelle édition annotée par H. Beauchet-Filleau, Poitiers, Létang, 1846, lettres reproduites p. 206-208.

22 Cette liste, non-exhaustive, est rassemblée d'après les travaux de Jean Hiernard et de Kendall B. Tarte. Les textes sont présentés dans l'ordre chronologiques de leur publication.

23 « Mémoires du Sieur Jean de Mergey Gentilhommes champenois », Nouvelle collection des Mémoires relatifs à l’histoire de rance depuis le XIIIe jusqu’à la fin du XVIIIe siècle par MM. Michaud et Poujoulat, Paris, vol. 9, 1854, p. 555-580.

24 « Mémoires de messire Michel de Castelnau, seigneur de Mauvissière et de Concressaut », Collection complète des mémoires relatifs à l'histoire de France éditée par Claude-Bernard Petitot, 1ère série, vol. 33, Paris, Foucault, 1823.

25 Journal de Guillaume et de Michel Le Riche, avocats du Roi à Saint-Maixent (de 1534 à 1586)... sur les commencements du protestantisme et les guerres de religion..., publié, pour la première fois, et annoté, par A.-D. de La Fontenelle de Vaudoré, Saint-Maixent, Reversé, 1846.

26 Mémoires de Jean d'Antras de Samazan Seigneur de Cornac, éditées par J. de Carsalade du Pont et P. Tamisey de Larroque, Sauveterre-de-Guyenne, Jean Chollet éditeur, 1880.

27 Jean Hiernard, « Le siège de Poitiers (1569) d'après quelques sources allemandes… », op. cit.

28 « Abrégé des opérations de siège que feu le très illustre et très noble prince et seigneur, Messire Wolfgang, comte palatin du Rhin entreprit en l'an 1569 », fonds Wolff de Pommersfelden, cité par Jean Hiernard, « Le siège de Poitiers (1569) d'après quelques sources allemandes… », op. cit.

29 Jean Hiernard, « Le siège de Poitiers (1569) d’après quelques sources allemandes… », op. cit.

30 Discours du succes des affaires passez au siege de Poictiers, depuis le dix-neufiesme jour de juillet 1569, jusques au vingt-uniesme de septembre audit an. Envoyé à Monseigneur de Mandelot gouverneur de Lyon, Paris, chez Marnef, 1569. , in-8.

31 Marin Liberge, Histoire et Ample discours de ce qui s’est faict et passé au siege de Poictiers ; escrit durant iceluy, par homme qui estoit dedans. Et depuis envoyé à un sien amy de la ville d’Angers, à Paris chez Nicolas Chesneau in-8, 72 feuillets, 1569 et à Lyon chez F. Didier et G. Martin, 1569 ? Guilhem de Corbier mentionne une édition rouennaise de la même année, présumée fausse., Réédition à Poitiers chez Pierre Boisateau, in-4° 120 pages, 1570, réédition à Poitiers chez Julien Thoreau, 1621 sous le titre Le Siège de Poictiers et ample discours de ce qui s'y est faict et passé es mois de Juillet, Aoust et Septembre 1569. Réédition augmentée par Henri Beauchet-Filleau et Charles de Chergé, Poitiers, Létang, 1846.

32 Sur les conditions d'écriture du texte de Liberge et des différentes éditions : Symphorienne Suaudeau, « L’Histoire en mots… », op. cit., p. 13-15 et p. 46-54 et Guilhem de Corbier, « Se souvenir du siège… », op. cit. Un Guillaume Bautru de Matras, né à Anger en 1548 et mort à Paris en 1614 est conseiller du roi au Grand conseil.

33 François Le Poulchre de la Motte-Messemé, Les Honnestes loisirs de messire François le Poulchre, Chevalier de l'ordre du Roy…, à Paris, chez Marc Orry, 1587, in-12.

34 « Ce qui toutefois n’est point asseuré pour certain » Marin Liberge, Histoire et ample discours…, op. cit. p. 21.

35 Symphorienne Suaudeau, « L’Histoire en mots… », op. cit., p. 49-53.

36 Christian Jouhaud, « Imprimer l'événement. La Rochelle à Paris » dans Roger Chartier (dir.), Les Usages de l'imprimé, Paris, Fayard, 1987, p. 381-438.

37 Quelques exemples dans un recensement qui ne vise pas à exhaustivité : le siège est mentionné dans Antoine Varillas, Histoire de Charles IX, Paris, Claude Barbin, 1686 ; Simon Goulard, Mémoires de l’Estat de France sous Charles neufviesme contenant les choses les plus notables, faictes et publiées tant par les catholiques que par ceux de la Religion depuis le troisième édict de pacification fait au mois d’aoust 1570…, Henririch Wolf, Meidelbourg, 1577 ; François de Belleforest, Les grandes annales et histoire générale de France, Paris chez G. Buon, 1579, 2 vols.

38 Jacques-Auguste de Thou, Historiae sui temporis, Paris, Mamert Patisson, 1603, 1ère édition ; Jacques-Auguste de Thou, Historiarum sui temporis ab anno... 1543 usque ad annum... 1607..., Paris, Ambroise et Jérôme Drouart, 1606-1609. L'histoire des éditions de l'Histoire de De Thou est assez complexe (voir Claude Grenet-Delisle, « Jacques-Auguste de Thou. Les traductions françaises de ses Historirarum sui temporis libri », Revue française d'histoire du livre, 122-125, 2004, p. 147-174). La version la plus souvent citée est la traduction française imprimée à Londres : Histoire universelle de Jacques-Auguste de Thou, depuis 1543 jusqu'en 1607, traduite sur l'édition latine de Londres [par l'abbé J.-B. Le Mascrier, l'abbé P.-F. Desfontaines e.a.], Londres, 1734 ; Le siège de Poitiers est mentionné dans le livre 5, annexe 6, p. 611 à 623.

39 Pierre-Jean Souriac, « Guerres religieuses… », op. cit., p. 45.

40 Lancelot du Voisin, sieur de la Popelinière, La Vraye et entière histoire des derniers troubles advenus tant en France qu'en Flandres…, 1571, 1ère édition in-8 à Cologne. Le texte fait l’objet de quatre éditions revues et augmentées de l’une à l’autre en 1571, 1572, 1573, 1578-1579. Voir Guilhem de Corbier, Les ouvrages historiques des guerres de Religion de Lancelot Voisin de La Popelinière : élaboration et postérité, Doctorat en histoire moderne sous la direction de Denise Turrel, Université de Poitiers, laboratoire CESCM, soutenu le 15 décembre 2015.

41 Guilhem de Corbier « Se souvenir du siège… », op. cit.

42 Agrippa d’Aubigné, L’Histoire Universelle depuis l'an 1550 jusques en l'an 1601, à Maillé Chez Jean Moussat 1616-1620, 3 vols in-f° (1ère édition). Le siège de Poitiers est évoqué au tome III, p. 108-109.

43 Mentionné par Jean Hiernard dans : « Le siège de Poitiers (1569) d’après quelques sources allemandes inédites... », op. cit.

44 L’Autre chanson joyouse in lingage poetevinea […] do sege mis devant Poeters par l’Admiro, extraite de La Gente poitevinerie, Poitiers, chez Emer Mesnier, 1572 ; rééd P. Gauthier, Niort, Geste éd., 2002, p. 143-149.

45 Les Œuvres de Mes-dames des Roches de Poetiers, Mere et Fille, Paris, Abel l’Angelier, 1578, in-4°.

46 François Le Poulchre de la Motte Messemé, Les Honnestes loisirs de messire François le Poulchre, Chevalier de l'ordre du Roy…, à Paris, chez Marc Orry, 1587, in-12. Sur l’auteur : Brigitte Lourde, « François Le Poulchre de La Motte-Messemé (1547-1597). Des armes aux lettres : la vie d’un gentilhomme poitevin au XVIe siècle », RHCO, tome 2, 1er semestre, Poitiers, Société des antiquaires de l’Ouest 2003, p. 37-81.

47 Les Œuvres de Scévole de Sainte-Marthe, Poitiers chez Jean Blanchet, 1599, in- 8°.

48 Sur les écrits en poitevin de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècles, voir l’introduction de Pierre Gauthier à La gente poitevinrie, recueil de textes en patois poitevin du XVIe siècle publié d’après l’édition de 1572 par J. Pignon d’Artrey, Paris, 1960.

49 Isabelle Luciani, « La province poétique au XVIIe siècle : sociabilité distinctive et intégration culturelle », Revue d'histoire moderne et contemporaine, n° 47-3, Belin, Paris, 2000, p. 545-564 et « La poésie française comme pratique sociale (XVIe-début XVIIe siècle) », Raisons pratiques, n° 14, 2004, p. 45-75.

50 Kendall B. Tarte, Writing Places. Sixteenth-Century City Culture and the Des Roches Salon, Newark, University of Delaware Press, 2007, particulièrement chapitre 4 : « Picturing Poitiers Under Siege », p. 130-166.

51 Marin Liberge, Ample discours de ce qui s’est faict et passé au siège de Poictiers…, édition « reveue et corrigée de nouveau » à Poitiers chez Julien Thoreau, 1621, in-12. Marin Liberge, Liberge compte 100 morts catholiques et 2000 protestants, La Popelinière compte 300 morts catholiques. Aucune source ne vient confirmer ces chiffres.

52 Bernard Gainot, « Le dernier voyage ; rites ambulatoires et rites conjuratoires dans les cérémonies funèbres en l’honneur des généraux révolutionnaires », dans Bourdin, Philippe, Caron, Jean-Claude et Bernard, Mathias (dir.), La voix et le geste, une approche culturelle de la violence socio-politique, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2005, p. 97-113 ; Nicole Loraux, “Mourir devant Troie, tomber pour Athènes : de la gloire du héros à l’idée de la cité”. Gherardo Gnoli et Jean-Pierre Vernant (sous dir.), La mort, les morts dans les sociétés anciennes, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1990, p. 27-43.

53 Généalogie historique de la maison de Chasteigner en Poitou ; dressée sur les pièces justificatives insérées en l'histoire de cette maison, faite par André Duchesne,... sur plusieurs autres chartes anciennes, et ramenée jusqu'ici, d'après les titres originaux, monumens et documens authentiques, par M. Clabault,... Paris, Lottin, 1779.

54 Léon Babinet, « Le siège de Poitiers en 1569, avec table onomastique », Poitiers, MSAO, 1888, p. 463-613. Citation p. 608.

55 Barbara H. Rosenwein, Emotional Communities in the Early Middle Ages, Ithaca, 2006. « Les communautés émotionnelles sont superposables aux communautés sociales (famille, voisinage, parlements, corporations, monastères, etc.) dont elles constituent un aspect ou une façon de les considérer sous l’angle des relations affectives. Les communautés émotionnelles sont donc le fait de considérer un groupe social par la façon qu’il a d’évaluer les émotions, d’en promouvoir certaines, d’en déclasser d’autres, dans les normes qu’il suit quant à la manière dont les émotions doivent être exprimées. Dit autrement, tout groupe de personnes animées par des intérêts et des objectifs communs peut être qualifié de communauté émotionnelle », Damien Boquet, « Le concept de communauté émotionnelle selon B. H. Rosenwein », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], Hors-série n° 5 | 2013.

56 Marin Liberge, Ample discours de ce qui s’est faict et passé au siège de Poictiers…, Paris, Nicolas Chesneau, 1569, 8° ; Lyon, Didier et Martin, 1569, 8° ; édition « reveue et corrigée de nouveau » à Poitiers chez Julien Thoreau, 1621, in-12.

57 Sur les éditions de la Gente Poitevinrie, voir l’introduction de Pierre Gauthier, La Gente poitevinrie…, op. cit., p. 17-18.

58 Archives départementales de la Vienne (par la suite ADV), 1 B 1 313, 1678.

59 Nicolas Le Roux, Les guerres de Religion…, op. cit., p. 112-113.

60 Paul-Alexis Mellet et Jérémie Foa, « Une « politique de l’oubliance » ? Mémoire et oubli pendant les guerres de Religion (1550-1600) », Astérion [En ligne], 15 | 2016.

61 Maïté Recasens, « Entre guerres et paix de Religion : les commémorations urbaines durant les conflits confessionnels français du XVIe siècle », communication au colloque Quand la communauté se déchire. Archives, récits, mémoires au prisme des guerres civiles  (XVIe-XVIIe siècles) (dir. Jérémie Foa et Héloïse Hermant), Madrid, 27 février- 1er mars 2019 ; Valérie Sottocasa, Mémoires affrontées. Protestants et catholiques face à la Révolution dans les montagnes du Languedoc, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004.

62 Sur les processions commémoratives des guerres de Religion, en attendant la publication des recherches de Maïté Recasens, voir les travaux de Gaël Rideau « « Une mémoire réactivée : les guerres de Religion au XVIIIe siècle » dans Pierre Allorant et Noëlline Castagnez, dir., Mémoires des guerres. Le Centre-Val-de-Loire, de Jeanne d’Arc à Jean Zay, Rennes, PUR, 2015, p. 237-251 et « La construction d’un ordre en marche : les processions générales à Orléans au 18ème siècle » dans Gaël Rideau et Pierre Serna, dir., Ordonner et partager la ville (XVIIe-XIXe siècles), Rennes, PUR, 2011, p. 137-154.

63 Marin Liberge, Histoire et ample discours…, op. cit., p. 115-118. L’historien de Poitiers Bélisaire Ledain évoque une procession à l’intérieur de la ville : Bélisaire Ledain, Histoire sommaire de la ville de Poitiers, Fontenay, 1889, p. 154. Il suit sans doute en cela les indications de A.-R.-H. Thibaudeau, sans citer de références : Antoine-René-Hyacinthe Thibaudeau : Abrégé de l'histoire du Poitou, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans cette province, depuis le règne de Clovis jusqu'au commencement de ce siècle…, à Paris chez Demonville et à Poitiers chez l'auteur et chez Giraud, 1782, in-12 (1ère édition), le siège est mentionné au Livre IV [publié en 1784], chapitre IV « Siège de Poitiers par l'amiral Coligny 1569 », p. 267-268 : « Le jour de la Nativité [de la Vierge, le 8 septembre], on fit une procession généralle pour remercier Dieu de la délivrance de la ville. On partit de l’église cathédrale pour aller à celle de Notre-Dame & des Cordeliers ; un grand-vicaire de Poitiers portoit le saint-Sacrement ; le duc de Guise, le marquis de Mayenne son frère, le comte du Lude, Paul Sforce, portoient le poel ou dais ; les conseillers en robe rouges, les autres officiers en robe de Palais, les maires & échevins portoient des torches à la suite des prêtres. La procession étant arrivée à l’église des Cordeliers, la prédication se fit dans les cloitres ; tous les seigneurs y assistèrent. Le sermon ne fut qu’une paraphrase des pseaumes : Levavi oculos meos in montes… Nisi Dominus custodierit civitatem. Le prédicateur excita le peuple à prier Dieu pour ceux qui avoient connu tant de danger en défandant la ville ; il ne désigna personne parce que le duc de Guise lui avoit défendu de le nommer dans son sermon. On fait encore dans la ville une procession le 7 septembre, en mémoire de la levée de ce siège ». La Popelinière est plus succinct sur la célébration de ce qu'il perçoit comme une défaite mais il détaille et discute le contenu de la prédication prononcées au couvent des Cordeliers :« Je vous laisse à penser si les assiegez en furent resjouis et s’ils furent paresseux à louer Dieu, où le prescheur ne particulariza le devoir d’aucun seigneur, ne mesme du duc de Guyse. Ce que plusieurs trouverent estrange. Mais on tient qu’il luy avoit mandé qu’il ne parlast de luy en sorte qui fust, et qu’il attribuast l’heureuse issue de ce siege à Dieu seul, sans que les hommes s’en attribuassent aucune portion ; joint que les moiens qu’ils ont eu de soustenir, semblent plustost divins qu’humains. Ce qui fut trouvé fort bon et merveilleusement chrestien, l’estimans digne d’estre descendu par longue succession des princes et ducs issus de ce grand chef d’armée Godeffroy de Bouillon, lequel avoir chassé les infideles de la terre sainte, estant en l’armée des chrestiens, d’un commun accord esleu roy de Hierusalem ». Lancelot Voisin de la Popelinière, Histoire de France, op. cit. (édition 1581), p. 124.

64 Médiathèque François-Mitterrand de Poitiers (par la suite MFMP), registre des délibérations municipales n° 40, 1571-1572, f° 49.

65 MFMP, Registre des délibérations municipales n°106, 1655-1656, f°63 ; registre des délibérations municipales n°122, 1672-1673, f° 37 ; registre des délibérations municipales n°132, 1689-1690, f°68 et même encore registre des délibérations municipales n° 197, 1790-1791, f° 200-201.

66 MFMP, Registre des délibérations municipales n° 99, 1647-1648, f°54.

67 André Vauchez (dir.), La religion civique à l’époque médiévales et moderne (Chrétienté et Islam) : Actes du colloque de Nanterre, 21-23 juin 1993, Rome, Ecole Française de Rome, 1995, p. 1.

68 Pour une analyse complète des enjeux politiques et spirituels de cette commémoration, voir Hilary Bernstein, Between Crown and Community…, op. cit., Part II, chapter 7, « The Miracle of the Keys and the Urban Historical Tradition », p. 164-185.

69 Par exemple, au XVIIe siècle : « Monsieur le maire a proposé que lundy prochain se doit faire la procession ordinaire au tour de ceste ville, pour la délivrance de la surprise que les Anglois vouloient faire pour rendre actions de grace à Dieu, à la Glorieuse Vierge, St Hilaire et Ste Radegonde protecteurs de ceste ville, où touct le corps de ville doit assister, a prié la compagnie de se trouver ledict iour sur les sept à huict heures du matin en son logis pour se rendre en corps en l’eglise de nostre dame la grande et y commencer la procession et qu’elle a promis faire ». MFMP, Registre des délibérations municipales n°111, 1660-1661, f° 140.

70 MFMP, Registre des délibérations municipales n° 47, 1587-1588, f° 96.

71 Marin Liberge, Histoire et ample discours…, op. cit., p. 75.

72 ADV G 1350, procès (1724-1740).

73 Antoine Coutelle, « Espace urbain et commémoration à Poitiers au XVIIe siècle… », op. cit., p. 211.

74 MFMP, registre des délibérations municipales n° 40, 1571-1572, f° 49. Également Hilary Bernstein, Between Crown and Community…, op. cit., p. 179, note 44.

75 MFMP, Registre des délibérations municipales n°80, 1629-1630, f° 60.

76 MFMP, Registre des délibérations municipales n°97, 1645-1646, f°44. De même en 1647 et en 1649.

77 MFMP, Registre des délibérations municipales n°90, 1639-1640, f° 23, cité par Jean-Pierre Andrault, « Poitiers à l’âge baroque… », op. cit. p.144.

78 La ville d’Auxerre organise des cérémonies exceptionnelles pour le 100ème anniversaire du siège de la ville (1568-1668). Voir Gaël Rideau, « « Une mémoire réactivée… », op. cit., p. 246.

79 MFMP, Registre des délibérations municipales n°110, 1659-1660, f°75.

80 MFMP, registre des délibérations municipales n° 139, 1719-1720, f° 33-34

81 MFMP, registre des délibérations municipales n°150, 1731-1732, f°22 ; registre des délibérations municipales 160, 1740-1741, f°31 ; registre des délibérations municipales n°188, 1780-1782, f°10-11.

82 Adolphe-Stanislas Pesme, « Etude sur l’ancienne enceinte de Poitiers de 1569 », MSAO, 2e série, t. 25, 1901, p. 49-120.

83 Lors des Grands Jours de 1634, les juges parisiens, après avoir tenté d’empêcher les membres du présidial de défiler en robe rouge, s’abstiennent de participer à la procession, par crainte de la confusion. Joël Cornette, La Mélancolie du Pouvoir, Omer Talon et le procès de la raison d’Etat, Paris, Fayard, 1998, p. 180.

84 Pour une description de la confusion politique des années 1610 à Poitiers, voir Jean-Pierre Andrault, « Poitiers à l’âge baroque… », op. cit., p. 20-29.

85 Le détail de la commande, sa motivation exacte, ses initiateurs, sa date restent inconnus.

86 François Nautré (vers 1570 ? - 23 septembre 1625), « maître en l'art des peintures ». Voir Pierre Rambaud, « Notes et documents sur les artistes en Poitou jusqu'au XIXe siècle », Archives Historiques du Poitou, t. XLIII, Poitiers, 1920, p. 37.

87 François Nautré, Figvre et plan de la ville de Poictiers, assiegée en 1569, par Gaspard de Coligni…, 1619, huile sur toile, 365x194 cm, 1619, Musées de la ville de Poitiers.

88 Jean-Pierre Andrault, « Poitiers à l'âge baroque... », op. cit., p. 135.

89 Les armoiries sont redécouvertes sous la patine et la peinture lorsque la toile est accrochée dans les locaux de la Société des antiquaires de l’Ouest en 1851, BSAO, 1852, p. 210-211. Le cadre est vraisemblablement postérieur à la toile de 1619.

90 Philippe Descloux, Figure et plan de la ville de Poitiers, Paris, s. d., 15 p. Service de documentation du Musée Sainte-Croix.

91 Symphorienne Suaudeau, « L’Histoire en mots… », op. cit. p. 99.

92 Daniel Clauzier, « Un tableau entre carte et paysage », dans François Nautré, Le Siège de Poitiers, op. cit., p. 22-37.

93 Bernard Chevalier, « L’éloge de Tours de Francesco Florio (1477). Entre la tradition médiévale et le discours humaniste », et Claude Petitfrère, « Une ville mise en scène : Tours d’après l’iconographie générale des XVIe-XVIIIe siècle », dans Images et imaginaires de la ville à l’époque moderne, Tours, Publication de la Maison des Sciences de la Ville, 1998, p. 66-78 et 175-210.

94 Pierre Monnet, « La ville et la guerre dans quelques cités de l'Empire aux XIVe et XVe siècles : de l'urgence immédiate à la mémoire identitaire », dans Christiane Raynaud (dir.), Villes en guerre, XIVe-XVe siècle : actes du colloque tenu à l'Université de Provence, Aix-en-Provence, 2006, p. 185-223.

95 « Siège de la ville de Chartes par les huguenots en 1568 », anonyme, fin XVIe siècle, musée des Beaux-Arts de Chartes.

96 Préparatifs faicts en la ville de Poictiers, pour la prochaine entre-veue de leurs Majestez. Ensemble le pourparler de Messieurs les princes de Savoye avec la Royne mère du Roy. Et tout ce qui s'est passé à Tours, Lude, Angoulesme et Poictiers, depuis le 15 juin jusques à présent, chez Sylvestre Moreau, à Paris, 1619, in-4°. La médiathèque de Poitiers possède un exemplaire à la côte DR 57 (4).

97 Entrée royalle faite en la ville de Poictiers au très chrestien roy de France et de Navarre, Louys XIII, et à la Royne sa mère. S'y trouvant ensemble pour pacifier les troubles de son royaume, et tout ce qui s'y est passé à ce sujet. Avec les préparatifs et descriptions des portiques dressez à la royalle, figures, tableaux, devises, anagrames et emblesmes qui ont estez mis et posez sur les portes, et en divers endroits de ladite ville, Edité par jouxte la coppie imprimée à Poictiers, à Paris par Charles Pignon, 1619, in-4° [MFMP, DR 57 (9)]. Récit véritable de tout ce qui s'est faict et passé en la ville de Poictiers, pour la prochaine entrée de leurs majestez. Ensemble le pourparler de Messieurs les princes de Savoye avec la Royne mère du Roy, chez Sylvestre Moreau, à Lyon, suyvant la coppie imprimée à Paris, 1619, in-8 [MFMP, CP8-Récit].

98 Jean-Pierre Andrault, « Poitiers à l’âge baroque… », op. cit., p. 47.

99 MFMP, Registre des délibérations municipales n°74, 1619-1620, f° 31.

100 Jean de la Ruelle est le beau-frère et l’exécuteur testamentaire de Scévole de Sainte-Marthe. Voir l’introduction de Jean Brunel dans Scévole de Sainte-Marthe, Œuvres complètes, Genève, Droz, 4 vols, 2010-1015, vol. I, p. XIII-LVI.

101 L’identification des vers est faite dans Pierre Souty, « Les guerres civiles dans les sonnets de Scévole de Sainte-Marthe, BSAO, 1921, p. 612-620.

102 Transcription : « Ces portaux desmolis, ces murs que je redresse / Servent d’un monument à la postérité, / De la rebellion et de l’impiété, / Qui du prince & de Dieu mesprisa la hautesse. / Mais du grand Dieu la main justement vangeresse / Desnua de pouvoir son infidélité. / Et comme un fier torrent d’un roc est limité, / J’arrestay le dessein de la bande traistresse. / Voilà pourquoy j’appens très humblement ce vœu / A l’immortel honneur de ce Tout-Puissant Dieu, / Qui fit ma sauveté la sauveté commune / Afin de tesmoigner que par son bon secours / De l’ennemy commun j’ay arresté le cours, / Et qu’en rompant mes murs il rompit sa fortune. ». Scévole de Sainte-Marthe, Œuvres complètes, Genève, Droz, 4 vols, 2010-1015, vol. III, p. 387-388.

103 « On voyait, dit Thibaudeau, l'état des troupes qui étaient dans la ville sur un tableau qui a longtemps été exposé dans la sacristie des Cordeliers, et que ces religieux ont encore (1784) dans leur couvent ; ce tableau a été fait en 1610, sur un plus ancien encore qui périssait de vétusté ». Ce tableau passe pour avoir été longtemps conservé dans le château de Cissé. Le siège de Poitiers par Liberge..., nouvelle édition annotée par H. Beauchet-Filleau, op. cit. p. 211.

104 Sur les rapports entre le texte et l'image sur les représentations des villes assiégées, voir l'exemple des tapisseries flamandes de la fin du XVe siècle qui peuvent servir de modèle, par exemple : « Louis XI levant siège de Dole en 1477 », tenture du cycle de la Vie de saint Anatole de Salins, Bruges, 1502-1506, Paris, Musée du Louvre, inv. 0A6705 bis. A titre de comparaison, les mêmes événements (résistance au siège des armées protestantes de Condé) à Chartres en 1568 produisent des processus de commémorations identiques : procession, statue miraculeuse de « Notre-Dame de la Brèche », réalisation d'un tableau-portrait de la ville et inscription dans l'espace public de vers dédiés à la résistance de la ville. Ces hexamètres latins, rédigés par un conseiller au présidial de la ville, Jean Grenet, sont gravés sur une pierre installée, sur décision du Corps de ville, à l’endroit de la brèche miraculeuse, quelques semaines à peine après la levée du siège. André Sanfaçon, « Événement, mémoire et mythe : le siège de Chartres en 1568 » dans Claire Dolan, Evénement, identité et histoire, Lille, Éditions du Septentrion, 1991, p. 188-204.

105 Clarisse Coulomb (dir.), « Histoire des villes », Histoire urbaine, 2010 /2, n28 ; Myriam Yardeni, « Histoires de villes, histoires de provinces et naissance d'une identité française au XVIe siècle », Journal des savants, 1993, n°1. p. 111-134 ; Claire Dolan, « L'identité urbaine et les histoires locales publiées du XVIe au XVIIIe siècle en France », Canadian Journal of History, XVII, 1992, p. 227-298. Voir également Elie Haddad, « Les histoires provinciales du royaume de France : une approche de la culture des officiers moyens aux XVIIe-XVIIIe siècles », dans Michel Cassan (dir.), Offices et officiers moyens en France à l'époque moderne. Profession, culture, Limoges, PULIM, 2004, p. 289-324. Voir encore les travaux déjà cités d'Hilary Bernstein.

106 Gaël Rideau, « Une mémoire réactivée... », op. cit., p. 237-239.

107 Régis Rech, « Écrire l’histoire du Poitou au XVIIIe siècle. Une entreprise inachevée ? », RHCO, t. II, 1er semestre 2003, Poitiers, Société des antiquaires de l’Ouest, 2004.

108 René Antoine Hyacinthe Thibaudeau, Abrégé de l'histoire du Poitou…, op. cit., Livre IV, chapitre IV « Siège de Poitiers par l'amiral Coligny 1569 », p. 207-269.

109 Gaël Rideau, « Une mémoire réactivée... », op. cit. p. 241.

110 Cet indicateur se retrouve dans l’histoire de Chartres publiée en 1786 par Guillaume Doyen. L’intervention miraculeuse de la Vierge lors du siège par les protestants en 1568 y est présentée comme un appui aux opérations militaires. Guillaume Doyen, Histoire de la ville de Chartres, du pays chartrain et de la Beauce, chez Regnault, Chartres & Paris, 1786, 2 volumes.

111 Jean de Léry, Histoire memorable de la ville de Sancerre contenant les entreprinses, sieges, approches, bateries, assaux et autres efforts des assiegans…, s. l. 1574.

112 Les Annales d’Aquitaines… par Jean Bouchet…, Poitiers chez Abraham Mounin, 1644.

113 MFMP, Registre des délibérations municipales n°183, 1769-1773, f°40.

114 Almanach de Poitou, pour l’an de grâce mil sept cent soixante-neuf, Poitiers, Jean Faulcon l’aîné, 1769, non paginé.

115 Pierre-Jean Souriac, « Guerres religieuses... », op. cit., p. 59 ; Gaël Rideau, « Une mémoire réactivée... », op. cit., p. 250.

116 Les jésuites qui ont installés à Poitiers le plus important établissement de la compagnie pour l’Ouest du royaume ne semblent pas s’être saisi de cet épisode historique pour en faire le thème de l’une des représentations jouées par les élèves à la fin de chaque année scolaire lors de la remise des prix. Contrairement à ce qui se pratique dans les grands établissements de la Compagnie, comme à Lyon, les pièces jouées ne tirent pas leur sujet de l’histoire de la ville, du moins pour les exemples connus au XVIIe siècle. C’est en 1750 que les jésuites de Poitiers montent une œuvre intitulée Amalfroy, frère de sainte Radegonde, mais l’argument n’évoque pas les liens entre la sainte et Poitiers.

117 Louis-Sébastien Mercier, La destruction de la Ligue, ou la reduction de Paris, s.n., à Amsterdam 1782, in 8.

118 Marie-Joseph de Chénier, Charles IX ou La Saint Barthélémy, tragédie en 5 actes…, s.n. à Paris, 1788.

119 Valcour a produit, dans les même conditions une Jeanne d'Arc ou la Pucelle d’Orléans, joué à Orléans le 24 juin 1784 et Le Siège d'Angers sous Charles le Chauve, joué à Angers le 2 février 1788. Il s'agit à chaque fois de mettre en scène l'héroïsme locale et d'obtenir, pour cela, le financement de la pièce par les autorités municipales.

120 Plancher-Valcour, Le Siège de Poitiers, drame lyrique en trois actes, en vers, à grand spectacle, représenté pour la première fois à Poitiers le 14 janvier 1783, A Poitiers, de l'imprimerie de Michel-Vincent Chevrier, 1785, in-8.

121 Il est ainsi l’auteur de : Errata de l'Abrégé de l'histoire du Poitou, ou Lettres à M. Thibaudeau, suivies d'un petit commentaire. Par M. ***, poitevin, imprimé chez Duclos, Poitiers, 1783.

122 Henri Clouzot « L’Ancien théâtre en Poitou », MSAO, Tome XXIV, Poitiers, Société des antiquaires de l'Ouest, 1900, p. 323-328.

123 Henri Clouzot, L'Ancien théâtre en Poitou, Niort, Clouzot, 1901, p. 173.

124 Le texte manuscrit, composé de plusieurs centaines de feuillets non classés, est conservé à la médiathèque de Poitiers sous la cote Ms 363 (408).

125 Olivier Portain, La Société des Antiquaires de l'Ouest gardienne de la mémoire du patrimoine bâti dans le Centre Ouest français : (1832 - 1911), Mémoire de Master, Université de Poitiers, 2005.

126 Jean-Pierre Chaline, Sociabilité et érudition : les sociétés savantes en France, XIXe-XXe siècles, Paris, Editions du C.T.H.S, 1998 et Françoise Bercé, « Arcisse de Caumont et les sociétés savantes », dans Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, t. 1, La Nation, Paris, réédition Quarto-Gallimard, 1997, p. 1545-1573.

127 A titre d’exemple, et à défaut d’une étude détaillée sur la composition sociologique de la société, la composition du bureau en 1880 peut être utilisée comme un indice de ce recrutement : « Président, M. C. Arnault de la Ménardière, professeur à la Faculté de droit, bâtonnier de l’ordre des avocats ; Vice-Président, M. de la Marsonnière, ancien procureur général, membre du conseil de l’ordre des avocats à la cour d’appel ; Secrétaire, M. de la Bouralière ; Vice-secrétaire, M. Bonvallet, agent supérieur de la Compagnie du chemin de fer d’Orléans ; Questeur, M. Ledain, ancien conseiller de préfecture ; Trésorier, M. Charles Barbier, bibliothécaire adjoint de la ville ; Bibliothécaire, M. Rédet, ancien archiviste du département. » BSAO, t. II, 2e série, 1880, p. 3.

128 Emile-Victor Foucart, « Rapport sur la relation du siège de Poitiers en 1569, par Liberge », Poitiers BSAO, 1835, p. 39-44 ; Léon Babinet, « Le siège de Poitiers en 1569, avec table onomastique », Poitiers, MSAO, 1888, p. 463-613 ; abbé Ch. Courteaud, « Notices sur des capitaines italiens venus au siège de Poitiers en 1569 », BSAO, 2ème série, t. V, 1889-91, p. 343-348 ; Léon Babinet, « Épisodes de la troisième guerre civile en Poitou, 1569 », MSAO série 2, Time 16, 1893, p. 111-200 ; Adolphe-Stanislas Pesme, « Étude sur l'ancienne enceinte de Poitiers de 1569 », MSAO, série 2, Tome 25, 1901, p. 49-120 ; Jean Hiernard, « Le siège de Poitiers (1569) d'après quelques sources allemandes inédites ou peu connues », Revue Historique du Centre-Ouest, Tome VI, 2007, p. 91-116.

129 Léon Babinet, « Le siège de Poitiers en 1569… », op. cit., p. 536.

130 Idem, notes de fin 136 à 195, p. 260-277

131 Idem, p. 275.

132 Henri Beauchet-Filleau et alii, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou par H. Beauchet-Filleau et feu Ch. de Chergé, Poitiers, Oudin, 1891-1979, vol. V, p. 748.

133 Odile Parsis-Barnubé, La province antiquaire. L’invention de l’histoire locale en France (1800-1870), Paris, éditions du C.T.H.S., coll. « Histoire », 2011.

134 Anne Benéteau-Péan, Grégory Vouhé, Un Louvre Pour Poitiers, La Construction du Musée-Hôtel de Ville, 1867-1875, Poitiers, Musée Sainte-Croix, 2011.

135 Idem, p.140.

136 Idem, p. 142.

137 MFMP, Registre des délibérations municipales n° 197, 1790-1791, f° 200-201.

138 Louis-François-Marie Bellin de la Liborlière, Vieux Souvenirs de Poitiers d’avant 1789, suivis de notices spéciales sur la Grand-Gueule et l’ancienne Université de Poitiers, 1 vol. in-8, Poitiers, 1846. Réédition chez Brissaud, Poitiers, 1983.

139 MFMP, Liasse F 223 / 18.

140 La cérémonie de la délivrance a lieu à Toulouse pour la dernière fois en 1790. La tentative de l’évêque de profiter de l’année séculaire en 1862 pour restaurer la procession donne lieu localement à une violente polémique. Pierre-Jean Souriac, « Guerres religieuses… », op. cit., p. 59-62.

141 Robert Favreau (sous dir.), Histoire de Poitiers…, op. cit., p. 338.

142 Alors même que le défenseur de la ville, le duc de Guise, n'est pas honoré dans l'odonymie locale. Mais son patronyme reste sans doute trop attaché à la Ligue pour être retenu par la municipalité.

143 Voir l’analyse proposé par Jérôme Grévy dans Symphorienne Suaudeau, « L’Histoire en mots… », op. cit.

144 Né en 1874, mort en 1954. Sénateur de la Vienne entre 1920 et 1935.

145 Alain Quella-Villeger (sous la direction de), Poitiers, 1800-1950…, op. cit. p. 180.

146 Raoul Brothier De La Rollière, Guide du Voyageur A Poitiers et Histoire des rues de Poitiers du Ier au XXe siècle, Poitiers, chez Lévrier, 1907, p. 378-380.

147 Charles de Chergé, Le guide du voyageur à Poitiers suivi de l’itinéraire de Tours à Poitiers, Poitiers, Oudin et Létang,1851.

148 Charles de Chergé, Le guide.., op. cit., p. 98 et Emile Ginot, « Le Pont Joubert et ses fontaines », BSAO, série 3, tome 11, 1936-1938, p. 268-285. La fontaine est déplacée en 1900 lors de travaux d’élargissement du pont.

149 Sylvie Pickel-Chevalier, « Les processus de mise en tourisme d’une ville historique : l’exemple de Rouen », Mondes du Tourisme, 6 | 2012, 46-60. Pour une mise en perspective de la notion : Olivier Lazzarotti et Philippe Violier, Tourisme et patrimoine. Un moment du monde, Presses de l’université d’Angers, 2007. Mathis Stock, « Habiter touristiquement la ville », dans Philippe Duhamel et Rémy Knafou, Mondes urbains du tourisme, Belin, 2007 ; Aurélie Condevaux, Géraldine Djament-Tran et Maria Gravari-Barbas, « Avant et après le(s) tourismes(s). Trajectoires des lieux et rôles des acteurs du tourisme « hors des sentiers battus ». Une analyse bibliographique », Via [En ligne], 9 | 2016, mis en ligne le 01 juillet 2016.

150 Le site de l’Office du tourisme indique : « Parcourez Poitiers au temps des guerres de religions et découvrez le siège de la ville par les troupes de l'amiral de Coligny en 1569 grâce au tableau de François Nautré au musée Sainte-Croix et à l’exposition présentée à la médiathèque François-Mitterrand. »

151 « 1569, Poitiers au cœur des guerres de Religion », exposition de la Bibliothèque municipale de Poitiers, Médiathèque François-Mitterrand ; Florent Palluault, commissaire scientifique. 9 Juillet-31 août 2019.

Pour citer ce document

Par Antoine Coutelle, «Le siège de Poitiers de 1569 : écriture et réécriture d'un événement», Tierce : Carnets de recherches interdisciplinaires en Histoire, Histoire de l'Art et Musicologie [En ligne], 2019-4, Numéros parus, Dossier, mis à jour le : 29/05/2020, URL : https://tierce.edel.univ-poitiers.fr:443/tierce/index.php?id=437.

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